A CEUX QUI FONT PROFESSION D'ETRE CHRETIENS (Finney Ch.) 1889


 

·         Préface de l'auteur.

·         Avant-propos du traducteur.

·         I L'homme qui se séduit lui-même.

·         II Les faux chrétiens.

·         III Les actions douteuses sont des péchés.

·         IV La répréhension est un devoir.

·         V Les vrais chrétiens.

·         VI Religion légale.

·         VII La religion de l'opinion publique.

·         VIII La conformité au monde.

·         IX La vraie et la fausse repentance.

·         X Malhonnête dans les petites choses, malhonnête en tout.

·         XI Chacun de nous est tenu de connaître le véritable état de son âme.

·         XII La vraie et la fausse conversion.

·         XIII La vraie soumission.

·         XIV Egoïsme, fausse religion.

·         XV Loi et Evangile.

·         XVI La Justification par la foi.

·         XVII La Sanctification par la foi.

·         XVIII Le Chapitre VII de l'Épître aux Romains.

·         XIX La Perfection chrétienne I.

·         XX La Perfection chrétienne II.

·         XXI Le chemin du salut.

·         XXII Nécessité d'un enseignement divin.

·         XXIII L'amour est le tout de la religion.

·         XXIV Le repos des saints.

·         XXV   Christ l'Epoux de l'Eglise.

 


 

PRÉFACE DE L'AUTEUR

 

Comme ces discours duraient d'une heure et quart à une heure trois quarts, on comprendra que, dans les pages qui suivent, le reporter (1) n'en a guère donné que l'esquisse. En révisant ces notes du reporter, je n'y ai fait que très peu de changements et d'additions, et cela pour les raisons suivantes :

 

1. Leur publication fut décidée trop tard, de sorte que je n'avais que très peu de temps.

2. Ma santé chancelante et la multiplicité de mes devoirs m'interdisaient de faire davantage.

3. Développer ces notes eût grossi le volume.

4. L'expérience m'a montré que le style de la conversation et la forme condensée de ces notes intéressent et édifient plus le commun des lecteurs qu'un style plus élevé et moins laconique.

 

Je les ai donc laissées telles que le reporter les avait prises, sauf quelques changements insignifiants.

L'auteur de ces discours n'a aucune prétention au mérite littéraire ; et, s'il connaît son propre coeur, il n'a pas d'autre désir que de les voir utiles.

J'ai des raisons de croire que, vu les circonstances où je suis, ils le seront autant. dans la forme qu'ils ont, qu'ils le seraient sous toute autre forme que j'aurais pu leur donner.
Les amis qui ont exprimé le désir d'avoir ces discours en un volume, voudront donc bien les prendre tels qu'ils sont.

 

C. G. FINNEY. New York, 16 mars 1837.

(1) Le reporter du journal L'Evangelise. (Trad.)

 

 


 

AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR

 

Voici donc en français les notes du reporter. Nous ne faisons pas d'excuse pour les imperfections de la forme : nous avons à nous occuper d'autre chose.

Il n'est certainement pas d'ouvrage plus propre à éclairer « ceux qui font profession d'être chrétiens » que ces notes. Le christianisme désintéressé qui s'y révèle sera d'emblée reconnu par tout homme droit comme le seul vrai. Et cependant ce christianisme-là est encore peu connu parmi nous.

Nous avons erré, nous errons encore, la plupart, sur la question même qui est tout dans le monde et dans l'Univers, la question du but suprême de la vie. Or, cette question est traitée à fond dans les Discours: elle y est résolue avec une telle abondance de lumière que toute conscience honnête le reconnaîtra : il n'y a plus d'objection possible. Avec pleine connaissance de cause, ou « sauver sa vie » dans la honte éternelle, ou « la perdre » enfin avec joie : c'est la seule alternative qui reste.

En bénissant Dieu de ce qu'il nous a donné de faire quelque chose qui sera utile à plusieurs, nous nous sentons pressés de remercier deux de ses serviteurs dévoués, M. Albin Peyron qui a fort encouragé et facilité la présente publication, et M. le pasteur Bahut qui a bien voulu prendre la peine de lire notre traduction avec le plus grand soin, la comparant au texte anglais et nous adressant des observations qui nous ont été des plus précieuses.

 

CH. CHALLAND, pasteur.

Genèse, Octobre 1888.

 


 

 

I° DISCOURS

 

L'HOMME QUI SE SEDUIT LUI-MEME

 

« Soyez observateurs de la Parole et non pas seulement « auditeurs, vous séduisant vous-mêmes. » Jacques I :22.

 

Il y a, en religion, deux extrêmes également faux et funestes ; et il y a deux classes d'hypocrites qui occupent ces deux extrêmes. Les uns font consister la religion uniquement dans la foi en certaines doctrines abstraites (du moins dans ce qu'ils appellent la foi) et n'attachent que peu ou point d'importance à ce qu'ils appellent les bonnes œuvres. Les autres ne font consister la religion que dans les bonnes œuvres (je parle d'oeuvres mortes) et n'attachent que peu on point d'importance à la foi en Jésus-Christ; ils espèrent faire leur salut par leurs propres œuvres. Les Juifs appartenaient généralement à cette dernière classe. Ceux qui leur enseignaient la religion leur disaient qu'ils seraient sauvés par l'obéissance à la loi cérémonielle. Aussi Paul semble-t-il avoir, dès ses débuts, attaqué plus spécialement cette erreur des Juifs. Il tenait à bien établir l'importante vérité que les hommes sont justifiés par la foi en Jésus-Christ, on opposition à la doctrine des scribes et des pharisiens qui faisait dépendre le salut de l'obéissance à la loi. Il insista si sérieusement sur ce point, dans sa prédication et dans ses épîtres, qu'il le fit admettre; et dès lors la grande doctrine de la justification par la foi fut établie dans l'Eglise. Mais certains individus s'emparèrent bientôt de cette doctrine, la poussèrent à l'extrême et proclamèrent que l'homme est sauvé uniquement par la foi, indépendamment de toute espèce d'œuvre. Ils oubliaient ce principe évident que la vraie foi produit toujours les bonnes œuvres et qu'elle est elle-même une bonne œuvre.

 

J'ai dit que ces deux extrêmes dont l'un fait consister la religion uniquement en œuvres extérieures, et l'autre uniquement dans la foi, sont, également faux et également funestes. Ceux qui font consister la religion uniquement en bonnes œuvres oublient que les œuvres elles-mêmes ne sont point acceptables devant Dieu, à moins qu'elles ne procèdent de la foi. Car sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. Et ceux qui font consister la religion seulement en foi, oublient que la vraie foi opère toujours par la charité et produit invariablement les œuvres de l'amour.

 

Ces deux extrêmes sont également funestes, parce que d'un côté, sans la foi personne ne peut être pardonné ou justifié ; et de l'autre, sans la sanctification personne ne peut être préparé, ni pour l'activité, ni pour les joies du ciel. Qu'un pécheur se détourne de ses mauvaises actions, et qu'on suppose ses œuvres aussi parfaites qu'il les voit lui-même, il n'en reste pas moins qu'il ne peut être pardonné sans la foi en l'expiation de Jésus-Christ. De même si quelqu'un croit qu'il peut être justifié par la foi tandis que ses œuvres sont mauvaises, il a besoin d'apprendre que sans la sanctification sa foi est morte et ne peut pas même être l'instrument de sa justification.

 

Il me paraît que, dans son épître, l'apôtre Jacques se propose de remettre ce sujet sous son vrai jour, de montrer exactement où se trouve la vérité, et de faire comprendre tout à la fois la nécessité de la foi et la nécessité des bonnes œuvres. Cette épître est vraiment pratique ; elle aborde de front toutes les grandes questions pratiques du jour et elle les résout.

 

Il y a, en religion, deux sortes de doctrines : celles qui se rapportent à Dieu et celles qui se rapportent à la conduite de l'homme. Beaucoup de gens se contentent de la première sorte ; ils pensent qu'il n'y a, à proprement parler, de doctrines que celles qui se rapportent à Dieu, à ses attributs, à son mode d'existence,  à ses décrets, etc. Quand j'annonçai que je commencerais une série de « Discours pratiques » j'espère que vous ne m'avez pas attribué la pensée que ces discours ne seraient pas dogmatiques ou qu'ils ne renfermeraient pas de doctrines. Mon intention est de prêcher, si le Seigneur le veut, une série de discours sur des doctrines pratiques. La doctrine que je me propose de considérer maintenant est celle-ci: Celui qui professe la religion et qui ne pratique pas ce qu'il reconnaît vrai se séduit lui-même.

 

Il y a deux classes d'hypocrites parmi ceux qui font profession d'être religieux : ceux qui trompent les autres et ceux qui se trompent eux-mêmes.

 

L'une de ces classes est composée de ceux qui, sous une apparence trompeuse de moralité et de religion, cachent l'inimitié de leur cœur contre Dieu et réussissent à persuader aux autres qu'ils sont des gens très pieux. C'est ainsi que les pharisiens obtinrent la  réputation d'être remarquablement pieux ; ils y arrivèrent par leur extérieur religieux, leurs aumônes et leurs longues prières.

 

L'autre classe est celle à laquelle se rapporte notre texte, elle est composée de ceux qui ne trompent pas les autres mais se trompent eux-mêmes. Ils sont orthodoxes en théorie et relâchés en pratique. Ils semblent croire que la religion consiste en une quantité de notions sans rapport avec la pratique, et ils se trompent eux-mêmes en se tenant pour bons chrétiens tandis qu'ils sont destitués de vraie sainteté. Ils sont auditeurs de la Parole, mais non observateurs de la Parole. Us aiment la prédication orthodoxe et prennent grand plaisir à entendre l'exposition des doctrines abstraites delà religion ; leur imagination s'enflamme peut-être et leurs sentiments s'embrasent à la vue du caractère et du gouvernement de Dieu ; mais ils n'ont aucun soin de pratiquer les préceptes de la Parole de Dieu et n'aiment point à entendre prêcher les doctrines qui se rapportent à la pratique de nos devoirs.

 

Peut-être y a-t-il ici, ce soir, bien des personnes qui appartiennent soit à l'une, soit à l'autre de ces deux classes d'hypocrites.

 

Maintenant, remarquez-le, je ne vais point prêcher ce soir à ceux d'entre vous qui trompent les autres par la grande rigueur de leur morale et par l'étalage qu'ils font de leur religion. Je m'adresse à ceux d'entre vous qui ne pratiquent point ce qu'ils savent être vrai ; à ceux qui sont auditeurs et non point pratiquants. Je crois remplir un devoir en ajoutant que, selon toute vraisemblance, il y a ici maintenant un grand nombre de personnes de ce caractère. Je ne connais pas vos noms, mais je désire que vous compreniez que si votre caractère est tel, vous êtes les personnes à qui je parle, exactement comme si je vous nommais par vos noms. Je veux dire vous, vous qui êtes là devant moi. Vous entendez la  parole et vous la  croyez en théorie, tandis que vous la reniez en pratique. Je vous dis que vous vous trompez vous-mêmes. Notre texte en est, la preuve; il est pour vous un formol : « Ainsi a dit- le Seigneur » qui ne permet pas de douter que tous ceux qui portent, le caractère qui vous distingue, ne se séduisent eux-mêmes. Je pourrais citer beaucoup d'autres passages des Ecritures qui ne laissent, non plus aucun doute à ce sujet. Mais je désire attirer votre attention sur quelques considérations autres que le témoignage direct de l'Ecriture.

 

Premièrement, vous ne croyez pas véritablement l'Ecriture. Vous l'écoutez, vous admettez qu'elle est vraie, mais vous ne la croyez pas véritablement. Ici laissez-moi vous dire que celui qui se trompe sur ce point est responsable de son erreur. Ce n'est pas votre conscience qui vous trompe, mais c'est vous qui ne discernez pas ce que votre conscience témoigne. Deux choses sont indispensables à la foi évangélique, c'est-à-dire à la foi qui sauve. La première est une conviction intellectuelle de la vérité de ce qu'il s'agit de croire ; non pas en tant que vérité abstraite seulement, mais en tant que vérité ayant telle ou telle relation avec vous. C'est donc cette vérité concernant votre conduite que vous devez recevoir intellectuellement ; cela fait; la vraie foi se montre alors en entraînant un état correspondant du cœur. Cet état, correspondant du cœur est toujours partie essentielle de la vraie foi. Quand l'intelligence d'un homme est convaincue et qu'il admet la vérité dans ses rapports avec sa personne, il doit encore donner sa cordiale approbation à cette vérité telle qu'elle est dans sa relation avec lui-même. Ces deux états d'esprit sont indispensables à la vraie foi. La conviction intellectuelle de la vérité n'est pas la foi qui sauve ; mais la conviction intellectuelle accompagnée d'un état correspondant des affections du cœur, c'est là la foi qui sauve. Il s'en suit que là où est la vraie foi, celle qui sauve, se trouve toujours la conduite qui lui correspond. La conduite est invariablement liée à la foi réelle. Il est tout aussi certain que les hommes agiront comme ils croient, qu'il est certain que la volonté dirige la conduite. Supposez que je dise à un homme : « Croyez-vous cela? » — « Oui, je le crois, » répond-il; mais que veut-il dire? Il se peut qu'il parle d'une conviction purement intellectuelle; or, il peut avoir cette conviction sans avoir la foi.

 

Un homme peut même éprouver un sentiment d'approbation pour une vérité abstraite. Et c'est là ce que beaucoup de gens supposent être la vraie foi ; — le sentiment d'approbation qu'ils éprouvent pour le caractère et le gouvernement de Dieu, ainsi que pour le plan du salut considéré abstraitement. Beaucoup de personnes, quand elles entendent un éloquent sermon sur les attributs ou sur le gouvernement de Dieu sont transportées d'admiration à la vue des choses excellentes qu'on a déployées devant elles, mais cela sans avoir un atome de vraie foi. J'ai entendu parler d'un incrédule transporté même jusqu'à l'extase en considérant de tels sujets. La raison est ainsi constituée qu'elle approuve naturellement et nécessairement la vérité considérée d'une manière abstraite. Les plus méchants démons de l'enfer l'aimeraient s'ils pouvaient la considérer en dehors de toute relation avec eux-mêmes. S'ils pouvaient voir l'Evangile en dehors de toute relation avec leur égoïsme, non seulement ils le trouveraient vrai, mais ils lui donneraient encore leur approbation cordiale. Tous les êtres de l'enfer, s'ils pouvaient voir Dieu dans son existence absolue, sans aucune relation avec eux-mêmes, ne manqueraient pas de donner leur cordiale approbation à son caractère. La raison pour laquelle les méchants et les démons haïssent Dieu, c'est qu'ils le voient dans ses rapports avec eux-mêmes. Leurs cœurs sont en révolte contre lui parce qu'ils le voient opposé à leur égoïsme.

 

Ici se trouve la source d'une grande illusion au sujet de la religion. L'homme voit qu'elle est vraie et se réjouit réellement en la contemplant ; il ne s'occupe point des rapports qu'elle a avec lui, il aime à l'entendre prêcher et il prétend en être nourri; mais voyez! il s'en va et il ne la met point en pratique. Voyez cette personne ; elle est malade et sa sensibilité est très vivo; à la vue de Jésus-Christ, aimable et tendre Sauveur, son cœur se fond et elle éprouve une vive sympathie pour lui. Pourquoi? Il en est ainsi par la même raison qui lui ferait éprouver les plus vives émotions au sujet du héros d'un roman. Mais elle n'obéit pas à Christ; elle n'agit jamais pour l'amour de Lui; elle le considère en lui-même, sans s'occuper des rapports qu'il peut avoir avec elle; elle fait ses délices de son caractère glorieux et souverainement aimable ; mais pendante ce temps elle demeure dans le fiel le plus amer. Il est donc évident que votre foi doit être une foi efficace qui règle votre conduite et produit les bonnes œuvres, autrement ce n'est point la foi de l'Evangile, ce n'est point du tout une foi réelle.

 

Il est d'autant plus manifeste que vous vous séduisez vous-mêmes, que toute vraie religion consiste en obéissance. Quelle que soit donc l'approbation que vous donniez au christianisme, vous n'avez pas de religion à moins que vous ne lui obéissiez. En disant que toute religion consiste en obéissance, je ne parle nullement d'obéissance extérieure. La première obéissance, c'est la foi elle-même, la vraie foi qui opère par l'amour et produit des actions en conséquence. Il n'y a de réelle obéissance que celle du cœur : l'amour est l'accomplissement de la loi; et la religion consiste dans l'obéissance du cœur avec la conduite extérieure qui en résulte. Celui donc qui entend la vérité, l'approuve et ne la pratique pas, se trompe lui-même. « Il est semblable à un homme qui contemple son visage naturel dans un miroir, et qui, après s'être regardé, s'en va, et oublie aussitôt quel il était. »

 

Cet état d'esprit que par erreur vous prenez pour de la religion, cette conviction intellectuelle de la vérité et cette approbation que vous lui donnez quand elle se présente dans sa forme abstraite, sont si loin d'être la preuve que vous êtes pieux, qu'on les trouve aussi communément chez les méchants que chez les bons, du moins lorsque la vérité se présente en dehors des rapports qu'elle doit soutenir avec nous. C'est là la raison pour laquelle il est souvent difficile de convaincre les pécheurs qu'ils sont opposés à Dieu et à la vérité. L'homme est ainsi constitué qu'il approuve la vertu, qu'il admire le caractère et le gouvernement de Dieu, et qu'il approuverait et admirerait toutes les vérités de la Bible, s'il pouvait les voir abstraitement, sans aucune relation avec sa propre personne. Et quand il est soumis au régime d'une prédication qui présente la vérité de manière à ce qu'elle n'ait pas beaucoup de rapports soit avec sa vie intérieure, soit avec la conduite qu'il doit tenir, il peut entendre cette prédication pendant des années et des années sa,ns jamais reconnaître qu'il est un rebelle opposé à Dieu et à son gouvernement.

 

Je suis de plus en plus persuadé que dans toutes nos églises se trouvent de grandes multitudes à qui les doctrines abstraites de l'Evangile sont beaucoup prêchées, multitudes qui aiment la prédication, qui aiment à entendre parler de Dieu et de toutes les choses de Dieu et qui cependant sont encore inconverties. Il n'y a pas de doute que beaucoup de gens n'aillent dans les lieux de culte, parce qu'ils aiment la prédication orthodoxe, quand, après tout, il est manifeste qu'ils ne sont point des observateurs de la Parole. Le mal est qu'ils n'ont pas été placés sous l'influence d'une prédication approfondie et pénétrante qui leur eût montré la vérité dans tous ses droits sur leurs propres personnes ; et maintenant qu'ils sont dans l'église, toutes les fois que la vérité leur est prêchée dans la  relation pratique qu'elle doit soutenir avec eux, ils montrent l'inimitié de leur cœur irrégénéré en s'opposant à la vérité.

 

C'est chose convenue pour eux qu'ils sont chrétiens, et comme tels ils se joignent à une église, parce qu'ils aiment à entendre la prédication de la saine doctrine et qu'ils l'approuvent, ou parce qu'ils lisent la Bible et approuvent ce qu'elle dit. Mais si leur foi n'est pas assez puissante pour influencer leur conduite et s'ils ne considèrent pas la vérité dans sa relation avec leur vie pratique de chaque jour, leur foi ne les affecte pas même autant que la foi des démons n'affecte les démons.

 

REMARQUES.

 

1. On a commis une grande injustice en portant sur les vrais chrétiens des jugements défavorables qu'en réalité les faux chrétiens méritent seuls.

 

A ce qu'on dit, un célèbre prédicateur donnait, il y a peu de temps, cette définition du chrétien : «Un peu de la  grâce et beaucoup du diable. » Je donne un démenti absolu à cette définition; elle ost fausse et désastreuse. «Beaucoup du diable », c'est parler de manière à faire l'impression que les vrais chrétiens sont les êtres les plus méchants qu'il y ait sur la surface de la terre. II est vrai que quand ils pèchent leur culpabilité est grande ; car pour un chrétien pécher est hautement criminel. Aussi les chrétiens éclairés voient-ils dans leurs péchés une grande méchanceté. Quand ils comparent leurs obligations avec leur vie, ils sont grandement humiliés, et expriment leur humiliation en un langage fort énergique. Mais ce n'est pas vrai qu'ils soient aussi méchants que le démon, ni même qu'ils en approchent. Ceci est parfaitement démontrable. Le péché prend une gravité exceptionnelle quand il apparaît en eux ; il est alors d'une méchanceté extrême aux yeux de Dieu. Mais supposer que des gens soient, de vrais chrétiens pendant qu'ils vivent au service du diable, ou qu'ils aient alors quelque religion, c'est une pensée qui non seulement est fausse, mais qui est encore des plus dangereuses (1) Rapprochez de ce passage, Discours XVI, partie IV, n° 6, où la pensée de Finney se complète.). Elle est faite aussi bien pour encourager les relaps, les apostats et toute la classe des hypocrites qui n'aiment point la loi, que pour faire le plus grand tort à la cause de Christ dans l'esprit des adversaires. La vérité est que ceux qui n'obéissent pas à Dieu ne sont pas chrétiens. La doctrine contraire est la ruine des églises; en effet elle les remplit d'une foule de gens dont la piété se réduit à l'adoption de certaines notions ou de certaines formalités. tandis qu'ils n'ont jamais entendu obéir de tout leur cœur aux exigences de l'Evangile.

 

2. Ceux qui sont beaucoup plus zélés pour les doctrines que pour la pratique et qui mettent beaucoup plus importance à cette classe de doctrines qui se rapportent à Dieu qu'à celles qui se rapportent à leur propre conduite,sont ANTINOMIENS

 

Il y a beaucoup de gens qui reçoivent cette classe de doctrines de la  Bible qui se rapportent à Dieu, qui l'approuvent et qui l'aiment, et qui cependant n'ont pas un atome de vraie religion ; ils ne sont jamais « nourris », comme ils disent, par aucune prédication autre que par celle qui traite de certains points abstraits de doctrine. Ce sont des antinomiens: pareils précisément à ceux contre lesquels l'apôtre Jacques écrivit son épître; ils font consister la religion en un ensemble de notions et de théories et ne mènent point une vie sainte.

 

3.  Quant à cette classe de chrétiens de profession qui n'aiment jamais à entendre parler de Dieu, de ses attributs, de la Trinité, des décrets divins, de l'élection et autres doctrines semblables, et n'attachent d'importance qu'à la pratique religieuse, à l'exclusion de la doctrine religieuse, ce sont tout simplement des pharisiens.

 

Ils ont de grandes prétentions à la piété extérieure, ils ont peut-être des élans intérieurs, de vives émotions empreintes d'une certaine teinte poétique, tandis qu'ils ne veulent pas recevoir les grandes vérités qui se rapportent à Dieu et qu'ils renient les doctrines fondamentales de l'Evangile.

 

4. La tendance, le but de toute vraie doctrine, quand elle est crue véritablement, c'est de produire une conduite et une vie irréprochables.

 

Partout   où   vous voyez   quelqu'un  se conduire   d'une manière hérétique (répréhensible), vous pouvez être certain que sa foi est hérétique aussi. La foi qu'il a dans le coeur est juste aussi hérétique que sa vie. Il peut n'être pas hérétique dans ses idées et dans ses théories ; il peut être parfaitement orthodoxe sur les points mêmes où il est hérétique en pratique. Mais il ne les croit pas réellement

 

Voyez ce pécheur insouciant se précipitant à corps perdu dans la recherche des richesses. Croit-il véritablement qu'il avance constamment vers la mort ? Peut-être direz-vous qu'il sait qu'il doit mourir. Mais je réponds que tant qu'il est plongé dans sa recherche avide, il ne croit pas qu'il marche sans cesse à la mort. Ce sujet n'est pas du tout présent à son esprit à ce moment-là, aussi est-il impossible qu'il croie, dans cet état de complète insouciance. Vous lui demandez s'il s'attend à vivre toujours et il vous répond : « Oh ! non ! je sais bien que je dois mourir ; tous les hommes sont mortels. » Aussitôt en effet qu'il tourne ses pensées de ce côté-là. il donne son assentiment à la vérité ; et s'il pouvait garder cette conviction dans son esprit jusqu'à ce qu'elle fût gravée dans son cœur d'une manière permanente, il changerait infailliblement de conduite et vivrait pour le monde à venir an lieu de vivre pour celui-ci. Il en est parfaitement de même en religion : quelles que soient les choses qu'un homme croit réellement, il est absolument aussi certain que sa foi gouverne sa conduite qu'il l'est que sa volonté dirige ses actions.

 

5. L'Eglise a beaucoup trop agi, et depuis longtemps, dans le sens antinomien.

 

Elle a été très attachée aux doctrines les plus abstraites et a trop perdu de vue les plus pratiques. Elle a recherché et exigé l'orthodoxie dans les premières bien plus que dans les secondes. Examinez les confessions de foi des églises et vous verrez que toutes donnent la place principale aux doctrines qui n'ont que peu de rapport avec la pratique. On peut être le plus grand hérétique quant à la pratique, pourvu qu'on ne soit point ouvertement profane ou vicieux et qu'on garde une bonne position dans l'église. Que la vie corresponde ou ne corresponde pas aux exigences de l'Evangile, ce n'est point ce que l'on prend en considération. N'est-ce pas monstrueux? Quand on entreprend de purifier l'église  quant à ce qui touche à ses erreurs pratiques, elle ne peut le supporter. Que d'irritation et d'opposition, en effet, ne produit-on pas lorsqu'on essaie de purifier l'église de sa participation aux péchés de l'intempérance, de la violation du jour du repos et de l'esclavage? Et pourquoi est-il  si difficile d'amener l'église à tenter un sérieux effort pour la conversion du monde? Quand l'église sera-t-elle purifiée et le monde converti? Cela n'arrivera pas tant que l'on n'aura pas reconnu que l'hérésie de la pratique est la preuve de l'hérésie de la foi. Cela n'arrivera pas tant qu'un homme pourra renier tout l'Evangile par sa conduite de  chaque jour et cependant passer dans l'église pour un bon chrétien.

 

6. Voyez comment un pasteur peut être trompé quant à l'état de son église.

 

Il prêche beaucoup de doctrines abstraites qui ne se rapportent pas immédiatement à la pratique, et ses auditeurs disent qu'ils sont « nourris » et s'en réjouissent ; et lui, il pense qu'ils croissent dans la grâce, quand en fait il n'y a aucun signe certain qu'il y ait quelque religion parmi eux. Si, an contraire, il prêchait des doctrines pratiques et que ses auditeurs montrassent qu'ils aiment la vérité quand elle leur est appliquée, et qu'ils le montrassent en la pratiquant, il serait manifeste alors qu'il y a parmi eux un véritable amour de la vérité.

 

Si un pasteur constate que son troupeau aime la prédication des doctrines abstraites, mais que lorsqu'il en vient à insister sur les doctrines pratiques, ses auditeurs se révoltent, il peut être certain que s'il y a quelque religion dans l'église qu'il dirige, cette religion est dans un triste état ; et si, après un loyal essai, il constate qu'il ne peut pas amener ses auditeurs à recevoir un enseignement religieux d'un caractère pratique et direct, il peut être sûr qu'ils n'eut pas un atome de religion, et qu'ils ne sont absolument que des antinomiens qui pensent pouvoir aller au ciel avec une foi morte, avec une abstraite orthodoxie.

 

7. Quelle immense multitude de gens n'y a-t-il pas qui font profession d'être religieux et qui se trompent eux-mêmes !

 

Beaucoup supposent qu'ils sont chrétiens parce qu'ils éprouvent des émotions à la vue de la vérité, mais ils ne la reçoivent que lorsqu'elle leur est présentée de façon à ce qu'ils ne voient pas les droits qu'elle a sur eux. Si au contraire vous la leur présentez telle qu'elle est par rapport à eux, de manière à détruire leur orgueil et à les arracher à leur mondanité, ils résisteront aussitôt. Voyez quelle multitude d'églises orthodoxes et de chrétiens orthodoxes se nourrissent et vivent de doctrines abstraites ; et maintenant considérez leur vie et voyez combien peu la foi qu'ils professent a d'influence sur eux. Ont-ils la foi qui sauve ? Non, cela ne se peut pas. Je ne veux pas dire qu'aucun des membres de ces églises ne soit pieux ; je dis que ceux qui ne pratiquent pas ce qu'ils reçoivent en théorie, qui sont auditeurs et non observateurs de la Parole, se trompent eux-mêmes.

 

Il s'agit maintenant de savoir combien d'entre vous croient réellement les vérités que vous entendez prêcher. Je me suis proposé de faire une série de discours « pratiques; » mais je n'ai pas eu la pensée de prêcher des discours qui ne contiennent pas de doctrines ; ce serait ne pas prêcher du tout. Ce que je désire est de savoir si vous, église; vous voulez faire ce que vous savez être vrai. Que je ne réussisse pas à vous convaincre que telle doctrine que j'avance soit vraie, c'est une autre affaire, et ce serait une raison pour que vous ne la missiez pas en pratique; mais si je réussis à vous prouver par les Ecritures et à convaincre votre intelligence qu'elle est vraie, et que cependant vous ne la pratiquiez pas, j'aurai alors devant mes propres yeux la manifestation de votre vrai caractère et je ne continuerai pas à me tromper en gardant la pensée que vous êtes une église chrétienne.

 

Avez-vous conscience que l'Evangile produit sur vous un effet pratique, en rapport avec votre avancement dans la connaissance ? Vous a-t-il sevré du monde et des choses qui sont au monde ? Est-ce là votre expérience, que lorsque vous avez admis quelque vérité pratique, vous l'aimez, vous aimez son application à votre propre personne et vous prenez plaisir à la pratiquer ? Si vous ne croissez pas dans la grâce, devenant de plus en plus saints, vous abandonnant vous-mêmes à l'influence de l'Evangile, vous vous séduisez vous-mêmes. Vous, anciens de cette église, où en êtes-vous maintenant ? Et vous, pères et mères de famille, où en êtes-vous ? Quand vous entendez un sermon, vous en emparez-vous, l'emportez-vous dans vos demeures et l'y mettez-vous en pratique ? Ou bien serait-il vrai que vous le recevez dans votre esprit, que vous l'approuvez et que vous ne le pratiquez jamais ? Malheur à l'homme qui admet la vérité, puis qui s'en retourne ne la pratiquant point, ressemblant à celui qui « regarde son visage naturel dans un miroir et qui, après s'être regardé, s'en va et oublie aussitôt quel il était ! »

 

 


 

II° DISCOURS

 

LES FAUX CHRETIENS.

 

« Ils craignaient l'Eternel et ils servaient en même temps leurs dieux.» 2 Rois XVII :33.

 

Quand les dix tribus d'Israël furent emmenées captives par le roi d'Assyrie, celui-ci établit à leur place des étrangers appartenant à différentes nations idolâtres qui ne connaissaient rien de la religion des Israélites. Les bêtes sauvages se multiplièrent aussitôt dans le pays et les lions détruisirent beaucoup de monde ; ces étrangers pensèrent alors que tout cela leur arrivait parce qu'ils ne connaissaient pas le dieu du pays et que, par ignorance, ils avaient transgressé sa religion. Ils en informèrent le roi d'Assyrie qui leur dit de s'adjoindre l'un des prêtres des Israélites pour qu'il leur enseignât la manière de servir le dieu du pays. Ils se rangèrent à cet avis et obtinrent qu'un prêtre israélite vint à Béthel et leur enseignât les cérémonies religieuses pratiquées auparavant en Israël. Ce prêtre leur enseigna à craindre Jéhovah comme le Dieu de la contrée; mais ils ne reçurent point Jéhovah comme le seul Dieu. Ils le craignirent, c'est-à-dire qu'ils craignirent sa colère et. ses jugements et que, pour les détourner, ils accomplirent les rites qu'on leur enseignait. Mais ils « servaient » leurs propres dieux. Ils conservèrent leur culte idolâtre et c'était celui qu'ils préféraient et qu'ils aimaient, bien qu'ils se sentissent tenus de témoigner quelque respect à Jéhovah, comme au dieu de la contrée.

Ils sont très nombreux encore aujourd'hui ceux qui font profession de craindre Dieu et qui, tout en ayant peut-être une certaine crainte de Dieu, servent néanmoins « leurs propres dieux. » Ils ont en effet d'autres objets de confiance et d'affection qu'au fond du coeur ils préfèrent au Dieu vivant. 

Il y a, comme vous savez, deux sortes de crainte. Il y a cette sorte de crainte qui est le commencement de la sagesse et qui est fondée dans l'amour. Et il y a cette crainte servile qui n'est que de la peur, peur que le diable éprouve et qui est pur égoïsme. Cette dernière crainte est celle que possédaient ceux dont parle notre texte. Ils avaient peur que Jéhovah n'exerçât ses jugements sur eux s'ils n'accomplissaient pas certains rites, et c'était là le motif du culte qu'ils lui rendaient. Ceux qui sont mus par cette crainte sont souverainement égoïstes et tandis qu'ils professent de révérer Jéhovah, ils ont d'autres dieux qu'ils aiment et qu'ils servent.

Il y a plusieurs classes de personnes qui sont dans ce cas et je me propose, ce soir, d'en décrire quelques-unes de telle filon que ceux dont j'aurai défini le caractère puissent se reconnaître.

Servir une personne c'est obéir à sa volonté et être dévoué a ses intérêts. Il n'y a pas proprement service là où il n'y a que l'accomplissement de certains actes, sans que l'on se. mette à la disposition d'une personne; celui qui sert fait son affaire de l'accomplissement de la volonté et du soin des intérêts de la personne à laquelle il est soumis. Servir Dieu, c'est faire de la religion la principale affaire de sa vin. C'est se dévouer soi-même, coeur, vie, forces, temps, influence, tout ce que l'on a et tout ce que l'on est pour servir les intérêts de Dieu, établir son royaume et augmenter sa gloire.

 

Qui sont ceux qui servent leurs propres dieux tout en faisant profession de craindre le Seigneur ? Je réponds : ce sont :

 

1. Tous ceux qui n'ont pas renonce dans leur cœur et dans leur conduite au droit de propriété sur tous leurs biens, et qui ne les ont pas abandonnés à Dieu.

Il est parfaitement évident que si vous n'avez pas fait cela vous ne servez pas Dieu. Supposez qu'un marchand emploie un commis pour prendre soin de son magasin, et que le commis continue à s'occuper de ses propres affaires, de sorte que lorsqu'on lui demande de faire pour son patron le travail nécessaire, il réponde : « Je Suis vraiment trop occupé de mes propres affaires, je n'ai pas le temps de faire ce que vous me demandez ; » tous n'élèveront-ils pas la voix contre un pareil serviteur et ne diront-ils pas qu'il ne sert pas son patron; que son temps n'est point à lui, qu'il lui a été payé et que cependant il l'emploie pour lui-même ? Il en est de même de l'homme qui ne renonce pas à la possession de sa propre personne, non seulement en pensée, mais en pratique. Il n'a pas encore appris l'a b c de la religion. Il ne sert point le Seigneur, mais ses propres dieux.

 

2. Tout homme qui ne fait point de ses affaires une partie de sa religion ne sert point Dieu.

Il arrive parfois que vous entendez quelqu'un dire : « Je suis tout le jour tellement occupé, que je n'ai pas le temps de servir Dieu. » Il croit servir Dieu un petit moment le matin avant d'aller à ses affaires mondaines. Il laisse, en effet, sa religion là où il a dit ses prières. Il est disposé peut-être à donner à Dieu le temps qui précède son déjeuner, avant qu'il soit prêt pour aller à ses propres affaires ; mais dès qu'il est prêt, il court les entreprendre. Peut-être craint-il assez le Seigneur pour dire ses prières soir et matin, mais il sert ses propres dieux. La religion d'un tel homme est la risée de l'enfer. Il prie très dévotement, puis, au lieu de faire ses affaires pour Dieu, il les fait pour lui-même. Il n'y a pas de doute que ses dieux ne soient très satisfaits de cet arrangement, mais quant à Dieu, il en est tout à fait mécontent.

 

3. Vous servez aussi vos propres dieux, vous qui ne sacrifiez à Jéhovah que ce qui vous coûte peu ou rien.

Il y a bien des gens qui font, consister la religion en certains actes de piété qui ne sont point incompatibles avec leur égoïsme. Vous priez le matin avec votre famille parce qu'en ce moment-là vous pouvez le faire sans inconvénients ; mais vous ne souffrez pas que le service de Dieu vienne gêner le service de vos dieux, vous ne souffrez pas qu'il soit un obstacle à votre recherche des richesses ou des jouissances du monde. Les dieux que vous servez n'ont pas à se plaindre d'être méprisés ou négligés pour le service de Jéhovah.

 

4. Servent encore leurs propres dieux,: tous ceux qui supposent que les six jours de la semaine leur appartiennent, et que le dimanche seul est le jour du Seigneur.

Il y a une multitude de gens qui pensent que la semaine est le temps de l'homme et que le dimanche est le temps de Dieu, et qu'ils ont le droit pendant la semaine de faire leurs propres affaires, d'être au service de leur propre personne, de prendre soin de leurs propres intérêts, pourvu qu'ils observent strictement le jour du Seigneur, servant Dieu ce jour-là. C'est ainsi qu'un célèbre prédicateur dépeignant la méchanceté qu'il y a à violer le jour du repos, se sert de cet exemple : « Un homme a sept dollars dans sa poche, il rencontre un mendiant en grande détresse et lui donne six dollars, n'en gardant qu'un seul. Mais le mendiant voyant qu'il en garde un, le lui dérobe aussitôt. Chacun ne flétrira-t-il pas la bassesse de ce mendiant ? » Vous voyez là l'incarnation de cette idée qu'il est fort ingrat de violer le jour du repos, puisque Dieu a donné aux hommes six jours pour vaquer à leurs propres affaires, pour être ainsi au service de leurs propres personnes, tandis qu'il ne s'est réservé que le jour du sabbat.

Vous qui faites cela, vous ne servez pas Dieu du tout. Si vous êtes égoïstes pendant la semaine, vous êtes entièrement égoïstes. Supposer que vous avez une piété réelle, impliquerait que vous êtes convertis chaque dimanche et inconvertis chaque lundi. Pour qu'un homme qui n'a fait que se servir lui-même toute la semaine devint réellement religieux le dimanche, il faudrait qu'il  se convertit.

Mais est-ce là l'idée du dimanche : un jour mis à part pour le service de Dieu à l'exclusion de tous les autres? Dieu a-t-il besoin de nos services le jour du repos pour continuer son oeuvre? Dieu demande tous nos services autant pendant les six jours ouvriers que pendant le jour du repos ; seulement il a réservé le sabbat pour des devoirs particuliers et il demande qu'il soit observé comme un jour de repos où la fatigue corporelle cesse, ainsi que tous les soins et les travaux qui concernent ce présent siècle. Mais parce que l'homme a un corps aussi bien qu'une âme, et que l'Evangile doit être propagé et maintenu par des moyens terrestres, Dieu demande que vous travailliez les six jours à vos emplois séculiers; travail qui doit être uniquement pour son service aussi bien que le culte du dimanche. Ce jour n'est donc pas plus voué au service de Dieu que le lundi. Vous n'avez pas plus le droit d'être au service de vous-même le lundi que le dimanche. Si quelqu'un de vous a compris ce sujet en ce sens que les six jours de la semaine lui appartiendraient, cela montre qu'il est souverainement égoïste. Ne vous imaginez pas, je vous en conjure, que vos prières et vos dimanches soient un véritable service de Dieu, si pendant le reste du temps vous vivez pour vous-mêmes. En ce cas, vous ne savez pas même ce que c'est que de servir Dieu.

 

5. Ils sont au service de leurs propres personnes, ou au service de leurs propres dieux, ceux qui ne veulent pas faire de sacrifices quant à leurs aises et à leur confort dans l'église.

Il y a beaucoup de gens qui n'aiment pas les églises où les bancs sont gratuits parce que, d'après eux, elles n'ont point assez d'égard à l'agrément personnel de leurs membres. Ils disent : « Nous désirons être assis avec nos familles; » ou bien : « Nous tenons à avoir nos siéges garnis de coussins, ». ou encore : « Nous aimons à être assis toujours à la même place. » Ils admettent bien que les églises à places gratuites sont nécessaires pour rendre l'Evangile accessible aux milliers de gens qui dans cette cité sont sur le chemin de l'enfer; mais ils ne peuvent se résoudre à faire pour leur propre compte ces petits sacrifices afin d'ouvrir à cette multitude les portes de la maison de Dieu.

Ces petites choses indiquent souvent avec la plus grande clarté quel est l'état d'un coeur. Supposez que votre servante en vienne à dire : « Je ne puis pas faire ceci. Je ne puis pas faire cela, parce que cela porte atteinte à mes aises et à mon confort. Je ne puis pas faire ceci, parce que j'aime à être assise sur des coussins pour travailler. Je ne puis pas faire cela, parce que cela me séparerait de ma famille pendant une heure et demie. » Quoi ! serait-ce là ce qui s'appelle servir ? Si un homme entre au service d'un autre, il abandonne ses aises et son confort pour se vouer aux intérêts de cet autre et pour suivre sa volonté. Est-il vrai qu'un homme soit dévoué au service de Dieu au suprême degré, quand il montre que ses aises et son confort lui sont plus chers que le royaume de Jésus-Christ et qu'il sacrifierait le salut des pécheurs plutôt que d'aller s'asseoir sur un siége un peu dur, ou que d'être séparé de sa famille pendant une heure ou deux ?

 

6. Ceux-là servent leurs propres dieux, qui, lorsqu'ils donnent leur temps et leur argent, les donnent à contrecoeur, par contrainte et non point avec empressement et d’un coeur joyeux.

Que penseriez-vous de votre domestique si vous aviez à le harceler ou à le contraindre constamment pour lui faire faire quelque chose pour vous? ne diriez-vous pas qu'il n'est qu'un mercenaire paresseux et négligent ? Combien de gens n'y a-t-il pas qui, lorsqu'ils font quelque chose pour la religion, le font à contre-coeur! Si vous demandez à l'un d'eux son temps ou son argent pour quelque objet religieux, vous obtiendrez difficilement qu'il s'engage à faire quelque chose; et s'il s'y résout, il ne le fera qu'à regret; rien ne lui sera aisé, ni naturel. Il est évident que cet homme-là ne considère point les intérêts du royaume de Christ comme étant les mêmes que les siens. Il peut faire grand étalage de sa crainte de Dieu, mais il sert d'autres dieux qui sont « ses propres dieux. »

 

7. Ceux qui cherchent toujours le moyen de faire pour le service de Dieu LE MOINS et non pas LE PLUS possible, ceux-là aussi servent leurs propres dieux.

Il y a une multitude de gens qui semblent toujours demander s'il ne suffit pas de faire telle petite part de ce que l'on pourrait faire pour Dieu. Vous pouvez voir de telles personnes faire leurs comptes par profits et pertes : « Tant de donné cette année — tant pour la charité — obligé de donner tant pour la religion (OBLIGÉ donner pour les intérêts du royaume de Christ !) — tant de perdu pour cause d'incendie, tant par les mauvaises créances, etc. » De telles gens servent-ils Dieu? — Si vous êtes tels, il est certain que vous n'avez jamais mis votre coeur à l'avancement du règne de Dieu dans le monde. Si vous l'aviez fait, vous demanderiez : « Combien puis-je faire pour cette oeuvre ; combien pour celle-là ; ne pourrais-je pas faire davantage, donner telle somme plus considérable ? »

 

8. Ceux qui mettent de côté des richesses pour leurs familles, afin de rehausser leur position, de leur donner éclat et grandeur, servent leurs propres dieux et non pas Jéhovah.

Ceux qui ont pour but de faire monter leur famille, de la faire entrer dans une classe plus élevée de la société, en amassant pour cela des richesses, ceux-là montrent que leur vie a un autre but que celui d'amener le monde sous l'autorité de Jésus-Christ. Ils ont d'autres dieux à servir. Ils peuvent avoir la prétention de craindre Dieu, mais ils servent leurs propres dieux.

 

9. Ceux qui ont pour objet d'accumuler assez de biens pour pouvoir se retirer des affaires et vivre à leur aise, servent leurs propres dieux.

Il y a beaucoup de gens qui font profession d'être les serviteurs de Dieu et qui travaillent ardemment à acquérir des biens, calculant de manière à pouvoir se retirer bientôt dans leur maison de campagne pour y vivre à leur aise. Qu'en pensez-vous? Dieu vous donne-t-il droit à un sabbat perpétuel dès que vous avez acquis certaine somme d'argent ? Quand vous avez déclaré entrer à son service, vous a-t-il dit de travailler rudement pendant tant d'années et qu'après cela vous pourriez avoir vacances perpétuelles ? Vous a-t-il promis de vous tenir quittes, après cela, d'avoir perdu la plus grande partie de votre temps et de vos talents? Du reste, vous a-t-il seulement promis de vous laisser, après vos labeurs, vivre à votre aise le reste de vos jours ? Si vous avez de telles idées, je vous le dis, vous ne servez point Dieu mais seulement votre propre égoïsme et votre paresse.

 

10. Ceux-là servent leurs propres dieux qui aiment mieux satisfaire leurs appétits que de se priver de choses nécessaires, nuisibles même, afin de faire du bien.

On trouve des gens qui aiment extrêmement des choses qui ne leur font aucun bien, d'autres qui se créent un appétit artificiel pour une chose positivement repoussante ; et ils s'adonneront à leur passion sans que jamais aucun argument puisse les décider à l'abandonner, pas même la pensée de faire du bien. De telles gens sont-ils absorbés par le service de Dieu ? Certainement non. Sacrifieront-ils leurs vies pour le royaume de Jésus-Christ ? On ne peut pas même leur faire. abandonner une chique de tabac ! une mauvaise herbe qui est  nuisible pour la santé et dégoûtante pour la société, ils ne peuvent y renoncer, fût-ce même pour sauver une âme de la mort !

Qui ne voit, pas que l'égoïsme prédomine en de telles personnes ? Les faits que je viens de rappeler montrent la puissance étonnante de l'égoïsme. Souvent cette puissance se montre davantage en de telles petites choses qu'en de plus grandes. L'homme montre l'état réel de son coeur dans le fait que sa propre satisfaction est le mobile de sa vie; il recherche cette satisfaction égoïste avec tant de force, que, même dans les bagatelles, il lui sacrifiera ces grands intérêts à la poursuite desquels il est ténu. de se vouer tout entier.

 

11. Ceux qui sont dans un état d'âme tel, que ce sont les appels à leurs intérêts égoïstes qui les décident le plus vite à l'action, montrent par là qu'ils sont au nombre de ceux qui servent leurs propres dieux.

Vous voyez quel motif influe sur de telles gens. Supposons que je veuille les faire contribuer à l'érection d'un temple, quelles considérations devrai-je leur présenter pour réussir? Je devrai leur montrer que cela augmentera la valeur de leur propriété, ou que cela fera les affaires de leur parti, ou que leur égoïsme y trouvera sa satisfaction de quelqu'autre manière. Si ces gens sont plus touchés par de tels motifs que par le désir de sauver les âmes qui se perdent et d'avancer le règne de Christ, il est clair qu'ils ne se sont jamais donnés eux-mêmes au Seigneur ; ils sont, toujours au service de leur propre personne. Tous ces principes bienfaisants qui sont à la base de toute vraie piété ont moins d'influence sur eux que leurs intérêts égoïstes. Le caractère d'un vrai serviteur de Dieu est juste le contraire.

Prenez le cas de deux serviteurs, l'un dévoué aux intérêts de son maître, l'autre n'ayant aucune conscience et ne se faisant souci de rien, si ce n'est de tirer ses gages. L'un rejette dans l'ombre toute considération personnelle et se donne coeur et âme à l'accomplissement de sa tâche. L'autre ne veut rien faire à moins que son maître ne lui présente quelque motif qui satisfasse son égoïsme, à moins qu'il ne lui dise : « J'augmenterai tes gages, » ou « je te donnerai une position plus élevée ; » ou quelque chose de semblable. N'y a-t-il pas une différence radicale entre ces deux serviteurs ? Et n'est-ce pas là une image de ce que l'on voit, actuellement dans nos églises ? Proposez, pour faire du bien, un plan dont l'exécution ne coûtera rien, tous en seront partisans. Mais si vous en proposez un qui touche à leurs intérêts personnels, qui doive leur coûter de l'argent ou leur prendre du temps au moment de leurs plus grands travaux, vous les verrez se diviser. Les uns hésiteront, douteront, feront des objections, d'autres refuseront résolument; mais d'autres accepteront immédiatement parce qu'ils verront un grand bien à accomplir. Plusieurs se tiendront sur la réserve jusqu'à ce que vous trouviez moyen de mettre leur égoïsme de votre côté. Pourquoi cette différence entre eux? C'est que beaucoup servent leurs propres dieux.

 

12. Sont aussi dans ce cas, ceux qui sont moins intéressés par la religion que par d'autres sujets.

Si vous trouvez un homme plus empressé à parler des choses de ce monde que des choses qui sont d'En-Haut, plus facilement excité par ces choses terrestres, plus éveillé pour apprendre les nouvelles du jour ; c'est là un homme qui sert ses propres dieux (1). Quelle multitude de gens n'y a-t-il pas qui sont plus émus par la question de la bourse, par celle de la guerre, ou par le récit des incendies ou de tout autre évènement de ce monde, que par les réveils, les missions, ou autres faits concernant l'avancement du règne de Dieu! Vous les trouvez tout absorbés par la politique ou la spéculation ; mais si vous mettez sur le tapis le sujet de la religion, les voilà tout effrayés à la pensée de l'excitation que cela  pourrait produire, ils parlent alors du danger qu'il y a à échauffer les imaginations. Ils montrent par là que la religion n'est point du tout le sujet le plus cher à leurs coeurs. C'est toujours par le sujet qui lui tient le plus à coeur que l'homme est le plus facilement ému. Qu'on le lui présente et il est aussitôt intéressé. S'il n'est donc pour vous jamais ni trop tôt ni trop tard pour parler des nouvelles du jour et de tout autre sujet mondain de conversation, tandis qu'il est impossible de vous intéresser en vous présentant le sujet de la religion, vous avez là la preuve que votre coeur n'est point à la religion ; et si vous prétendez être un serviteur de Dieu, vous êtes un hypocrite.

 

13. Si vous êtes plus jaloux de votre réputation que de là gloire de Dieu, vous montrez par là que vous vivez pour vous-mêmes et que vous servez vos propres dieux.

Si vous voyez un homme plus vexé ou plus affligé par ce qui est dit contre lui que par ce qui est dit contre Dieu, qui penserez-vous qu'il sert ? quel est son Dieu, sa propre personne ou Jéhovah ? Si un ministre est jeté dans un état de fièvre par un mot peu élogieux que quelqu'un aura pu dire sur son savoir, sur son mérite, ou sur son infaillibilité, tandis qu'il est froid comme  glace au sujet de toutes les indignités dont on couvre le nom béni de Dieu ; cet homme est-il un imitateur de Paul qui était tout disposé à être considéré comme fou à cause de Christ? a-t-il jamais appris l'a b c de la religion ? S'il l'avait jamais appris, il se réjouirait quand son nom serait « rejeté comme mauvais » pour la cause de la religion. Non ! un tel homme ne sert point Dieu, il sert ses propres dieux.

 

14. Il en est de même de tous ceux qui ne font pas de salut des âmes le grand et le premier but de leur vie.

Le but de toutes les institutions religieuses, ce qui leur donne à toutes leur valeur, c'est le salut des pécheurs. Le but pour lequel Jésus-Christ a vécu et pour lequel il a laissé son église dans le monde, c'est le salut des pécheurs. C'est là l'affaire dont Dieu charge ses serviteurs et si quelqu'un n'en fait point son affaire, la première et maîtresse occupation de sa vie, il ne sert point Jéhovah, mais ses propres dieux.

 

15. Ceux qui ne font que peu pour Dieu, ou qui ne font rien d'efficace, rien qui subsiste pour l'éternité, ne peuvent pas être appelés proprement serviteurs de Dieu.

Je suppose que vous demandiez à quelqu'un qui prétend être un serviteur de Dieu : « Que faites-vous. pour Dieu ? Réussissez-vous à faire quelque chose de positif ? Etes-vous un instrument pour la conversion des pécheurs ? Produisez-vous quelque impression sur les autres en faveur de la religion, avancez-vous la cause de Christ ? » Et qu'il réponde : « Eh bien..... je ne sais pas, — j'espère ; je pense quelquefois que j'aime Dieu ; mais je ne peux pas dire qu'en ce moment je fasse quelque chose de particulier pour lui. » Je le demande, celui qui parle ainsi sert-il Dieu ? ou sert-il ses propres dieux ? « Je parle parfois aux pécheurs, dit-il mais ils ne semblent pas en recevoir grande impression. »

— Alors, vous, vous ne sentez pas ce que vous dites. Si votre coeur n'y est pas, il n'y a rien d'étonnant à ce que vous ne fassiez pas impression sur les pécheurs. Tandis que si vous faisiez votre devoir, mettant votre cœur à votre oeuvre, les pécheurs ne pourraient s'empêcher de sentir ce que vous leur diriez.

 

16. Ceux qui cherchent à être heureux dans leur religion, plutôt qu'à être utiles, ceux-là servent leurs propres dieux.

Leur religion est entièrement égoïste. Ils désirent jouir de la religion et cherchent toujours comment ils pourront acquérir d'heureuses et agréables dispositions d'esprit, éprouver de vives et douces émotions. Ils ne veulent que des réunions et des prédications qui les rendent heureux, et ils ne posent jamais la question de savoir si c'est le moyen de faire le plus grand bien. Maintenant représentez-vous que votre serviteur agisse ainsi et soit toujours à calculer comment il peut, faire pour jouir ; il pense qu'il peut être plus heureux au salon, il y va, il s'étend sur le sofa, avec un coussin de plumes sous la tête, se faisant éventer par un autre serviteur, et il refuse de faire le travail que vous lui avez donné et que votre intérêt exige impérieusement. Au lieu de manifester un désir de travailler pour vous, de la sollicitude pour vos intérêts et de l'empressement à se mettre lui-même de toutes ses forces à votre service, il ne pense qu'à être heureux ! Il en est exactement de même de ces gens qui professent être serviteurs de Jéhovah et qui ne veulent rien faire d'autre que de s'asseoir sur leurs moelleux coussins pour s'y laisser « nourrir » par le prédicateur de leur choix. Au lieu de chercher comment faire le bien, ils ne cherchent absolument qu'à être heureux. Leur prière quotidienne n'est pas comme celle du converti Saul de Tarse : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Mais plutôt : « Seigneur, dis-moi comment je puis être heureux. » Est-ce là l'esprit de Jésus-Christ ? Non, car il disait : « Mes délices, ô Dieu, c'est faire ta volonté. » Est-ce là l'esprit de l'apôtre Paul ? Non, car en un instant il déposa son costume de rabbin pour entrer bras nus dans une vie de rudes labeurs.

 

17. Celui-là aussi sert ses propres dieux qui fait de son propre salut le but suprême de sa religion.

Il y a une foule de gens dans l'Eglise qui montrent par leur conduite et qui même avouent ouvertement que leur but suprême est de faire leur propre salut (2) ; leur détermination la plus ferme est que leur âme soit installée un jour sur les solides créneaux de la Jérusalem céleste. Si la Bible n'est pas dans l'erreur, de telles gens sont tous sur le chemin de l'enfer. Leur religion est pur égoïsme. « Celui qui veut sauver sa vie, la perdra ; et celui qui veut perdre sa vie pour l'amour de moi, la sauvera. »

 

 

REMARQUES.

 

1. Vous voyez pourquoi, dans le monde, il n'y a  encore que bien peu de chose de fait pour le règne de Jésus-Christ.

C'est parce qu'il y a si peu de gens qui fassent quelque chose pour établir ce règne ; parce que Jésus-Christ a si peu de réels serviteurs dans le monde. Combien pensez-vous qu'il y ait de professants dans cette église, ou parmi toutes vos connaissances, qui soient réellement à l'oeuvre pour Dieu, faisant de la religion leur affaire, se donnant eux-mêmes tout entiers pour avancer le règne de Jésus-Christ? La raison pour laquelle la religion n'avance pas plus vite, c'est qu'il y a si peu de gens pour la faire avancer, tandis qu'il y en a tant pour l'enrayer. Voyez cette foule à cet incendie; on s'efforce de sortir les marchandises d'un magasin en feu. Quelques-uns sont déterminés à les sortir ; mais les autres n'y sont pas décidés et ils détournent l'attention des premiers en parlant d'autre chose ; ou bien ils les empêchent d'agir en trouvant à redire à leur manière de faire ou en les retenant loin du feu. Ainsi en est-il dans l'Eglise. Ceux qui désirent faire l'oeuvre sont grandement empêchés par la répugnance, les contestations et la résistance positive des autres.

 

2. Vous voyez pourquoi si peu de chrétiens ont l'esprit de prière.

Comment pourraient-ils avoir l'esprit de prière? Pourquoi Dieu le leur donnerait-il ? Voilà un homme tout absorbé par les choses de ce monde ; supposez que Dieu lui donne l'esprit de prière ; il priera alors tout naturellement pour les choses qui lui tiennent le plus à coeur, c'est-à-dire pour le succès de toutes ses affaires mondaines; il priera pour le service de ses propres dieux. Dieu donnerait-il l'esprit de prière pour de pareils objets ? Jamais que cet homme aille à ses propres dieux pour leur demander un esprit de prière; mais qu'il ne s'attende pas à ce que Jéhovah lui accorde jamais cet esprit tant qu'il ne renonce pas à servir ses propres dieux.

 

3. Vous voyez qu'il y a une multitude de gens qui professent la religion et qui n'ont pas encore commencé à être religieux.

Si l'on dit à l'un d'eux : « Avez-vous le sentiment que vos biens et toutes vos affaires sont à Dieu, les gardez-vous et les administrez-vous pour Dieu ? » « Oh non ! répondra-t-il, je ne suis pas aussi avancé que cela. » — Pas aussi avancé !  Cet homme a fait profession d'être chrétien pendant des années et il n'en est pas encore arrivé à considérer ses biens, ses affaires et tout ce qu'il a, comme appartenant à Dieu! Il n'y a pas de doute que jusqu'à maintenant il n'ait servi ses propres dieux. J'insiste sur ce point, car c'est là le VRAI COMMENCEMENT de la religion. Qu'est‑ce que la conversion, si ce n'est abandonner le service du monde pour entrer au service de Dieu? Or cet homme n'était pas, de son propre aveu, un serviteur de Dieu, et il semblait penser que c'était avoir atteint un degré très supérieur de vie religieuse que de sentir que tout ce que l'on a est au Seigneur.

 

4. Il est malhonnête de prétendre servir le Seigneur quand en réalité on se sert soi-même.

Vous qui accomplissez des devoirs religieux par des motifs égoïstes, vous ne faites pas autre chose en réalité que de vous efforcer de rendre Dieu votre serviteur. Si votre propre intérêt est votre but suprême, tous vos services religieux ne sont que des tentatives pour amener Dieu à travailler à vos propres intérêts. Pourquoi priez-vous, pourquoi gardez-vous le jour du repos, pourquoi donnez-vous de vos biens pour des oeuvres religieuses? Vous répondez : « Pour avancer l'oeuvre de mon propre salut. » Vraiment! Ce n'est pas pour glorifier Dieu, mais seulement pour acquérir le ciel Ne pensez-vous pas que, s'il y trouvait son intérêt, le diable lui-même ferait tout cela  tout en restant le diable ? Le plus grand chef-d'oeuvre de l'égoïsme doit consister à s'emparer de Dieu, pour l'enrôler, avec tous ses glorieux attributs, au service de notre moi.

 

Et maintenant, mes chers auditeurs, où en êtes-vous? servez-vous Jéhovah ou servez-vous vos propres dieux? Comment avez-vous travaillé pendant ces six mois de mon absence ? Avez-vous fait quelque chose pour Dieu? Avez-vous vécu. comme serviteurs de Dieu? Le royaume de Satan a-t-il été affaibli par ce que vous avez fait? Pouvez-vous me dire maintenant: « Venez avec moi et je vous montrerai tel pécheur converti et encore tel autre, je vous montrerai des chrétiens déchus ramenés sur le champ de bataille, je vous montrerai des saints qui étaient faibles et qui ont été aidés et fortifiés? » Pouvez-vous m'amener des gens qui soient de vivants témoignages de ce que vous avez fait au service de Dieu?

Ou me répondrez-vous: « Je suis allé aux réunions régulièrement le jour du Seigneur et j'ai entendu beaucoup de bonnes prédications; j'ai assisté généralement aux réunions de prières et nous en avons eu de précieuses; j'ai prié avec ma famille, je l'ai fait aussi deux ou trois fois par jour dans la solitude de mon cabinet, et j'ai lu la Bible.

— Et en tout cela vous avez été purement passifs. S'il ainsi, vous avez « craint le Seigneur et servi vos propres dieux. »

—  « Oui, mais j'ai vendu tellement de marchandises et gagné tant d'argent, que j'ai l'intention d'en donner la dîme aux missions. » — Qui a requis cela de vos mains, au lieu de travailler à sauver des âmes? Envoyer l'Evangile aux païens et laisser, sous ses propres yeux, les pécheurs se précipiter vers l'enfer! Ne vous trompez pas vous-même; si vous aimiez les âmes, si vous étiez engagé au service de Dieu, vous penseriez aux âmes qui sont ici et vous feriez l'oeuvre de Dieu ici. Que penseriez-vous d'un missionnaire qui se rendrait auprès des païens et qui n'aurait jamais dit un mot aux pécheurs dans sa maison et autour de lui? Aurait-il l'amour des âmes? C'est une idée burlesque que d'envoyer de tels hommes comme missionnaires auprès des païens. L'homme qui ne veut rien faire chez lui n'est pas qualifié 'pour aller parler aux païens. Et celui qui prétend ramasser de l'argent pour les missions, tandis qu'ici il ne veut pas essayer de sauver les âmes, n'est qu'un hypocrite.

 

(1) A ce sujet, voici un trait qui nous a beaucoup frappé. Un de nos prédicateurs les plus pieux et les plus instruits ne s'était jamais animé dans sa prédication; certes, il faisait bien de ne pas chercher à faire des gestes ; mais c'était avec tristesse qu'on en était réduit à le comparer à un robinet d'eau tiède. C'était sa nature, disait-on, et personne n'avait l'idée de le considérer comme moins pieux pour cela. Mais voilà qu'au milieu de son sermon. un dimanche en 1870, il se met à parler des Prussiens. Aussitôt il prend feu, son auditoire se réveille, on est suspendu à ses lèvres, on ne respire plus. Jamais on n'avait vu de prédicateur plus animé, plus éloquent. (Trad.)   

 

(2) De lugubres personnages, comme Charles-Quint, le duc d'Albe et beaucoup d'autres, ont été dans ce cas. (Trad. .)

 


 

III° DISCOURS

 

LES ACTIONS DOUTEUSES SONT DES PECHES.

 

« Celui qui doute, est condamné s'il mange parce: » que cela ne vient pas de la foi. Or, tout ce qui ne vient pas de la foi, est péché. » Rom. XIV :23.

 

C'était une coutume parmi les païens idolâtres d'immoler des animaux et d'en offrir la chair en sacrifice à leurs dieux. Le prêtre recevait sa part de chaque victime et envoyait ordinairement cette part au marché où elle était vendue comme toute autre viande. Les Juifs chrétiens qui étaient répandus partout, étaient fort difficiles quant à la viande qu'on leur présentait; ils avaient peur de violer en quoi que ce fût la loi de Moïse, aussi élevaient-ils des doutes et soulevaient-ils des discussions et toutes sortes de difficultés parmi les églises. Ce sujet, entre autres, divisait et agitait l'Eglise de Corinthe tellement qu'enfin on écrivit à l'apôtre Paul pour requérir ses directions. Il répondit dans sa première épître aux Corinthiens. Il semble, d'après ce qu'il dit dans cette épître, que quelques-uns poussaient leurs scrupules si loin qu'ils pensaient ne devoir manger d'aucune viande, vu qu'au marché ils ne pouvaient jamais être sûrs de ne point acheter ce qui avait été consacré aux idoles. D'autres ne faisaient aucune différence entre ce qui était consacré aux idoles et ce qui ne l'était pas; sachant avoir le droit de manger de la viande, ils achetaient au marché celle qu'ils y trouvaient, sans se mettre en peine de sa provenance. Pour terminer leur dispute, ils écrivirent donc à l'apôtre Paul, et dans le chapitre VIII de la 1e aux Corinthiens, nous avons la discussion approfondie qu'il fit de ce sujet.

« Quant aux choses sacrifiées aux idoles, nous savons que nous avons tous de la connaissance: la connaissance enfle, mais l'amour édifie. Et si quelqu'un pense savoir quelque chose, il n'a encore rien connu comme il faut connaître. Mais si quelqu'un aime Dieu, il est connu de lui. Or, quant à l'action de manger clos choses sacrifiées aux idoles, nous savons qu'une idole n'est rien .dans le monde, et qu'il n'y a point d'autre Dieu qu'un seul. Car quoi qu'il y en ait qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre (comme il y a beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs) toutefois, pour nous, il y a un seul Dieu, le Père, duquel sont toutes, choses, et nous pour lui ; et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par le moyen duquel sont toutes choses, et nous par lui. Mais la connaissance n'est pas en tous; et quelques-uns se faisant encore à présent conscience de l'idole, mangent une chose comme sacrifiée aux idoles, et leur conscience qui est faible en est souillée. »

« Leur conscience est souillée » c'est-à-dire qu'ils regardent cet aliment comme une viande consacrée à une idole et qu'ils font réellement acte d'idolâtrie. Manger de la viande est en soi chose totalement indifférente. « Mais ce n'est pas un aliment qui nous recommande à Dieu; car si nous mangeons nous n'en avons rien de plus; et si nous ne mangeons, pas, nous n'en avons rien de moins. Mais prenez garde que ce droit même que vous avez, ne devienne une occasion. d'achoppement pour les faibles. Car si quelqu'un te voit, toi qui as de la connaissance, assis à table dans un lieu consacré aux idoles, la conscience de celui qui est faible ne se. fondera-t-elle pas là-dessus pour manger les choses sacrifiées. aux idoles; et le frère qui est faible, à cause duquel Christ mourut, ne périra-t-il pas par suite de ta connaissance? »

En d'autres termes : si tu as une connaissance suffisante du sujet pour savoir qu'une  idole n'est rien, et pour ne faire aucune différence entre les viandes, il n'en résulte pas que tu fasses bien d'user de cette liberté. Car si l'on te voit manger d'une viande reconnue pour avoir été consacrée aux idoles, celui qui est faible et moins éclairé que toi, pourra être entraîné par ton exemple à mander des viandes consacrées aux idoles, en les considérant comme telles; et par là il fera, selon sa manière de voir, acte d'adoration à l'égard de l'idole.

Or si vous péchez ainsi contre vos frères et portez atteinte à leur conscience qui est faible, vous péchez contre Christ.. « C'est pourquoi, si un aliment scandalise mon frère, je ne mangerai plus jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère. »

Paul arrive donc à cette charitable conclusion qu'il vaudrait mieux renoncer absolument à l'usage de la viande que d'être une occasion de chute pour un frère plus faible; car, en fait, pécher ainsi contre un frère faible, c'est pécher contre Christ.

En écrivant aux Romains, il traite le même sujet (car la même discussion existait parmi eux). Après avoir posé quelques principes généraux, il leur donne cette règle.

« Quant à celui qui est faible dans la foi, recevez-le, mais non pour des disputes d'opinions. L'un croit qu'il peut manger de tout.; l'autre qui est faible, mange des légumes. »

Il y avait à Rome des chrétiens qui préféraient ne vivre que de nourriture végétale, plutôt que de courir  le risquer d'acheter de la viande qui eût été consacrée aux idoles. D'autres achetaient et mangeaient indistinctement toute viande offerte au marché, sans s'informer de rien par scrupule de conscience. Ceux qui vivaient de nourriture végétale accusaient les autres d'idolâtrie; et ceux qui mangeaient de la viande accusaient les autres de superstition et de faiblesse. C'était un mal.

« Que celui qui mange, ne méprise point celui qui ne mange pas; et que celui qui ne mange pas, ne juge point celui qui mange, car Dieu l'a reçu. Toi, qui es-tu pour juger le domestique d'autrui? S'il se tient debout ou s'il tombe, cela regarde son maître. Or, il sera affermi; car Dieu est puissant pour l'affermir. »

Il y avait aussi une controverse touchant les fêtes juives. Les uns supposaient que Dieu en .exigeait l'observation, aussi les observaient-ils; les autres pensaient que Dieu ne l'exigeait pas, aussi les négligeaient-ils.

« L'un juge un jour au-dessus d'un autre jour; l'autre juge que tous les jours sont égaux: que chacun ait en son esprit une pleine conviction. Celui qui pense au jour, c'est pour le Seigneur qu'il y pense; et celui qui ne pense pas au jour, c'est pour-le Seigneur qu'il n'y pense pas. Celui qui mange, c'est pour le Seigneur qu'il mange, car il rend grâce à Dieu; et celui qui ne mange pas, c'est pour le Seigneur qu'il ne mange pas, et il rend grâce à Dieu. Car nul de nous ne vit pour soi-même; et nul ne meurt pour soi-même. Car, soit que nous vivions, c'est pour le Seigneur que nous vivons; soit que nous mourions, c'est pour le Seigneur que nous mourons; soit que que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. C'est pour cela  que Christ mourut, et qu'il se releva, et qu'il reprit la vie; afin de dominer et sur les morts et sur les vivants. Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère? ou toi aussi, pourquoi méprises-tu ton frère? car nous serons tous placés devant le tribunal du Christ. Car il est écrit : « Je suis vivant, dit le Seigneur, que tout genou fléchira devant moi, et que toute langue confessera Dieu hautement. » (Esa XLV: 23.) Ainsi donc, chacun de nous rendra compte à Dieu pour ce qui le concerne. »

« Ne nous jugeons donc plus les uns les autres ; mais jugez plutôt ceci, que vous ne devez point mettre d'achoppement ou de scandale devant votre frère. »

Maintenant remarquez ce qui suit :

« Si ton frère est contristé à cause d'un aliment, tu ne marches plus selon l'amour. Ne fais pas périr par ton aliment celui pour lequel Christ mourut. »

C'est-à-dire : je sais que la distinction entre viandes pures et viandes impures ne nous lie plus, sous la dispensation de Christ; mais pour celui qui croit à cette distinction, c'est un crime que de manger indistinctement les diverses viandes qu'on lui présente, car il fait ce qu'il croit être contraire aux commandements de Dieu. « Toutes choses, il est vrai, sont pures, mais il y a du mal pour l'homme qui mange avec scrupule. » Tout homme doit être persuadé que ce qu'il fait est bien. Si un homme mange des viandes réputées impures sans être convaincu qu'il fait bien, il offense Dieu.

« Il est bien de  ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de ne manger ou boire quoi que ce soit qui puisse être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse. ».

« Pour toi, conserve en toi-même devant Dieu la persuasion que tu as ; heureux celui qui ne se juge pas lui-même dans le parti qu'il adopte ! Mais celui qui hésite s'il doit ou non manger est condamné s'il mange, parce qu'il n'agit pas par persuasion ; or tout ce qui ne se fait pas par persuasion est un péché. »

Condamné signifie : reconnu coupable d'avoir violé la loi de Dieu.

Si un homme fait Une chose, bien qu'il doute que cela soit permis, il offense Dieu ; il viole la loi et il est condamné, que son action soit en elle-même légitime ou non. J'ai été très explicite en expliquant mon texte dans sa connexion avec le contexte, parce que je désirais vous convaincre entièrement de la justesse du principe posé ici, à savoir que si un homme agit tout en doutant de la légitimité de son action, il pèche et il est condamné. devant Dieu. Que son action soit légitime ou non en elle-même, là n'est pas la question. Il doute de cette légitimité et il agit quand même; c'est assez pour qu'il soit coupable.

Il y a ici une exception à noter. C'est le cas où l'on doute autant de la légitimité de l'abstention que de celle de l'action ; où l'on doute aussi honnêtement et aussi complètement dans un sens que dans l'autre. C'est précisément ce cas-là que le président Edwards a en vue dans sa 39e résolution :

« Résolu de ne jamais faire une chose dont la légitimité me paraîtrait douteuse (légitimité que j'examinerais .ensuite) ; excepté le cas où la légitimité de l'abstention m'apparaîtrait tout aussi douteuse. »

En effet, dans tel cas donné, un homme peut éprouver autant de scrupule à s'abstenir qu'à agir. Tout ce que l'on peut dire alors, c'est qu'il doit agir selon la plus grande somme de lumière qu'il pourra obtenir. Mais s'il doute de la légitimité de l'action, sans avoir de doute quant à la légitimité de l'abstention, et que malgré cela il agisse, il pèche et il est condamné devant Dieu ; il faut qu'il se repente ou qu'il soit condamné. Pour examiner ce sujet de plus prés, je me propose :

1. D'indiquer quelques-unes. des raisons pour lesquelles il est criminel de taire des choses de la légitimité desquelles on doute.

2. De montrer l'application de ce principe à plusieurs cas particuliers.

3. De tirer quelques conclusions et de faire. quelques remarques, selon que le temps me le permettra.

 

I.

 

Je vais donc donner quelques raisons qui démontrent l'exactitude du principe posé dans notre texte, — à savoir

que si un homme fait une chose de la légitimité de laquelle il doute, il est condamné.

 

1. Il est condamné parce que si Dieu éclaire son esprit de manière à lui faire mettre en doute la légitimité d'un acte, il est tenu de s'arrêter, d'examiner cette question de légitimité et de la résoudre à sa complète satisfaction.

Supposez que votre enfant ait envie de faire une chose ou qu'il soit invité par ses compagnons à aller en quelque lieu,

et qu'il doute de votre consentement, ne penserez-vous pas que son devoir est de vous consulter avant d'agir? Si l'un de ses camarades l'invite à venir chez lui et qu'il doute que cela vous fasse plaisir et que cependant il y aille, ne sera-ce pas évidemment mal de sa part?

Ou supposez un homme jeté au loin sur une île désolée, chu il ne rencontre aucun être humain. Cet homme fait sa demeure dans une caverne solitaire, se considérant comme entièrement seul, privé d'amis, de tout secours et de toute espérance ; mais chaque matin il trouve une provision de nourriture saine et fortifiante préparée pour lui; déposée à l'entrée de sa caverne et suffisante pour tous, les- besoins du jour. Quel est son devoir ? Direz-vous qu'il ne sait pas s'il y a dans l'île quelqu'autre être que lui et que par conséquent il n'a d'obligation envers personne ? La reconnaissance ne demande-t-elle pas qu'il recherche, qu'il découvre son ami invisible et qu'il le remercie de sa bonté ? Il ne peut pas dire : « Je doute qu'il y ait quelqu'autre être que moi ici, je ne veux par conséquent rien faire d'autre que de manger les provisions qui me sont allouées, prenant mes aises et ne me  mettant en peine de rien. » Le fait qu'il ne s'occuperait pas de rechercher son bienfaiteur suffirait à lui seul à le convaincre d'une méchanceté de coeur aussi grande que celle dont il ferait preuve si, connaissant ce bienfaiteur, il refusait de lui témoigner de la reconnaissance.

Maintenant, voyez l'athée, il ouvre ses yeux à cette lumière bénie qui nous vient du ciel et respire cet air qui. envoie la santé et la vigueur dans nos membres ; il y a là assez d'évidence en faveur de l'existence de Dieu, pour le pousser à faire des recherches au sujet de cet Etre Suprême qui nous dispense tous ces moyens de vie et de bonheur. Et s'il ne fait pas de recherches pour acquérir plus de lumière, s'il ne s'en soucie pas, s'il se tourne au contraire contre Dieu, il montre qu'il a non seulement l'intelligence mais encore le coeur d'un athée.

Il a, pour dire le moins, la preuve qu'il peut y avoir un Dieu. Qu'a-t-il donc à faire ? Il a évidemment à faire des recherches, honnêtement, avec respect, et d'un coeur semblable à celui du petit enfant, pour acquérir toute la connaissance que l'on peut avoir de ce Dieu, et parvenir enfin à lui payer le tribut de sa reconnaissance et de son adoration. Si, au contraire, quand il a assez de lumière pour concevoir des doutes au sujet de l'athéisme, il continue à faire comme s'il n'en avait pas, ne recherchant point la vérité pour lui obéir, il montre que le mal est dans son cœur, et qu'il ne veut pas entendre parler de l'existence de Dieu.

Voici maintenant un déiste, et voici un livre qui prétend être une révélation de Dieu. Beaucoup d'hommes excellents l'ont admis comme tel. Les preuves à l'appui sont telles que les esprits les plus pénétrants et les plus droits ont été parfaitement convaincus de la vérité de ce livre. Ces preuves, soit externes, soit internes, sont d'un grand poids ; celui qui nierait, l'existence de ces preuves nous obligerait à douter ou de la rectitude de son esprit ou de son honnêteté. Pour dire le moins, il y a, en faveur de ce livre, assez d'évidence pour faire douter de la thèse déiste qui en fait une fable ou une imposture. En être arrivé à ce doute n'est encore que bien peu de chose, mais cela nous suffit comme point de départ. A partir de là, que fera-t-on ? A-t-on le droit de rejeter le livre ?      

Aucun déiste n'osera prétendre qu'il est si parfaitement persuadé en son esprit, qu'aucun doute n'existe pour lui. Tout ce qu'il pourra faire, sera de soulever des difficultés et des doutes quant à l'affirmation contraire. Son devoir est donc de s'arrêter et de cesser toute opposition à la Bible, jusqu'à ce qu'il puisse démontrer d'une façon absolument concluante qu'elle n'est pas de Dieu.   

De même pour l'unitaire. Etant admis, ce qui n'est nullement vrai, que la divinité de Jésus-Christ ne soit pas proclamée dans la Bible avec une évidence suffisante pour exclure tout doute, il est cependant évident que la Bible présente assez de clarté pour faire douter de la doctrine unitaire qui veut que Jésus-Christ ne soit pas Dieu. Personne n'a donc le droit de rejeter la divinité de Jésus-Christ; au contraire, chacun est tenu de sonder humblement les Ecritures jusqu'à ce qu'il soit convaincu sur ce point.

Aucun homme intelligent et honnête ne peut dire que les Ecritures ne présentent aucune preuve de la divinité de Jésus-Christ. Elles présentent au contraire des preuves qui ont convaincu et pleinement satisfait des milliers d'esprits des plus pénétrants, esprits précédemment opposés à cette doctrine de la divinité du Sauveur. Personne ne peut rejeter cette doctrine sans avoir de doute, parce qu'il y a ici de fortes raisons de penser qu'elle peut être vraie. Et si elle peut être vraie, celui qui la rejette, la rejette à ses risques et périls.

Voyez enfin l'universaliste. Qui peut dire qu'il croit, sans avoir aucun doute, qu'il n'y a point d'enfer où les pécheurs vont après la mort dans les tourments éternels ? Celui qui a quelque doute à ce sujet est tenu de s'arrêter, de faire des recherches, de sonder les Ecritures. Il ne lui suffit pas de dire qu'il ne croit pas à l'enfer. Il se peut qu'il y en ait un, et s'il ne veut point l'admettre et qu'il continue à vivre en ne se souciant pas de connaître la vérité à cet égard, il se  constitue ainsi rebelle envers Dieu. Il n'a pas la certitude. qu'il n'y ait point d'enfer à éviter et cependant il agit comme s'il avait cette certitude. Il est condamné. J'ai connu un médecin qui était universaliste et qui est allé dans l'éternité éprouver la valeur de ses spéculations. Ce médecin me dit un jour qu'il avait beaucoup de doutes sur la vérité de l'universalisme et qu'il avait exprimé ses doutes à un ministre universaliste qui, lui aussi, lui avait confessé ses doutes sur le même sujet. Ce Ministre ne pensait pas qu'il y eût un universaliste au monde qui n'eût pas les mêmes doutes.

 

2. Si un homme fait une chose en doutant de sa légitimité, il montre qu'il est égoïste, et qu'il a d'autres objets en vue que de faire la volonté de Dieu.

Il est évident qu'en faisant cette chose, c'est sa propre satisfaction qu'il cherche. Il doute que Dieu l'approuve et il la fait quand même. N'est-ce pas être un rebelle ? Quand il est ainsi dans le doute, s'il désirait sincèrement servir Dieu, il s'arrêterait, il ferait des recherches, il examinerait jusqu'à ce qu'il fût pleinement persuadé. Mais, passer outre tout en étant dans le doute, montre qu'il est égoïste et méchant, et qu'il a la volonté de faire la chose qu'elle plaise à Dieu ou qu'elle ne lui plaise pas, qu'elle soit juste ou qu'elle soit injuste. Il agit donc non parce que la chose est bonne, mais parce qu'il lui plaît d'agir ainsi.

 

3. Se conduire de la sorte, c'est accuser la bonté de Dieu.

C'est admettre en effet que Dieu n'a pas manifesté sa volonté assez clairement pour que chacun puisse connaître son devoir quand il le veut. C'est dire implicitement que le sentier du devoir a été laissé dans une telle obscurité que l'on est obligé de marcher à l'aventure.

 

4. Cela dénote de la paresse et de la stupidité.

Celui qui se conduit ainsi montre qu'il aime mieux agir mal que de prendre la peine et le soin nécessaires pour apprendre à connaître le sentier du devoir. Il montre qu'il est ou négligent ou malhonnête dans ses recherches.

 

5. Cela montre un esprit insouciant.

C'est la preuve, en effet, d'un manque de conscience ; cela dénote de l'indifférence pour le droit et la justice ; cela montre une disposition à mettre de côté l'autorité de Dieu,  ne point faire sa volonté et à ne point se soucier de savoir ce qui lui plaît et ce qui ne lui plan pas ; c'est la preuve d'une profonde insouciance et d'un caractère léger. C'est une véritable perversité.

Ce principe qui est si nettement posé dans notre texte et dans son contexte, ainsi que dans le chapitre des Corinthiens que j'ai lu, ce principe si clairement exprimé est donc pleinement confirmé par l'examen. Il établit que quiconque fait une chose tout en doutant de sa légitimité, pèche, attire sur lui la condamnation. de Dieu, et doit, ou se repentir ou être condamné.

 

II.

 

Je dois maintenant montrer l'application de ce principe à différents cas particuliers.

 

Premièrement je mentionnerai quelques cas où un chrétien peut réellement être dans le doute, la légitimité de l'abstention étant à ses yeux tout aussi incertaine que celle de l'action.

Prenons le sujet du vin dans la Sainte Cène.

Depuis que les promoteurs de l'oeuvre de la tempérance ont soulevé la question de l'usage du vin et que l'on a reconnu la difficulté qu'il y a en ce pays d'avoir des vins autres que des vins très fortement alcooliques; la légitimité de l'emploi du vin dans la Sainte Cène est devenu un sujet de doute et de controverse. Les uns ont douté sérieusement qu'il fût, bien de prendre pour la cène des vins aussi alcooliques que les nôtres. D'autres au contraire estiment que le vin est un élément essentiel dans l'ordonnance du Seigneur et que nous devons user du meilleur vin que nous puissions. obtenir, sans nous préoccuper d'autre chose. D'autres encore disent que nous ne devons pas user du tout de vin alcoolique ou enivrant, et connue, selon leurs vues, le vin n'est pas essentiel dans l'ordonnance du Seigneur, ils affirment qu'il est mieux de se servir d'une autre boisson. Indubitablement, les uns et les autres sont également consciencieux et désireux de faire de qui est le plus agréable à Dieu. Je conçois facilement que des personnes consciencieuses puissent .être très sérieusement dans le doute quant au chemin à prendre ; elles doutent soit bien d'user de vin alcoolique et elles doutent qu'il soit bien d'user d'une autre boisson dans le sacrement. C'est le cas prévu par la règle déjà rappelée du Président Edwards, celui on là légitimité de l'action et celle de l'abstention sont également douteuses. Dans ces circonstances chacun doit se décider selon la plus grande lumière qu'il aura pu acquérir, après l'avoir recherchée loyalement, dans le simple désir de connaître ce qui est le plus agréable à Dieu, afin de le faire.

Je n'ai pas l'intention de discuter cette question de l'usage du vin dans la communion, ce n'est point ici le lieu ; je ne vous l'ai présentée que comme exemple, mais maintenant qu'elle est devant vous, je ferai deux ou trois remarques.

 

1. Je n'ai jamais craint que l'usage du vin ordinaire dans la communion fît autant de mal que quelques-uns le craignent. Je n'ai jamais été alarmé à la pensée du danger ou du mal qu'il pourrait y avoir à prendre quelques gouttes de vin, environ une cuillerée à café, une fois par mois ou une fois tous les deux ou trois mois. Je ne crois pas que la maladie de l'intempérance (car l'intempérance, vous le savez, est en réalité une maladie du corps ) puisse être ni engendrée, ni perpétuée par une cause aussi insignifiante. Je ne crois pas non plus qu'il y ait là de quoi porter atteinte à la cause de la tempérance, autant que quelques-uns l'ont supposé. Je crois par conséquent que si l'on use ici du vin ainsi que nous avons été accoutumés à le faire, et que l'on soit pleinement persuadé en son esprit, l'on ne pèche point.

 

2. D'un autre côté, je ne pense pas que l'usage du vin soit essentiel dans l'ordonnance du Seigneur. Sur ce sujet, l'on a dit et écrit beaucoup de choses, de sorte que le conseil du Seigneur a été obscurci par des paroles sans connaissance. Il y a des raisons qui sont pour moi plus fortes que toutes celles que j'ai entendu donner et qui me. conduisent à croire que le vin ne fait pas nécessairement partie de l'ordonnance du Seigneur. On a pris beaucoup de peine pour établir que notre Sauveur s'était servi de vin non fermenté quand il institua la Sainte Cène, vin qui par conséquent n'aurait pas contenu d'alcool. Tel a été, en effet, jusqu'à ce jour, le point principal du débat Mais cela me semble aussi déplacé que si l'on avait discuté la question de savoir s'il a employé du pain de froment ou du pain d'avoine, ou si ce pain était levé ou non. Pourquoi n'a-t-on pas discuté cette dernière question avec véhémence ? parce que tous la regardaient comme non essentielle.

Pour résoudre cette question du vin, il faudrait se demander quel est le sens de l'institution de la Sainte Cène ; qu'est-ce que le Sauveur se proposait de faire ?

Il se proposait de prendre les deux substances qui contribuent le plus à l'alimentation de l'homme, nourriture et breuvage, et de s'en servir pour exprimer la vertu aussi bien que la nécessité de l'expiation.

Il est évident que Jésus-Christ avait cette pensée, car elle correspond à ce qu'il dit: «Ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage.» De même, dans le temple, il s'écriait : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. »

Il est appelé le «pain de vie». Ces images n'ont d'autre but que celui d'exprimer la valeur des souffrances de Christ. Pourquoi Christ prend-il ici le pain plutôt que tout autre aliment? Ceux qui connaissent l'histoire et les usages du Pays où il vivait comprendront qu'il choisit l'aliment dont l'usage était le plus commun. Quand j'étais à Malte, le pain semblait être l'unique nourriture d'une grande partie du peuple ; les gens se rendaient en foule au marché, achetaient un morceau de grossier pain et le mangeaient sur place. Ainsi, Christ choisit pour représenter sa chair, le plus commun, le plus universel des aliments. Maintenant pourquoi choisit-il le vin? Par la même raison. Dans toutes ces contrées, le vin est la boisson commune du peuple, surtout aux repas. Il coûte là environ un sou la bouteille ; moins que la petite bière ne coûte ici. En Sicile, on me dit que le vin coûtait cinq sous le gallon et je ne sais pas s'il n'était pas aussi bon marché que l'eau. Et vous observerez que la cène fut prise, la première fois, à la fin du repas pascal, moment où les Juifs usaient toujours de vin. La pensée du Seigneur dans l'institution de la Sainte Cène est donc celle-ci : comme la nourriture et le breuvage sont essentiels à la vie du corps, de même son corps et son sang, — ou son expiation. — sont nécessaires à la vie de l'âme. Quant à moi, je suis pleinement, convaincu que le vin n'est pas essentiel à la communion et je n'hésiterais pas à me servir d'eau avec quiconque la préférerait consciencieusement. Qu'un aliment et qu'une boisson soient l'aliment le plus commun et la boisson la plus commune d'un pays, qu'ils constituent le fond de l'alimentation des gens de ce pays, et j'estime que cet aliment et cette boisson, quels qu'ils soient, pris comme espèces de la Sainte Cène, répondront entièrement à la pensée du Seigneur. Si j'étais missionnaire parmi les Indiens Esquimaux qui vivent de viande de phoque séchée et de neige fondue, j'administrerais la cène avec ces substances-là ; ce qui leur enseignerait qu'ils ne peuvent pas vivre sans Christ.

J'estime donc que si quelqu'un est « pleinement persuadé en son esprit, » il ne pèche point en abandonnant l'usage du vin. Qu'une église agisse avec pleine persuasion et je n'aurai aucun scrupule à suivre avec elle l'une ou l'autre voie, soit qu'elle veuille substituer au vin quelque boisson saine et d'un commun usage, soit qu'elle veuille suivre l'ancienne manière de faire. Mais ne perdez pas de vue le grand principe que nous examinons. Si un homme doute sincèrement, qu'il soit légitime de faire une chose et qu'il doute également qu'il soit légitime de ne point la faire, il doit prier à ce sujet, sonder les Ecritures, s'éclairer de son mieux, et agir ensuite selon ses lumières. Agissant ainsi, il ne doit ni être jugé, ni être blâmé par ses frères : « Qui es-tu toi qui juges le serviteur d'autrui ? » Personne n'est autorisé à faire de sa propre conscience la règle de la conduite de son voisin.

Un cas semblable est celui où un ministre est dans la nécessité d'aller prêcher au loin, le dimanche; comme c'est le cas lorsqu'il a deux églises. S'il voyage, il peut paraître n'avoir point égard au jour du repos; et s'il ne voyage pas, une  de ses églises sera privée de sa prédication. Il peut douter sincèrement de son devoir. Ce qu'il doit taire, c'est d'en faire un sujet de prières, de sonder les Ecritures, de s'éclairer le mieux possible, examinant la chose à fond, puis d'agir en conséquence.

Il en est de même pour un directeur d'école du dimanche qui est obligé de voyager le dimanche pour se rendre à son école, sans quoi les enfants n'auraient pas d'école. Il peut être sincèrement dans le doute quant à son devoir : ou rester dans sa propre église le dimanche, ou faire un voyage de cinq, huit ou dix milles pour aller tenir son école dans quelque localité dénuée de ressources spirituelles. Que cet homme s'éclaire de son mieux et juge lui-même du parti qu'il doit prendre ; et qu'aucun homme ne se lève pour le juger, lui, humble et consciencieux serviteur de Jésus-Christ !

Vous le voyez, il est bien entendu et il est évident que, dans tous ces cas, le but est d'honorer Dieu, et que le doute ne porte que sur la voie à suivre pour l'honorer réellement. Paul dit à ce sujet : « Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur ; et celui qui ne distingue pas entre les jours agit aussi pour le Seigneur. » Le but est de bien faire, le doute ne peut porter que sur le moyen.

 

Secondement, je mentionnerai quelques cas où le but est mauvais, c'est-à-dire où il n'est autre que la satisfaction d'un désir personnel et où l'on doute s'il est permis ou non de s'accorder cette satisfaction. Je mentionnerai plusieurs choses sur lesquelles on diffère d'opinion, et de la légitimité desquelles, pour dire le moins, on ne peut s'empêcher de douter.

 

1. Telle est, par exemple, la fabrication ou la vente des liqueurs.

Après tout ce qui a été dit sur ce sujet et toute la lumière dont il a été éclairé, y a-t-il un homme, en ce pays, qui puisse dire qu'il n'a aucune raison de douter de la légitimité  de ce genre d'affaires ? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'aucun homme droit ne peut faire autrement que d'en douter ; nous croyons même qu'il n'y a pas d'honnête homme qui ne reconnaisse que ces affaires-là sont illégitimes et criminelles. Mais faisons la supposition la plus charitable que l'on puisse faire à l'égard du distillateur et du vendeur ; supposons qu'ils ne soient pas entièrement convaincus du caractère illégitime de leur commerce. Ils doivent au moins douter qu'il ne soit légitime. Que doivent-ils faire alors ? doivent-ils fermer les yeux à la lumière, et continuer leur chemin insouciants de la vérité, aussi longtemps du moins qu'ils ne sont pas forcés de la regarder en face ? Non ! Ils peuvent contester et élever autant d'objections qu'il leur plaira, toujours est-il qu'ils savent qu'ils ont des doutes au sujet de la légitimité de leurs affaires ; si, après cela  ils les continuent, sans prendre la peine d'examiner et de voir ce qui est bien, ils peuvent être précisément aussi certains d'être condamnés que s'ils péchaient avec pleine connaissance de cause. Vous entendrez cependant ces hommes dire : « Mais je ne suis pas entièrement convaincu que la Bible défende de fabriquer ou de vendre des liqueurs alcooliques ! » Bien ! supposons en effet que vous n'en soyez pas pleinement convaincu et que l'on n'ait pu répondre à toutes vos objections, qu'est-ce à dire ? Vous savez que vous avez des doutes relativement à la légitimité de vos affaires et vous les continuez. Ce fait à lui seul le montre : vous êtes sur le chemin de l'enfer.

 

2. J'appliquerai la même règle à la violation du jour du repos.

Comme c'est le cas, par exemple, pour les employés de-la poste, pour ceux des péages, des octrois, des bateaux à vapeur, des chemins de fer, et pour quiconque est employé-le dimanche à toute oeuvre qui n'est pas absolument nécessaire. Il y aura toujours des oeuvres qui devront être faites ce jour-là : telles sont les oeuvres de miséricorde et les oeuvres d'absolue nécessité. Mais lorsqu'il s'agit d'un travail qui n'a pas ce caractère, le moins qu'on puisse dire au sujet de ceux qui s'y livrent, c'est qu'a leurs yeux la légitimité de ce travail du dimanche est douteuse. Or c'est assez pour les condamner.

 

3. Je tiens pour blâmables, d'après le mène principe, les loteries, jeux à la bourse, etc. (1)

(1) Nous omettons ici quelques détails sur le placement des capitaux et sur l'usage de différentes boissons, détails inutiles pour nos lecteurs. (Trad.)

 

4. Même objection relativement à l'usage du tabac.

Y a-t-il un homme qui puisse prétendre qu'il n'a aucun doute que son habitude de fumer ne soit agréable à Dieu? D'autre part, personne ne doute qu'il soit parfaitement légitime de ne pas fumer. Or, le fumeur qui doute de la légitimité de son habitude, et qui la garde, est condamné.

 

5. Appliquons ce principe à divers amusements.

 

(1.) Le théâtre. Il y a beaucoup de gens qui font profession d'être chrétiens et qui vont au théâtre. Ils prétendent que la Bible ne le défend nulle part Mais pensez-y, quel chrétien de profession a jamais été au théâtre sans avoir de doutes au sujet de la légitimité de son  action ? Je n’admets nullement qu'il s'agisse là d'une action qui ne serait que douteuse ; je crois au contraire que la question est ici fort claire et qu'il est facile de montrer combien un tel acte est mauvais. Mais ce que j'ai dit suffit pour ceux d'entre vous, s'il y en a, qui iraient au théâtre et qui essayeraient de s'excuser en disant que nulle part la Bible ne le défend expressément.

 

(2.) Parties de plaisir où l'on mange et boit à l'excès. N'y aucune raison de douter que ce soit bien là l'usage que Dieu veut qu'on fasse de son temps et de son argent ? Considérez les pauvres qui souffrent de la faim et rendez-vous compte de l'effet que produisent votre gaîté et vos extravagances, puis voyez si vous pourrez jamais retourner à de tels

amusements sans avoir de doutes sur leur légitimité. Où trouverez-vous un homme ou une femme qui, dans ce cas, irait jusqu'à dire qu'il n'a aucun doute ? Y a-t-il ici un seul homme droit qui le pourrait ? Or, si vous avez de tels doutes et que vous persistiez néanmoins à prendre part à de telles parties de plaisir, vous êtes condamné.

Vous voyez que ce principe touche à toute une catégorie de questions controversées ayant trait à des actions que l'on a coutume d'excuser en disant qu'elles ne sont pas plus. mauvaises que d'autres.

 

(3.) J'en dirais autant des bals, de la lecture des romans et de tant d'autres choses où l'on a coutume de perdre son temps. Est-ce de cette façon-là que Dieu vous appelle à dépenser votre vie? Pouvez-vous dire que  vous n'avez aucun doute à cet égard?

 

(4.) Visites faites le dimanche. On veut faire une visite ce jour-là et l'on se justifie en disant : « Je ne sais pas si cela est bien, mais je m'en vais toujours le tenter. » Qu'en elle-même cette visite soit bonne ou mauvaise, celui qui parle ainsi est, au fond de son coeur, un violateur du dimanche, car il agit malgré ses doutes.

 

(5.) Se conformer aux coutumes mondaines du jour de l'an (1). Ce jour-là les dames restent à la maison et les messieurs courent toute la ville pour leur rendre visite. Les dames font leurs grands préparatifs ; elles reçoivent leurs visiteurs avec gâteaux, vins, punch, etc., assez pour les empoisonner presque complètement ; et tous ensemble s’inclinent jusqu'en terre devant la déesse de la fashion. Y a-t-il ici une dame qui ne concevrait aucun doute sur la légitimité de tout ceci ? On peut démontrer que c'est mauvais, mais je me borne à poser cette question aux dames de cette ville : n'est-il pas DOUTEUX que cela soit bien ? L'on pourrait avoir des craintes au sujet de l'état mental de tout homme ou de toute femme qui ne concevrait aucun doute sur la légitimité d'une telle coutume, au milieu d'une intempérance pareille à celle qui règne en cette ville. Qui parmi. vous. pratiquera encore de telles choses ? -Pratiquez-les, si vous l'osez, — au péril de votre âme ! Si vous faites ce qui est simplement douteux, Dieu réprouve et condamne ; et SA voix doit être respectée.

Je sais que l'on cherche à excuser la coutume dont je viens de parler en disant qu'il est bon d'avoir un jour exprès pour de telles visites, un jour où les dames sont à la maison et oit les messieurs sont libres de toute affaire ; et que tout cela est très bien. Mais quand on voit tous les abus et tout le mal dont ces visites sont l'occasion, je le demande à chacun ici, un chrétien peut-il se défendre d'avoir  quelque doute sur la légitimité d'une pareille coutume ? Et si cette coutume est d'une légitimité douteuse, elle tombe sous la règle : « Il est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de s'abstenir de ce qui peut être pour ton frère Une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse. »

(1) Ces paroles étaient prononcées le soir même du jour de l'an. (Trad.)

 

(6.) Suivre toujours la dernière mode, la mode du jour, la fashion extravagante. Dames chrétiennes, n'avez-vous jamais douté, ne doutez-vous point maintenant qu'il soit bien de copier ces modes venues de lieux que l'on n'oserait pas seulement nommer dans une assemblée comme celle-ci ? N'avez-vous vraiment aucun doute à cet égard ? Si vous en avez et que vous persistiez dans votre manière de vous vêtir, vous péchez; vous devez vous repentir de votre péché ou subir la condamnation.

 

(7.) Mariages entre chrétiens et pécheurs inconvertis.

Voici la réponse qu'on nous fait toujours : « Après tout, vous savez, il n'est pas certain que ces mariages ne soient pas permis. » Supposons qu'il en soit ainsi, la Bible et la nature du cas ne nous feront-elles pas au moins douter que ces mariages ne soient selon la volonté du Seigneur? L'on peut parfaitement démontrer qu'ils sont contraires à la loi de Dieu ; mais supposons que l'on ne puisse pas le faire, je demande alors si jamais un chrétien a pu se marier avec une personne inconvertie sans avoir de doutes sur la légitimité d'un tel mariage. Or, « celui qui doute est condamné. »

 

Voyez ce chrétien, homme ou femme, qui est sur le point de s'unir avec un inconverti ; il doute continuellement que •ce soit là le chemin que Dieu l'appelle à suivre ; il essaie de prier contre sa conscience sous prétexte de prier pour être éclairé ; il prie tournant tout autour de son devoir ; et cependant il continue à marcher dans la voie a prise. PRENEZ GARDE ! Vous savez que vous avez des doutes au sujet de la légitimité de la voie que vous suivez ; souvenez-vous « que celui qui doute est condamné. »

Vous voyez, mes chers auditeurs, qu'il y a ici un principe qui viendra à votre aide quand vous reprendrez le péché, et que l'on essayera de vous réduire au silence ou de vous embarrasser en vous demandant des preuves absolument probantes de l'iniquité de certaines pratiques auxquelles l'on ne veut point renoncer. Rappelez-vous alors que vous n'êtes point tenus de prouver jusqu'à évidence entière l'illégitimité de ces pratiques. Si vous pouvez indiquer des raisons suffisantes pour douter de leur légitimité, si vous pouvez ainsi faire naître des doutes sérieux sur leur accord avec la volonté de Dieu, vous rejetez sur la partie adverse cette obligation de donner des preuves dont on voulait vous charger. Et, à moins que l'on ne puisse dissiper ces doutes et établir avec certitude la légitimité de la pratique contestée, l'on n'a aucun droit d'y persister ; si on le fait, on pèche contre Dieu.

 

REMARQUES

 

1. La connaissance du devoir n'est pas indispensable. pour que nous soyons responsables, il suffit que les moyens d'arriver à cette connaissance soient à notre disposition.

Si quelqu'un a les moyens de connaître si ce qu'il veut faire est bien ou mal, il est tenu d'user de ces moyens ; il est tenu de faire des recherches à ses risques et périls et d'arriver à la certitude quant à la conduite qu'il doit tenir.

 

2. Si ceux-là sont condamnés qui font des choses de la légitimité desquelles ils doutent, que dire de la multitude de ceux qui font continuellement ce qu'ils savent et confessent être mal ?

Malheur à celui qui pratique ce qu'il condamne. « Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans le parti qu'il adopte ! »

 

3. Les hypocrites essaient souvent de se retrancher derrière leurs doutes pour se soustraire à leur devoir.

L'hypocrite ne tient pas à s'éclairer, il ne désire pas connaître la vérité, parce qu'il ne désire pas obéir au Seigneur ; c'est pour cela qu'il se retranche derrière ses doutes, détourne ses yeux de la lumière et ne veut point examiner ni faire des recherches pour voir quel est son devoir ; c'est ainsi qu'il cherche à se débarrasser de toute responsabilité; mais Dieu l'arrache de ses cachettes de mensonge par le principe qu'expose notre texte : il doute, ses doutes le condamnent

L'on ne veut point être éclairé au sujet de la tempérance et l'on persiste à boire ou à vendre de l'absinthe, sous prétexte que l'on n'est pas pleinement convaincu que cela soit mal. On ne veut lire ni traité, ni journaux combattant ces pratiques, on ne veut assister à aucune réunion de tempérance, de peur d'être convaincu. Cela  montre que l'on est décidé à excuser le péché et que l'on espère pouvoir cacher sa perversité derrière son doute. Quelle démonstration plus complète pourrait-on donner de son hypocrisie?

Quel est l'homme, dans tous les Etats-Unis, qui pourrait dire qu'il n'a aucun doute sur la légitimité de l'esclavage? (1) Cependant la grande majorité de la nation ne veut rien entendre sur ce sujet ; il suffit de le nommer pour que l'on s'emporte aussitôt ; et l'on a même proposé sérieusement, dans le nord et dans le sud, d'édicter des lois défendant de l'examiner et de le discuter. Supposons maintenant qu'elles passent, ces lois qui ont pour but de permettre à la nation de se retrancher derrière ses doutes. Qu'y gagnera-t-on ?

Si nos compatriotes continuent à faire de leur prochain leur propriété, le tenant dans l'esclavage, tout en doutant que

cela soit juste, ils sont condamnés devant Dieu; et nous. pouvons être sûrs que leur péché les trouvera et que Dieu leur montrera de quel oeil il regarde leur conduite. Il est étonnant de voir la folie des gens à cet égard ; ils pensent donc qu'en refusant de se débarrasser de leurs doutes, ils se débarrassent de leur péché ! Pensez un peu : dans le sud, des chrétiens et même des ministres refusant de lire un écrit concernant la question de l'esclavage et le renvoyant avec insultes et menaces! — Des menaces! et pourquoi? Parce qu'on a osé les entretenir de leur devoir.

On peut démontrer absolument que l'esclavage est inique, qu'il faut s'en repentir, et l'abandonner comme tout autre. péché; mais supposons que tout ce qu'on puisse dire de ceux qui le soutiennent, c'est qu'ils doutent de sa légitimité et qu'ils n'entendent point être éclairés ; cela suffit ; ils sont condamnés devant Dieu. Il ne pourront jamais sortir de là. Aussi longtemps qu'ils douteront s'il est juste ou non de tenir son prochain dans l'esclavage, ils ne pourront avoir des esclaves sans pécher ; et qu'ils aient des doutes sur la légitimité de l'esclavage, c'est ce que démontre leur refus d'examiner la question.

Nous pouvons supposer ce cas-ci, — et peut-être qu'il se  rencontre dans le sud; — un homme doute de la légitimité de l'esclavage et doute également  de la légitimité de l'émancipation des esclaves en leur présent état d'ignorance et de dépendance. C'est le cas prévu par la règle d'Edwards. Le devoir sera, pour un tel homme, non pas de se mettre en colère contre ceux qui attireront son attention sur ce sujet, ni de renvoyer, sans les lire, les écrits qu'on pourra lui faire. parvenir; mais au contraire de chercher à s'éclairer, examinant la question loyalement à la lumière de la Parole de. Dieu, jusqu'à ce que tout doute ait disparu. Le moins qu'il pourra faire pendant ce temps, ce sera de s'appliquer de tout son pouvoir à faire l'éducation de ses esclaves, en sorte qu'ils soient le plus tôt possible en état de se suffire à eux-mêmes et de recevoir la liberté.

(1) Ces paroles étaient prononcées en 1836. (Trad.)

 

4. Il est manifeste qu'il n'y a que très peu de conscience, dans l'église.

Qu'ils sont nombreux en effet ceux qui persistent à faire une chose sans cependant être certains qu'elle soit bonne!

 

5. Il y a encore moins d'amour pour Dieu que de conscience. Vous ne pouvez pas prétendre que l'amour pour Dieu soit le mobile qui vous pousse à suivre les modes du jour, à vous livrer à des plaisirs, à des amusements et à tant d'autres choses de la légitimité desquelles vous doutez. Vous ne persistez pas dans toutes ces choses parce que vous aimez Dieu. Non, non, vous y persistez parce que vous y trouvez. votre agrément, votre convenance ; et vous préférez courir le risque de faire mal plutôt que de voir vos doutes dissipés : tout cela vient de ce que vous avez si peu d'amour pour Dieu, et de ce que vous prenez si peu de souci de sa gloire.

 

6. Ne dites pas dans vos prières : « O Seigneur, si j'ai péché en cette chose, pardonne-moi. »

Si vous avez fait la chose en doutant qu'elle fût bien, vous avez péché ; que la chose en elle-même soit bonne ou qu'elle soit mauvaise. Dans un cas comme dans l'autre, vous devez vous repentir et demander pardon.

Et maintenant, laissez-moi vous le demander, à vous tous qui êtes ici présents : êtes-vous convaincus que faire une chose dont la légitimité vous parait douteuse, soit un péché ? Si vous l'êtes, je n'ai plus qu'une question à vous faire. Êtes-vous décidés à abandonner dès ce moment-ci toute chose dont la légitimité ne vous paraît pas certaine,  tout amusement, toute complaisance pour vous-même, toute pratique, toute occupation, qui seraient dans ce cas ? Voulez-vous le faire ? ou préférez-vous être condamné au dernier jour devant le tribunal de Christ, on nous devons tous comparaître ? — Si vous ne voulez pas délaisser ces choses douteuses, vous montrez que vous êtes un pécheur impénitent qui n'a point l'intention d'obéir à Dieu ; et si vous ne vous repentez pas, vous attirez sur votre tète la condamnation et la colère de Dieu pour l'éternité.

 


 

IV° DISCOURS


LA REPREHENSION EST UN DEVOIR.

 

« Tu reprendras soigneusement ton prochain, et tu ne souffriras point de péché en lui. » Lev. XIX :17.

 

Voici le verset entier, traduit exactement : « Tu ne haïras point ton frère dans ton coeur. Tu reprendras soigneusement ton prochain, et tu ne porteras pas de péché à cause de lui. »

La pensée est donc : si tu ne reprends pas soigneusement le pécheur, tu deviens son complice; mais si tu le reprends soigneusement, comme je te le recommande, tu n'es point son complice, tu ne participes pas à son péché, « et tu ne porteras pas de péché à cause de lui. »

 

En vous parlant de ce commandement de Dieu, je me propose :

 

I. De vous en montrer les motifs;

II. De vous montrer à qui il s'adresse;

III. De mentionner quelques exceptions que Dieu a faites à son accomplissement ;

IV. De vous montrer la manière de l'accomplir ;

V. De vous présenter quelques cas particuliers où il doit être accompli;

VI. D'examiner quelques difficultés qu'on élève parfois contre son accomplissement.

 

I.

 

Les raisons du commandement que Dieu nous donne ici.

 

1. L'amour pour Dieu en exige évidemment l'exécution.

Si vous aimez réellement Dieu, vous vous sentirez tenus de reprendre ceux qui le haïssent, qui l'outragent et qui violent ses commandements. Si j'aime le gouvernement de ce pays, ne reprendrai-je pas celui qui insultera et outragera ce gouvernement ? Si un enfant aime ses  parents, n'en résultera-t-il pas tout naturellement qu'il reprendra celui qui parlera mal d'eux en sa présence ?

 

2. L'amour pour cet univers que Dieu a créé en demande autant.

Si un homme, aime la création de Dieu, s'il est animé d'une bienveillance universelle, il comprend parfaitement que le péché est incompatible avec le plus grand bien de l'univers, qu'il tend directement à en renverser l'ordre et à en détruire le bonheur ; qu'il est fait pour le gâter, le ruiner, et qu'il ne manquerait pas de le faire, s'il n'était rendu impuissant. Lors donc qu'un tel homme voit le péché à l'oeuvre, sa bienveillance le conduit à le reprendre et à le combattre.

 

3. L'amour pour la société dans laquelle vous vivez est une autre raison.

Ce n'est pas seulement l'amour pour l'univers en général, c'est l'amour pour la société particulière, quelle qu'elle soit, dont vous êtes membre, qui doit vous pousser à reprendre le péché. Le péché est l'opprobre d'un peuple; et celui qui pèche, quel qu'il soit, produit un état de la société qui est nuisible à tout ce qui est bon ; son exemple tend à corrompre la société, à détruire sa paix, à introduire le désordre et la ruine, et c'est le devoir de quiconque aime son peuple de résister au péché et de le réprimander.

 

4. L'amour pour le prochain doit vous conduire ça la même conclusion

Le prochain est ici quiconque pèche dans le milieu où s'étend votre influence ; non seulement en votre présence, mais encore dans votre voisinage, ou dans votre nation, ou dans le reste du monde, partout où votre influence peut s'exercer. Si votre prochain pèche, il se fait du tort à lui-même, si donc vous l'aimez vous devez reprendre son péché. L'amour pour celui qui tombe dans l'intempérance doit nous conduire à l'avertir des conséquences de sa conduite. Supposez que nous voyions notre prochain exposé à quelque grand péril extérieur, par exemple que le feu soit à sa maison. Un véritable amour nous poussera à l'avertir et à ne pas le laisser périr dans les flammes. S'il arrivait qu'il demeurât, volontairement au milieu du péril, nous n'épargnerions aucun effort pour le sauver de sa propre folié et nous ne souffririons pas qu'il se détruisit lui-même, pour peu qu'il nous fût possible de l'en empêcher. Beaucoup plus encore devons-nous l'avertir des conséquences du péché, le reprendre et nous efforcer de l'amener à la repentance avant qu'il soit trop tard.

 

5. Il serait cruel d'agir autrement.

Si vous voyez votre voisin pécher et que vous passiez outre, négligeant de le reprendre, c'est tout aussi cruel que si vous voyiez sa maison en feu et que vous passiez votre chemin sans l'en avertir, Pourquoi ne l'avertiriez-vous pas ? S'il est dans la maison et que la maison brille, il perdra la vie ; s'il pèche et qu'il reste dans son péché, il ira en enfer ; ne serait-ce pas cruel que de le laisser, aller en enfer sans l'avertir ? Il y a des gens qui semblent penser que ce n'est pas cruel de laisser son prochain marcher dans le péché jusqu'à ce que la colère de Dieu éclate sur lui ; leurs sentiments sont si tendres qu'ils craignent de le blesser en lui parlant de son péché et du danger qu'il court. Certainement, « les tendres compassions du méchant sont cruelles. » Au lieu d'avertir son prochain des conséquences du péché, il l'encourage à persévérer dans sa mauvaise voie.

 

6. Refuser de reprendre son prochain quand il pèche, c'est se révolter contre Dieu.

Voir la rébellion et ne point la blâmer, ni s'y opposer, c'est être soi-même rebelle ; les lois humaines elles-mêmes le considèrent ainsi. Si quelqu'un a connaissance d'un complot de trahison et qu'il ne le dévoile point, ou n'entreprenne point de le mettre à néant, il sera tenu pour complice et condamné comme tel par la loi. De même si quelqu'un voit la révolte contre Dieu s'organiser et qu'il ne s'y oppose point et ne fasse aucun effort pour la supprimer, il est lui-même un révolté.

 

7. Si vous ne reprenez pas votre prochain quand il pèche,vous êtes responsable de sa mort.

Dieu nous tient responsables de la mort de ceux que nous laissons marcher dans le péché sans les reprendre ; et cela est juste, Dieu doit agir ainsi. Si nous les voyons pécher et que nous ne fassions pas d'opposition, ne leur adressant aucune réprimande, nous consentons à leur péché et nous les encourageons à le commettre. Si vous voyez un homme se préparer à tuer son prochain et que vous restiez tranquille, ne faisant rien pour l'en empêcher, vous consentez au crime et vous en êtes responsable comme complice ; aux yeux de Dieu et d'après les lois humaines vous êtes coupable exactement comme le meurtrier. Le sang du meurtrier sera sur sa propre tête, mais de quelle main Dieu le redemandera-t-il ? Que dit Dieu à celui qu'il a établi comme sentinelle ? « Fils de l'homme, je t'établis comme sentinelle sur la maison d'Israël. Tu écouteras la parole qui sortira de ma bouche, et tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : Tu mourras, si tu ne l'avertis pas, si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa mauvaise voie et pour lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je redemanderai son sang de ta Main (Eze III:17,18.) »: Ceci s'applique à tous les hommes, et non pas .seulement ceux qui sont réputés avoir charge d'âmes. Si vous souffrez que votre prochain, quand il peut être atteint par votre influence, marche dans le péché sans être averti, il mourra .dans son iniquité, mais son sang sera redemandé de votre main.

 

8. Votre silence l'encourage à pécher.

Votre silence l'autorise à penser que vous approuvez son péché, ou tout au moins, que vous ne vous en mettez point en peine. Il pensera cela d'autant plus, s'il sait que vous faites profession de christianisme. Comme le dit une maxime bien connue : « qui ne dit rien, consent. » Les pécheurs regardent votre silence comme une sanction implicite de leur conduite.

 

9. En reprenant votre prochain lorsqu'il pèche, vous pouvez le sauver.

Combien de gens ont été réformés par une répréhension venant à propos! La plupart de ceux qui sont sauvés l'ont été par quelqu'un qui les a repris à cause de leur péché et qui les a pressés de se repentir. Vous pouvez être. l'instrument par lequel un homme sera sauvé éternellement, si vous lui parlez, si vous le reprenez et si vous priez pour lui comme vous le devez. Dans combien de circonstances une simple répréhension n'a-t-elle pas été pour le transgresseur comme la flèche empoisonnée qui demeure dans la plaie et qui brûle jusqu'à ce que le feu ait envahi tout le corps, de sorte qu'enfin le pécheur n'a pu que se soumettre à Dieu! J'ai connu des cas où un regard de réprobation a suffi pour accomplir l'oeuvre.

 

10. Si vous ne sauvez pas celui que vous reprenez, votre répréhension peut sauver quelque autre personne qui en aurait connaissance.

Il est arrivé souvent que le transgressent n'a pas été corrigé, mais que d'autres ont été détournés de suivre son exemple par la répréhension qui lui avait été adressée. Sans contredit, si tous les chrétiens de profession étaient fidèles au devoir d'exercer la  répréhension, les pécheurs craindraient souvent d'encourir leur blâme et cette crainte les arrêterait dans leur mauvaise conduite. Des multitudes de gens qui poursuivent leur mauvaise voie sans honte et sans crainte s'arrêteraient alors, réfléchiraient, s'amenderaient, et seraient sauvés. Cette raison d'être fidèle étant mise sous vos yeux, pourriez-vous encore laisser les pécheurs sans avertissement, et les voir ainsi se précipiter vers l'enfer?

 

11. Dieu requiert expressément que vous repreniez votre prochain.

L'expression de notre texte, dans l'original, est extrêmement, forte. Le mot qui signifie tu reprendras est répété, répétition qui, en hébreu, redouble la force du terme et par conséquent celle de la pensée; cette répétition est destinée à ne pas laisser dans l'esprit la  moindre incertitude relativement au devoir imposé à chacun de reprendre son prochain quand il pèche ; de façon à ce que celui qui manquerait à ce devoir ne pût trouver aucune excuse à sa conduite. Il n'y a pas, dans toute la Bible, de commandement plus formel que celui-là; Dieu lui a donné l'expression la plus, forte qu'il pût prendre. « Tu reprendras, tu reprendras ton prochain, » tu n'auras aucune excuse si tu ne le fais pas; « et tu ne porteras pas son péché, » tu ne seras pas complice dans sa ruine. C'est une maxime de jurisprudence que si un homme a connaissance d'un meurtre qui va se commettre et qu'il n'emploie pas les moyens à sa portée pour le prévenir, il doit être tenu pour « complice avant le fait ; » et que s'il a connaissance d'un meurtre déjà commis et qu'il ne fasse rien pour amener le criminel en justice, il doit être tenu pour « complice après le fait. » De même, selon la loi de Dieu, si, quand cela vous est possible, vous ne vous efforcez pas d'amener un transgresseur à la repentance, vous êtes impliqué dans le crime et vous en êtes responsable devant le trône de Dieu.

 

12. Si vous observez le commandement de Dieu, vous garderez une conscience sans reproche à l'égard de votre prochain, quelle que soit sa fin.

Vous ne pouvez pas avoir cette conscience sans reproche si vous n'êtes pas fidèle quant au devoir de reprendre le péché. En effet, ce n'est point vivre consciencieusement envers Dieu et envers les hommes, que de négliger de 'reprendre les transgresseurs qui sont sous votre influence. Nous rencontrons ici une des principales raisons pour lesquelles il y a si peu de conscience dans l'église. En effet, s'il est un point où les chrétiens de profession aient l'habitude de résister à leur conscience, c'est bien le devoir de reprendre le péché. Nous avons ici un des commandements les plus positifs de la Bible, et cependant la plupart n'y font absolument aucune attention. Peuvent-ils avoir une conscience pure? Ils pourraient tout aussi bien prétendre avoir une conscience pure en s'enivrant tous les jours. Aucun homme n'observe la loi de Dieu, ni ne garde une conscience pure, s'il peut voir le péché sans le reprendre. C'est là pécher à un double égard. Premièrement, devenir complice de la transgression de son prochain; ensuite, désobéir au commandement formel renfermé dans notre texte.

 

13. A moins que vous ne repreniez les hommes au sujet de leur péché, vous n'êtes pas prêts à les rencontrer au Jugement dernier.

Etes-vous préparés à rencontrer vos enfants au jour du Jugement, si vous ne les avez pas repris, ni châtiés, ne veillant point sur leur caractère moral? — « Certainement non, » me répondez-vous. — Et pourquoi? « Parce que, dites-vous, c'est là la tâche que Dieu nous a assignée, c'est notre devoir, nous en sommes responsables devant lui. » Très bien! Et cette personne qui pèche, là, sous vos yeux, ou dans le cercle où s'étend votre influence, qui est en route pour l'enfer et que vous n'avez jamais reprise, vous n'auriez aucune responsabilité à son égard! Oh! combien de gens qui gémissent maintenant dans l'enfer et que vous avez vus pécher sans les avertir! Leurs malédictions sont maintenant sur votre tête.

 

14. A moins que vous n'exerciez la répréhension vous n'êtes point préparés à la rencontre de votre Dieu.                                                      

Combien de gens qui font profession d'aimer Dieu et qui cependant, de leur propre aveu, ne l'aiment pas assez pour pouvoir dire qu'ils obéissent à son commandement! De telles gens sont-ils préparés à la rencontre de Dieu? Quand il dit : « Tu reprendras soigneusement ton prochain, » il n'admet aucune excuse.

 

II.


A qui le commandement s'adresse.

 

Il s'adresse manifestement à tout homme qui a un prochain. Il était adressé à tout le peuple d'Israël, et à travers Israël, il est adressé à tous ceux qui sont sous le gouvernement de Dieu, — à ceux qui sont haut placés et à ceux qui sont plus. bas, aux riches et aux pauvres, aux vieux et aux jeunes, aux hommes et aux femmes, à tout individu, quel qu'il soit, qui est sous le gouvernement de Dieu ou qui est tenu d'obéir à ses commandements.

 

III.

 

Quelques exceptions à observer dans l'exécution de ce commandement universel.

 

Celui qui fait la loi a le droit d'établir des exceptions. Or, il y a quelques exceptions faites par la Bible à la règle qu'établit notre texte.

 

1. Dieu dit : «ne reprends point le moqueur, de peur qu'il ne te haïsse. »

Il y a des gens qui sont connus pour être des moqueurs, des gens qui méprisent toute religion, qui haïssent Dieu, qui n’ont aucun respect pour sa loi et qui ne sont influencés ni par crainte, ni par souci d'un Dieu quelconque. Pourquoi reprendriez-vous ces gens-là? Cela ne ferait que provoquer une querelle, sans aucun profit pour qui que ce soit. C'est pour cela que Dieu a fait une exception à la règle à l'égard de cette classe de personnes.

 

2. Jésus-Christ dit : « Ne jetez pas vos perles aux pourceaux de peur qu'ils ne les foulent aux pieds et que se retournant ils ne vous déchirent. »

Quoi que ce passage puisse signifier d'autre, il me paraît signifier ceci: les gens sont parfois dans un tel état d'esprit que leur parler de religion serait à la fois irrationnel et dangereux, comme de jeter ses perles aux pourceaux. Ils ont un tel mépris pour la religion, un coeur si stupide, si sensuel, si profane, si brutal, qu'ils fouleraient aux pieds toutes vos réprimandes et qu'ils se retourneraient contre vous avec colère. Il est conforme à la loi de Dieu de laisser de telles. gens poursuivre leur chemin; et ne vous point mêler avec eux sera plus sage que de chercher à les attirer. Mais ici il faut user d'une grande charité pour ne point regarder comme pourceaux ceux de vos semblables qui ne méritent pas d'être regardés comme tels, et qui pourraient tirer profit d'une répréhension convenable.

 

3. Ceux qui sont pétrifiés dans leur propre justice, — vaut mieux les laisser de côté.

Jésus disait des scribes et des pharisiens : « Laissez-les, ce sont des aveugles. » C'est à dire: ils sont si remplis d'orgueil et de suffisance, si satisfaits de leur haute sagesse et de leur bonté, qu'ils ne peuvent être atteints par aucune répréhension ; il semble mieux de les laisser, car si vous vous mettez à les reprendre, autant vaudrait prétendre émouvoir la pierre et le bois que de songer à faire la moindre impression sur eux; ils vous feront baisser les yeux; ils sont tellement remplis d'arguments, de disputes, de menaces et de forfanterie, que vous ne gagnerez absolument rien.

 

IV.


La manière d'exercer la répréhension.

 

1. Elle doit toujours être faite au nom du Seigneur.

Il est important, quand vous reprenez votre prochain, qu'il sente qu'il n'y a là aucune controverse personnelle, aucune pensée égoïste de votre part, aucune idée de prétendre à quelque supériorité, aucune tentative de prendre autorité sur lui; mais que vous venez au nom du Seigneur, et pour l'honneur de Dieu, parce que sa loi a été violée. Si, par votre manière de faire, vous produisez l'impression qu'il y a là une controverse personnelle, ou que vous agissez par quelque motif d'amour-propre, votre prochain s'élèvera invariablement contre vous; il vous résistera, et peut-être retournera contre vous tout ce que vous lui aurez dit. Mais si vous faites sur lui l'impression que vous venez au nom de Dieu et que vous le transportiez d'emblée en la présence du Seigneur, comme un violateur de sa loi, il trouvera extrêmement difficile de vous échapper sans confesser au moins qu'il a tort.

 

2. La répréhension doit toujours être faite avec une grande solennité.

Par dessus toutes choses, n'allez pas lui faire penser qu'il s'agit là de quelque bagatelle; vous devez lui faire sentir que vous le reprenez pour un péché contre Dieu, et que c'est là pour vous une chose terrible.

 

3. Vous devez user d'une sévérité plus ou moins grande selon la nature du cas et selon les circonstances dans lesquelles le péché a été commis.

 

a). Il faut considérer la relation qu'il y a entre vous et celui que vous devez reprendre.

Si un enfant doit reprendre son père ou sa mère, qu'il le fasse d'une manière qui convienne à sa position d'enfant. Si quelqu'un doit reprendre un magistrat ou un vieillard, qu'il le fasse en « l'exhortant comme un père, » ainsi que le dit l'apôtre Paul ; sa manière d'exercer la répréhension devra être tout entière inspirée par cet esprit filial. Il faut tenir compte de même des différentes relations qu'il y a entre parents et enfants, entre maris et femmes, entre frères et soeurs; il faut tenir compte aussi des différences d'âge et des diverses circonstances de la vie de chacun. Il serait inconvenant que des serviteurs reprissent leurs maîtres de la même manière qu'ils reprendraient leurs égaux. Ce point ne doit jamais être oublié, car s'il l'est, tout le bon effet de la répréhension sera perdu. Mais rappelez-vous ceci: NI RAPPORTS DE POSITION, NI CIRCONSTANCES QUELCONQUES DE VOTRE VIE OU DE CELLE DU TRANSGRESSEUR, NE PEUVENT VOUS SOUSTRAIRE A L'OBLIGATION DE LE REPRENDRE. Quels que soient les rapports dans lesquels vous êtes avec le pécheur, vous êtes tenu de reprendre le péché et de le faire au nom du Seigneur. Faites-le, non comme vous plaignant, ou comme trouvant à redire pour quelque tort fait à votre personne, mais comme reprenant un péché commis contre Dieu. Ainsi quand un enfant doit reprendre l'un de ses parents, il ne doit pas agir comme s'il faisait quelque remontrance pour une injure qu'il aurait reçue lui-même; mais avec l'oeil fixé sur le fait que son père ou sa mère a péché contre Dieu; il doit le faire par conséquent avec toute la simplicité; la fidélité et la fermeté nécessaires.

 

b). La répréhension doit tenir compte de la connaissance plus ou moins grande que le transgresseur a de son devoir.

S'il est un ignorant, la répréhension doit s'exercer plutôt sous forme d'instruction que sous forme de sévère réprimande. Comment faites-vous avec votre jeune enfant ? Vous l'instruisez et vous vous efforcez de l'éclairer sur sou devoir. Naturellement vous agissez tout autrement qu'avec un pécheur endurci.

 

c) Il faut aussi tenir compte de la fréquence du péché.

Vous ne reprendrez pas un premier péché de la même manière qu'une transgression habituelle. Si votre prochain a l'habitude de pécher, bien qu'il sache qu'il fait mal, vous devez user d'une plus grande sévérité; mais s'il pèche pour la première fois, il se peut qu'une simple allusion suffise pour prévenir la répétition du fait.

 

d) Vous devez considérer aussi la fréquence de la répréhension qui a pu être déjà exercée.

S'il s'agit non seulement d'un péché fréquent, mais encore, d'un péché fréquemment repris et que le pécheur ait raidi son cou, il est extrêmement nécessaire d'user de sévérité. Il a résisté aux répréhensions précédentes et s'est ainsi endurci, aussi ne sera-ce pas une répréhension ordinaire qui pourra le tirer de là. Il a besoin que les terreurs du jugement fondent sur lui comme une tempête de grêle.

 

4. Faites en sorte qu'à la façon dont vous reprenez, on reconnaisse toujours qu'il n'y a point chez vous de susceptibilité personnelle.

Ne manifestez jamais à l'égard du transgresseur un déplaisir qu'il pourrait prendre pour de la mauvaise humeur.

Néanmoins il est souvent, nécessaire de manifester le plus, grand déplaisir au sujet de ses actions, autrement il penserait que vous n'êtes point sérieux. Supposez que vous repreniez un homme pour un meurtre et que vous le fassiez d'une façon qui ne dénoterait aucune horreur pour le crime; il est clair qu'alors vous n'auriez à attendre aucun bon résultat de votre répréhension. Celle-ci doit être en rapport avec la nature du crime, sans jamais produire l'impression qu'elle procède de quelque sentiment personnel. Nous touchons ici à l'un des grands défauts de la répréhension telle qu'elle est pratiquée actuellement soit dans la chaire, soit ailleurs. De peur de blesser, l'on n'exprime pas d'horreur pour le péché, aussi les transgresseurs ne sont-ils que rarement corrigés.

 

5. Reprenez toujours avec l'Esprit de Dieu.

Vous devez être toujours tellement rempli du Saint-Esprit que lorsque vous reprenez quelqu'un à cause de son péché, il sente que cela vient de Dieu. J'ai connu des cas où la répréhension faite par un chrétien dans cet état a transpercé le coeur du transgresseur comme une flèche du Tout-Puissant, de sorte qu'il n'a pu s'en débarrasser jusqu'à ce qu'il se fût repenti.

 

6. Il y  a différentes manières de faire parvenir la répréhension.

Parfois le mieux est d'envoyer une lettre, soit que la personne habite à distance, soit même qu'elle habite dans votre voisinage. Je connais un homme qui traversant l'Atlantique employa ce moyen pour réprimander le capitaine de vaisseau qui se rendait coupable d'intempérance. Ce capitaine buvait énormément, surtout quand le temps était mauvais et que l'on avait le plus besoin de ses services. Celui qui le reprit fut quelque temps dans une grande angoisse, car le capitaine n'était pas seulement intempérant, il était encore fort méchant quand il avait bu, de sorte qu'à bord la vie de tous était en danger. Mais le serviteur de Dieu en fit un sujet de prières. Le cas était difficile ; il ne savait en effet comment aborder le capitaine de manière à ce qu'il nit probable que du bien et non du mal en résulterait ; car il y .avait à craindre de le blesser ; vous savez en effet qu'un capitaine de vaisseau est un parfait despote, et qu'il a, en mer, le pouvoir le plus absolu qu'il y ait au monde. Après quelque temps, le chrétien dont je parle s'assit et écrivit une lettre, puis il la donna de sa propre main au capitaine. Il lui montrait, dans cette lettre, sa conduite et le péché qu'il commettait envers Dieu et envers les hommes ; il le faisait simplement et affectueusement, mais fidèlement et de la manière la plus positive. Il fit tout cela avec beaucoup de prières. Le capitaine lut la lettre et se corrigea complètement. Il fit des excuses au serviteur de Dieu et ne toucha plus à aucune boisson autre que le thé et le café pendant toute la traversée.

 

7. Il est parfois nécessaire d'exercer la répréhension en formant des sociétés, en fondant des journaux, en formant le sentiment public et en le dirigeant contre tel péché particulier, de manière à produire une action continue qui finisse par l'écraser. Les sociétés de tempérance, les sociétés pour la réforme des moeurs, les sociétés contre l'esclavage, etc., ont été fondées dans ce but.

 

V.


Quelques cas dans lesquels il faut appliquer ces principes.

 

Ils doivent être appliqués tout particulièrement à ces crimes qui sont de nature à miner toutes les institutions de la société et à exercer leur influence au loin dans le monde. De tels péchés ne peuvent être tenus en échec et vaincus que par la fidélité dans l'exercice de la répréhension.

 

1. Violation du jour du repos.

Si partout et toujours tous les chrétiens étaient d'accord pour noter tout violateur du dimanche et pour le reprendre, ils feraient plus ainsi pour mettre fin à la violation de ce,jour que par tous les autres moyens. S'ils étaient bien unis dans ce but, combien de temps pensez-vous qu'il faudrait pour vaincre ce péché? Si seulement, un petit nombre d'entre eux étaient fidèles, fermes et persévérants, ils pourraient faire beaucoup. Mais s'il n'y en a que peu qui agissent et qu'ils ne le fassent que de temps en temps, l'effet ne sera pas grand.

 

Selon ma conviction, si tous ceux qui professent la religion étaient fidèles à exercer la répréhension, toute boutique d'épicerie, tout café, tout dépôt d'huîtres, et tout magasin de fruits seraient fermés le dimanche. Quoi qu'il en soit, ceux qui se disent chrétiens sont tenus de reprendre ceux qui violent le jour du Seigneur, quels qu'en puissent être les résultats ; et aussi longtemps qu'ils négligent ici leur devoir, ils sont responsables devant Dieu de toute la profanation du dimanche qui existe dans le lieu qu'ils habitent. Si toutes les églises du pays étaient unies pour adresser des remontrances au gouvernement, continuant à le faire avec fermeté, au nom du Seigneur, pensez-vous que le gouvernement continuerait à violer le jour du repos avec ses malles-postes? Non! je vous le dis, il ne le ferait pas. L'Eglise peut obtenir ce résultat en une année, je le crois, si toutes les congrégations sont unies d'un bout à l'autre du pays et qu'elles parlent haut, avec pleine liberté, dans la crainte de Dieu et sans aucune crainte des hommes. Si l'Eglise agissait ainsi, tout homme qui voudrait être élu à quelque poste se garderait bien de conseiller la violation du jour du Seigneur. Mais maintenant que l'Eglise est divisée et que l'on trouve en elle si peu de sérieux, elle élève si peu la voix, que le gouvernement la méprise et ne lui accorde aucune attention. L'Eglise est donc complice de la violation du jour du. Seigneur, et elle reste sans excuse, jusqu'à ce qu'elle élève hautement la voix et reprenne an nom de l'Eternel les gouvernants qui violent sa loi sainte.

 

2. Intempérance et débits de liqueurs.

Supposez que tout homme qui vend des liqueurs dans cette ville soit continuellement, l'objet des répréhensions que Dieu ordonne, supposez que chaque chrétien en relation avec lui le reprenne pour son péché; combien de temps encore continuera-t-il son funeste commerce? Si seulement l'Eglise faisait son devoir, si ce diacre, si cet ancien le faisait, et si chaque chrétien suivait son exemple, reprenant au nom du Seigneur ceux qui donnent la mort à leurs semblables en les empoisonnant avec leur absinthe, ce péché ne pourrait durer longtemps. Un tel témoignage, résolu et énergique, aurait bientôt arraché tous ces vendeurs de liqueurs à leur commerce de mort. Ils n'auraient plus d'autres moyens de se défendre que de céder à la pression d'une répréhension aussi solennelle.

 

3. Prostitution sous toutes ses formes.

C'est ici un mal immensément étendu et qui doit être repris universellement.

Il doit être repris impitoyablement, non seulement en chaire, mais dans la presse, dans les rues, jusqu'à ce qu'il soit arraché de ses places fortes et obligé de se cacher dans les chambres de l'enfer.

 

4. Esclavage.

Quoi ! faudra-t-il souffrir que les hommes commettent un péché d'une audace inouïe, un des péchés qui déshonorent le plus Dieu, et qu'ils ne soient pas repris ? C'est un péché. contre lequel tous les hommes doivent apporter leur témoignage, contre lequel tous doivent élever leur voix comme une trompette, jusqu'à ce que ce géant d'iniquité soit banni de notre pays. et du monde entier.

 

VI.

 

Je dois examiner quelques difficultés qu'on élève parfois contre l'accomplissement du devoir de la répréhension.

 

1. On demande souvent si c'est un devoir de reprendre son prochain quand on n'a pas l'espoir que cela puisse produire quelque bien.

Je réponds : il peut être très nécessaire de reprendre le péché dans beaucoup de cas où il n'y a pas à attendre que, le transgresseur en retire du profit. Ainsi dans le cas où votre silence serait pris pour de la connivence. Dans le cas encore où le fait que vous auriez repris le pécheur au sujet de son péché empêcherait d'autres personnes de tomber dans le même péché en suivant son exemple. Lorsque le transgresseur présente tous les caractères du moqueur ou du pourceau, Dieu fait une exception et vous n'êtes point tenu de reprendre ; mais dans tous les autres cas, le devoir est votre affaire et les conséquences appartiennent à Dieu.

 

2. On fait encore cette question : « Dois-je reprendre un étranger? » — Pourquoi pas? L'étranger n'est-il pas votre prochain ? Vous n'avez pas à reprendre un étranger de la même manière qu'une personne avec laquelle vous seriez familier; mais le fait que quelqu'un vous serait étranger n'est pas une raison pour qu'il ne soit pas repris s'il viole le commandement de Dieu. Si un homme jure d'une manière profane, ou viole le jour du Seigneur en votre présence, le fait qu'il est un étranger pour vous ne vous décharge pas de votre responsabilité à son égard, et ne vous dispense pas du devoir d'exercer la répréhension envers lui, ou de vous efforcer de l'amener à la repentance et de sauver son âme.

 

3. On demande encore si l'on doit reprendre quelqu'un qui est ivre. Généralement non, car quand une personne est ivre elle n'est pas dans son bon sens ; il peut y avoir des cas cependant où il serait bon de le faire, ainsi quand ce serait un avertissement pour d'autres personnes; mais règle générale, pour autant qu'il s'agit de l'ivrogne, il n'est pas utile d'exercer la répréhension. Cependant il y a beaucoup d'exemples où la répréhension adressée à un homme ivre a pris un tel empire sur son esprit qu'il en est devenu sobre et qu'il s'est dès lors détourné de son ignoble péché.

 

4. Dois-je reprendre quelqu'un de considérable ? quelqu'un qui est beaucoup plus haut placé que moi dans la société et qui pourrait jeter un regard de mépris sur moi et sur ma répréhension? — Cela ne change pas votre devoir. « Tu reprendras soigneusement ton prochain, et tu ne porteras pas de péché à cause de lui. » Vous devez prendre en considération la position où il se trouve par rapport à vous et le traiter en conséquence. Mais encore une fois, s'il pèche contre Dieu, c'est votre devoir de le reprendre d'une manière convenable.

 

REMARQUES.

 

1. Ne parlez pas des péchés des autres, mais allez à eux et reprenez-les.

Parler des péchés des autres derrière leur dos est très ordinaire, mais c'est là une grande méchanceté. Si vous avez besoin de parler des péchés de quelqu'un, allez en parler à lui-même et efforcez-vous de l'amener à s'en repentir et à les abandonner. N'allez pas parler aux autres contre lui, à son insu, tandis que vous le laissez, lui, sans avertissement dans son péché, poursuivant sa route vers l'enfer.

 

2. Qu'il y a peu de gens parmi les chrétiens de profession qui soient pleinement consciencieux dans la pratique de ce devoir !

Il y a probablement des milliers de gens dans cette ville qui n'ont jamais pensé à l'accomplir. Oui, il y a des gens qui font profession de piété et qui vivent dans une désobéissance habituelle à ce commandement de Dieu si clair et si fortement exprimé. Et ils s'étonnent ensuite de ce qu'ils n'ont pas l'esprit de prière et de ce qu'il n'y pas plus de réveils!

 

3. Vous voyez pourquoi si peu de gens trouvent la joie dans la religion.

Ils vivent dans une négligence habituelle du commandement qui nous occupe, donnant toutes sortes d'excuses, là où Dieu n'en a admis aucune. Comment pourraient-ils être heureux dans leur religion? Qu'est-ce que l'univers penserait de Dieu s'il accordait la joie de la religion à des chrétiens aussi infidèles ?

 

4. Nous voyons que la grande majorité de ceux qui font profession de piété prennent plus de soin de leur propre réputation que des commandements de Dieu.

En voici la preuve : plutôt que de courir le risque d'être appelés censeurs ou de se faire des ennemis en reprenant le péché, ils laissent les hommes poursuivre leur voie dans le péché, sans avertissement, bien que Dieu ait dit : « Tu reprendras soigneusement ton prochain. »

— « Mais ! je l'offenserai si je reprends son péché. »

« Tu le reprendras soigneusement, » dit l'Eternel.

Ils montrent que leur crainte des hommes est plus grande que leur crainte de Dieu. De peur d'offenser les hommes, ils courent le risque d'offenser Dieu. Oui, vraiment, ils désobéissent complètement à Dieu dans un de ses commandements les plus clairs et les plus pressants, plutôt, que d'encourir le déplaisir des hommes en reprenant leur péché.

 

5. Aucun homme n'a le droit de nous dire, quand nous reprenons son péché, que ce n'est point notre affaire, que cela ne nous regarde pas.

Qu'elle est fréquente cette réponse ! Ceux qui reprennent fidèlement leur prochain sont appelés des importuns, des brouillons qui se mêlent des affaires d'autrui. Les gens du sud sont entrés dans une grande rage parce que nous nous efforçons de les convaincre que l'institution de l'esclavage est inique. Ils disent que ce n'est pas notre affaire, que la question de l'esclavage est leur affaire propre et ils ne souffrent pas que personne d'autre qu'eux s'en occupe ; ils exigent que nous les laissions tranquilles et ne veulent pas même nous permettre de parler sur ce sujet. Ils demandent que les législatures de nos Etats du nord fassent des lois nous défendant de reprendre le péché de notre prochain du sud qui tient des hommes en esclavage. Dieu nous défend de nous taire: L'Eternel lui-même nous a commandé de reprendre notre prochain soigneusement; peu nous importent les conséquences ! Nous les reprendrons quand bien même tout l'enfer devrait se soulever contre nous.

Nous efforcerons-nous de conserver la paix en participant au péché de l'esclavage ; en demeurant complices de ce péché? Dieu le défend. Nous parlerons de ce péché, nous apporterons notre témoignage contre lui, nous prierons à son sujet, et nous nous plaindrons de lui à Dieu et aux hommes. Le ciel doit savoir, et le monde doit savoir, et l'enfer doit savoir que nous protestons contre ce péché et que nous voulons continuer à le reprendre jusqu'à ce qu'il ait disparu. Le Dieu tout-puissant dit : « Tu reprendras soigneusement ton prochain ; » et nous ne pouvons autrement que de le faire.

De même le marchand de liqueurs ne cesse de dire : « Ce que je fais ne vous regarde pas, mêlez-vous de vos affaires et laissez-moi tranquille. » Mais c'est notre affaire de le reprendre quand il répand son poison ; et c'est l'affaire de chacun; tout homme est tenu, quand l'occasion lui en est donnée, de reprendre son crime jusqu'à ce qu'il l'ait abandonné et qu'il cesse de détruire le corps et l'âme de son prochain.

 

6. Nous voyons combien la fermeté est importante dans la religion.

Si un homme prétend aimer Dieu, il doit avoir assez de consistance, assez de fermeté, pour reprendre ceux qui s'opposent à Dieu. Si tous les chrétiens étaient fermes et persévérants dans ce devoir, beaucoup seraient convertis par ce moyen, un sentiment public juste et droit se formerait et le péché serait forcé de reculer devant la majesté de la répréhension chrétienne. Si ceux qui font profession d'être chrétiens n'étaient pas de tels poltrons, absolument désobéissants à un commandement de Dieu clair et net, une de ces deux choses arriverait certainement, ou ils mourraient martyrs, tués dans les rues, parce que les hommes ne pourraient supporter d'entendre la vérité, ou ceux-ci seraient promptement convertis à Dieu.

Que dire donc de pareils chrétiens ? Effrayés à la pensée de reprendre les pécheurs ! Quand Dieu commande, pas préparés à obéir! Que répondront-ils à Dieu?

Maintenant, bien-aimés, voulez-vous pratiquer ce devoir?

Voulez-vous reprendre le péché fidèlement et ne point porter de péché à cause de votre prochain ? Voulez-vous faire de toute votre vie un témoignage contre le péché ? Voulez-vous purifier vos âmes; ou voulez-vous conserver votre tranquillité, pour être bientôt écrasés sous le poids des crimes de tous les transgresseurs que vous auriez pu reprendre et que vous n'aurez pas repris ? Dieu dit: « tu reprendras fidèlement ton prochain et tu ne porteras aucun péché à cause de lui. »

 

 


 

V° DISCOURS

 

LES VRAIS CHRETIENS.

 

« Qui est pour l'Eternel? » Exode XXXII :26.

 

Cette question fut adressée par Moïse au peuple qui faisait profession d'être le peuple de Dieu ; elle le fut immédiatement après qu'il se fut empiétement détourné de Dieu pendant que Moïse était sur la montagne, alors que les enfants d'Israël adorèrent le veau d'or que leur  fit Aaron. Après avoir fait des remontrances à la nation coupable, Moïse s'écria : Qui est pour l'Eternel ? »

Je n'ai pas l'intention de m'arrêter sur ce cas particulier, j'en viens immédiatement au but que je me propose ce soir, savoir de vous montrer que l'on peut distinguer

 

TROIS CLASSES DE CHRÉTIENS DE PROFESSION

 

I. Les vrais amis de Dieu et des hommes.

II. (1). Ceux qui sont mus par l'espérance et la crainte, en d'autres termes par l'amour de soi-même ou par l'égoïsme.

III. (2). Cieux qui sont mus par l'opinion publique.

(1) Pour le no II, voir le 6e discours

(2) Pour le n° III, voir le 7e discours.

 

 

Ces trois classes sont reconnaissables à différents caractères qui révèlent le motif principal de leur religion. Il est superflu de démontrer qu'en religion les gens sont conduits par des motifs très divers, les uns par un amour réel pour Dieu, les autres par d'autres motifs. Tous font profession d'être serviteurs de Dieu, mais en observant la vie d'un grand nombre, vous reconnaissez qu'au lieu d'être serviteurs de Dieu, en réalité ils s'efforcent de rendre Dieu leur serviteur. Leur but suprême est de faire leur propre salut ou d'obtenir quelqu'autre avantage pour eux-mêmes, et cela par le moyen des grâces de Dieu. Ils cherchent à faire de Dieu leur ami, afin de le faire servir ensuite à l'accomplissement de leurs desseins.

 

I.

 

Il y a une classe de chrétiens qui sont de vrais amis de Dieu et des hommes.

 

Si vous considérez les faits qui trahissent le vrai mobile, le vrai but de leur religion, vous reconnaîtrez que ces chrétiens sont animés d'une affection sincère pour Dieu et pour les hommes.

 

1. Ils se reconnaissent au soin qu'ils mettent à éviter le péché.

Ils montrent qu'ils le haïssent en eux-mêmes et qu'ils le haïssent chez les autres. Ils ne le justifieront point en eux et ils ne le justifieront pas non plus chez les autres. Ils rechercheront pas à cacher leur propre péché, ni à déguiser celui d'autrui. En un mot, leur but est la PARFAITE SAINTETÉ. D'où ressort avec évidence qu'ils sont de vrais amis de Dieu. Je ne veux pas dire que tout vrai ami de Dieu soit parfait, pas plus que je ne voudrais dire que tout enfant vraiment affectueux et obéissant soit un enfant parfait, ne manquant jamais à son devoir. Mais s'il est un enfant affectueux et obéissant, son but est d'obéir toujours, et s'il y manque à quelque égard, il ne se justifie nullement et ne cherche point à cacher sa faute; au contraire, aussitôt qu'il y est rendu attentif, il est mécontent de lui-même et condamne sa conduite. De même, les vrais amis de Dieu et de l'homme sont toujours prêts à se plaindre d'eux-mêmes et à se condamner pour tout ce qu'ils ont pu faire de mal. Vous ne les entendrez jamais s'excuser et jeter le blâme. sur leur Créateur, en parlant de leur impuissance à obéir à Dieu ou en s'exprimant comme si Dieu exigeait l'impossible de ses créatures. En les entendant, on sent qu'ils comprennent combien ce que Dieu commande est juste et raisonnable, et qu'ils n'accusent qu'eux-mêmes de leurs désobéissances.

 

2. Ils montrent toujours une grande horreur pour les péchés des autres.

Ils ne déguisent pas les péchés des autres, ils ne parlent point en faveur de ces péchés, ils n'en nient point la gravité. Vous ne les entendrez jamais faire l'apologie du péché. Comme ils sont indignés contre le péché quand. ils le trouvent en eux-mêmes, ainsi le sont-ils, et dans la môme mesure, quand ils le rencontrent chez d'autres ; ils connaissent son caractère odieux et ils l'abhorrent toujours.

 

3. Ils sont pleins de zèle pour l'honneur et la gloire de Dieu.

Ils montrent la même ardeur pour l'honneur et les intérêts de Dieu que le patriote pour l'honneur et les intérêts de son pays. Si le patriote aime ardemment son pays, son gouvernement et les intérêts de son peuple, il se met de tout son coeur à leur service ; il n'est jamais si heureux que lorsqu'il peut faire quelque chose pour la gloire et la prospérité de sa patrie. De même pour un enfant qui aime véritablement son père; il n'est jamais si heureux que lorsqu'il peut faire quelque chose qui l'honore et favorise ses intérêts; et il n'est jamais si indigné que lorsqu'il le voit injurié ou lésé. S'il voit qu'il est désobéi ou outragé par ceux qui doivent lui obéir, l'aimer et l'honorer, son coeur éclate de douleur et d'indignation.

Il y a beaucoup de chrétiens de profession et même des. pasteurs qui sont très zélés pour défendre leur propre honneur; mais il n'y a que les chrétiens dont nous parlons, qui se sentent directement atteints, et de la façon la plus douloureuse, lorsque l'honneur de Dieu est compromis. Ils sont les véritables amis de Dieu et de l'homme.

 

4. Ils montrent qu'ils sympathisent arec Dieu dans ses sentiments à l'égard de l'homme.

Ils ressentent pour les âmes la même sorte d'affection que Dieu. Je ne dis pas que leur affection soit aussi grande que celle de Dieu, mais elle est de même nature.     

C'est un fait que l'on peut aimer les âmes des hommes et haïr leur conduite ; cela se voit chez plusieurs. C'est un fait aussi que l'homme est fait de telle sorte qu'il ressent de la sympathie pour ceux qui sont dans la détresse ; il en est toujours ainsi à moins qu'il n'ait quelque raison égoïste d'être malveillant. Si vous voyez un meurtrier pendu, vous ressentirez de la compassion pour lui. Le méchant lui-même a cette sympathie naturelle pour ceux qui souffrent.

Il y a pareillement une espèce particulière de sympathie que le vrai enfant de Dieu ressent pour le pécheur et qu'il lui témoigne. C'est un mélange d'horreur et de compassion, d'indignation contre ses péchés et de pitié pour sa personne. Il est possible d'avoir une grande horreur pour le péché mélangée d'une profonde compassion pour l'âme capable. d'un bonheur sans fin et cependant prête à tomber. dans une éternelle misère.

Je m'explique. Il y a deux sortes d'amour, l'un qui est un amour de bienveillance ; un amour qui ne considère point le caractère de la personne aimée, mais qui ne voit en elle que l'être sensible et exposé au péril. C'est celui que Dieu ressent pour tous les hommes. L'autre est un amour qui renferme estime pour la personne et approbation de son caractère. Cet amour-ci, Dieu ne le ressent que pour le juste ; il ne le ressent jamais pour le pécheur. Le pécheur, il l'abhorre infiniment. Il ressent pour lui, tout à la fois, une compassion infinie et une horreur sans bornes. Les chrétiens éprouvent les mêmes sentiments, ils les éprouvent à un degré moindre, mais ils les éprouvent en même temps. Il est probable qu'ils n'ont jamais les sentiments qu'ils doivent avoir tant qu'ils n'éprouvent pas ces deux sentiments en même temps. Aussi longtemps qu'il n'en est pas ainsi, leurs sentiments vis-À-vis des pécheurs ne sont en harmonie ni avec ceux de Dieu, ni avec le vrai caractère des pécheurs eux-mêmes.

Un fait très frappant le démontre. Le chrétien reprendra, de la façon la plus catégorique et la plus fréquente précisément ceux pour lesquels il ressent la plus profonde compassion. N'avez-vous jamais remarqué cela ? N'avez-vous jamais vu un père ému de compassion envers son enfant, le reprendre avec larmes et cependant avec une sévérité propre à le dompter entièrement? Jésus-Christ pleura sur Jérusalem tout en éprouvant une brûlante indignation contre la conduite de ses habitants : « O Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés ! » Ah ! quelle vue profonde de leur méchanceté il avait, au moment même où, dans sa compassion, il pleurait à la pensée du jugement suspendu sur leurs tètes ! Il en est précisément de même de cette classe de chrétiens qui nous. occupe. Vous n'entendrez aucun d'eux parler à un pécheur de manière à le faire pleurer parce qu'un autre pleure sur lui, par un effet de pure sensibilité. Car les plus tendres appels de ces chrétiens sont accompagnés de blâmes énergiques au sujet du péché.

Je désire que  vous vous rappeliez ce point : le vrai ami de Dieu et de l'homme ne prend jamais le parti du pécheur, parce qu'il n'agit jamais par pure et simple compassion. Il ne dénonce jamais non plus au pécheur la condamnation qui pèse sur lui, sans montrer en même temps de la compassion pour son âme, ainsi que le plus ardent désir de la sauver de la mort.

 

5. La grande affaire de ces chrétiens: dans tous leurs rapports avec leurs semblables, c'est de faire de ceux-ci des amis de Dieu.

Qu'ils conversent, ou prient, ou accomplissent leurs devoirs journaliers, leur grand but est toujours de recommander la religion de Jésus-Christ et de conduire chacun à glorifier Dieu. Il est très naturel qu'on agisse ainsi, si l'on est un vrai ami de Dieu. Un vrai ami du gouvernement désire que chacun soit ami du gouvernement. Un vrai fils, rempli d'amour filial, désire que chacun aime et respecte son père ; si quelqu'un montre quelque inimitié à son égard, il s'efforcera constamment. de le réconcilier avec lui, De même, le trait dominant chez tout vrai ami de Dieu, c'est qu'il fera toujours de la réconciliation des pécheurs avec Dieu la grande affaire de sa vie.

Maintenant, attention ! je vous en supplie. Si la réconciliation des hommes avec Dieu n'est pas la pensée qui vous absorbe, si elle n'est pas le but constant de vos efforts, si la poursuite de cette réconciliation n'est pas le trait caractéristique de votre vie, vous n'avez « ni part, ni lot dans cette affaire, » c'est la source même de la vie qui vous manque. Quelque apparence de religion que vous puissiez avoir, je le répète, c'est le trait caractéristique et la base même de toute vraie piété qui vous manque. Ce qui fait le fond du caractère et le but de la vie chez Jésus-Christ, chez les apôtres et chez les prophètes, fait défaut en vous. Considérez ces hommes de Dieu, et vous verrez que ce qui vous manque ressort chez eux en un relief ineffaçable et d'une netteté incomparable; c'est chez eux le trait dominant du caractère, le but suprême de la vie. Maintenant laissez-moi vous demander quel est le grand objet de votre vie, celui qui se montre dans tous les détails de votre conduite de chaque jour. Est-ce de soumettre à Dieu tous ses ennemis ? S'il n'est pas celui-là, arrière toutes vos prétentions en fait: de religion quoi que ce soit que vous puissiez posséder, vous n'avez pas l'amour de Dieu en vous.

 

6. Partout où vous trouverez des personnes de la catégorie qui nous occupe, vous verrez qu'elles évitent scrupuleusement tout ce qui leur semble aller à l'encontre de ce grand but.

Elles désirent toujours éviter toute chose propre à empêcher le salut des âmes, détourner leur attention et à les éloigner de la conversion. Quand l'on propose une chose dont la légitimité est douteuse, la question qui, pour elles, s'élève naturellement n'est pas : « Est-ce que Dieu le défend expressément ? » Non. La première question qui se pose pour elles est celle-ci : « Quel effet cela peut-il produire quant à l'avancement du règne de Dieu ? Cela tendra-t-il à empêcher la conversion des pécheurs, à ralentir les progrès les réveils, à rejeter les âmes dans le péché ? » S'il en est ainsi il n'y a pas besoin que les tonnerres du .Sinaï retentissent à leurs oreilles pour leur défendre cette chose. Elles la voient contraire à l'esprit de sainteté, contraire au grand objet qu'elles ont en vue, cela suffit.

 

Comme exemple, prenons l'oeuvre de la tempérance. Remarquons tout d'abord que ce sont les obstacles que l'intempérance apporte à la  conversion des pécheurs qui ont déterminé à l'action les hommes excellents qui ont inauguré cette oeuvre. Et ceux qui la continuent sont animés des mêmes sentiments. Vous ne verrez pas de tels hommes s'arrêter et discuter à chaque pas en disant : « Boire du rhum n'est nulle part défendu dans la Bible, et je ne me sens pas tenu d'y renoncer. » Ils voient qu'il y a là un obstacle à la grande oeuvre à laquelle ils ont voué leur vie ; cela leur suffit ; — il va de soi qu'ils abandonnent le rhum. Ils évitent tout ce qui leur semble être contraire au réveil des âmes ; rien de plus naturel. Un négociant évite de môme tout ce qui pourrait nuire à son crédit, tout ce qui pourrait, aller à l'encontre de son but, qui est de faire de l'argent. Supposez qu'un tel homme soit sur le point de faire une chose qui ruinera son crédit ; vous allez à lui amicalement et vous l'avertissez de ne pas faire cette chose, vous répliquera-t-il : « Montrez-moi dans la Bible le passage où Dieu le défend ? » Non certes ! il n'aura pas l'idée de vous faire une autre question que celle-ci : est-ce vraiment incompatible avec le but que je me propose ?

Prenez donc bien note de ceci, vous tous : celui qui désire ardemment la conversion des pécheurs n'a pas besoin d'une défense expresse pour ne pas faire ce qu'il voit être un obstacle à cette conversion. Il n'y a pas à craindre qu'il aille faire ce qui anéantirait l'oeuvre à laquelle il a consacré toute sa vie.

 

7. Les chrétiens de cette classe sont toujours en détresse à moins qu'ils ne voient avancer l'oeuvre de la conversion des pécheurs.

Quand les pécheurs ne se convertissent pas, ils disent que l'église est dans un état lamentable. Quels que soient d'ailleurs les avantages dont cette église jouit, sa situation financière, la popularité de son pasteur, le nombre de ses membres, etc., les coeurs de ces justes sont angoissés à moins qu'ils ne voient l'oeuvre de conversion se poursuivre actuellement. Ils comprennent que, sans cela, les moyens de grâce eux-mêmes font plus de mal que de bien.

De tels chrétiens sont un grand sujet de trouble pour ceux qui sont religieux par d'autres motifs que l'amour. pour Dieu et pour les âmes, et qui désirent conserver toutes choses calmes et tranquilles, marchant régulièrement selon la « bonne vieille méthode. » Ces vrais amis de Dieu et de l'homme sont souvent désignés comme « les esprits inquiets dans » Et remarquez cela, si une église renferme quelques esprits semblables, le pasteur sera mal à son aise à moins que sa prédication ne soit propre à convertir les pécheurs. Vous entendez parfois ces chrétiens reprendre l'église et répandra leurs lamentations et leurs blâmes au sujet de sa froideur et de sa mondanité, mais l'église réplique : « Nous n'allons pas mal du. tout, ne voyez-vous pas combien nous prospérons ? vos récriminations proviennent de ce que vous êtes des esprits inquiets.» En réalité, le coeur de ces chrétiens saigne et leur âme est comme en agonie, parce que les pécheurs ne sont pas convertis et que les âmes se précipitent dans l'enfer.

 

8. Vous trouverez en eux un esprit de prière et vous les -verrez priant  non pour eux-mêmes, mais pour les pécheurs.

Si vous avez connaissance de la teneur habituelle des prières de quelqu'un, vous pourrez savoir par là quel est le cours de ses sentiments. Si l'on est mu surtout par le désir d'être sauvé soi-même, l'on priera surtout pour soi-même, pour avoir ses péchés pardonnés, pour « jouir » davantage de l'Esprit de Dieu et ainsi de suite. Mais quant à celui qui est véritablement l'ami de Dieu et de l'homme, ses prières. seront pour la gloire de Dieu dans le salut des pécheurs; il ne sera jamais si abondant ni si puissant dans ses prières que lorsqu'il s'agira de ce sujet-là. Allez dans les réunions de prières formées par de semblables chrétiens, et vous verrez qu'au lieu de s'enfermer tous dans l'étroite sphère de leurs propres intérêts, dépensant toutes leurs prières pour eux-mêmes et terminant par quelques mots concernant le royaume de Christ, comme en guise d'ornement, ils répandent, au contraire, leurs âmes en prières pour le salut des pécheurs. Je crois qu'Il y a eu des cas où de tels chrétiens ont été tellement possédés du désir de voir les pécheurs sauvés, tellement absorbés par cette pensée, qu'ils ont été pendant des semaines successives sans prier pour leur propre salut. Et si ces chrétiens prient quelque peu pour eux-mêmes, c'est pour être revêtus du Saint-Esprit, afin d'aller à la recherche des âmes et, par la puissance de Dieu, de les arracher du feu.

Vous qui êtes ici, vous pouvez dire ce qui en est de vos prières ; vous pouvez dire si c'est pour vous-mêmes que vous êtes le plus émus et que vous priez le plus; ou si c'est pour les pécheurs.

Si vous ne connaissez rien de l'esprit de prière en faveur des pécheurs, vous n'êtes pas de vrais amis de Dieu et de l'homme. Quoi ! le coeur insensible quand, à côté de vous, les pécheurs s'en vont en enfer ! Aucune sympathie pour le Fils de Dieu qui donna sa vie pour les sauver ! Arrière toutes  vos professions de foi et toutes vos apparences de religion ! « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il n'est pas à Lui. » Qu'on ne me dise pas que des hommes sont véritablement pieux quand leurs prières s'élèvent paresseusement et comme au hasard ! Affaire de forme tout autant que les prières du papiste qui défile son chapelet. De telles gens se séduisent eux-mêmes, s'ils pensent être de vrais amis. de Dieu et de l'homme.

 

9. Ces chrétiens n'ont pas besoin de demander quelles sont les choses « qu'il leur est commandé de faire » pour conversion des pécheurs.

Quand on leur présente un moyen qui promet du succès dans l'oeuvre de la conversion des pécheurs, ils n'ont pas besoin, pour l'employer, que cela leur soit commandé sous peine d'encourir quelque pénalité. Il leur suffit de connaître que ce moyen est fait pour avancer l'oeuvre à laquelle ils ont mis leur coeur ; en ce cas, ils l'adoptent aussitôt et le mettent en oeuvre de tout leur pouvoir. Pour eux, la question qui se pose n'est pas tout le temps : « Qu'est-ce qui m'est expressément commandé?. » Mais bien « De quelle façon pourrais je faire davantage pour le salut des âmes, pour la conversion du monde à Dieu ? » Ils  n'attendent pas d'avoir un commandement exprès de la Bible pour s'engager dans l'oeuvre des missions, ou des écoles du dimanche ou dans toute autre entreprise qui a en vue le salut des âmes; ils sont toujours prêts pour toute .bonne parole et toute bonne oeuvre.

 

10. Un autre trait caractéristique de ces chrétiens est la disposition à renoncer à soi-même pour faire du bien aux autres.

Donner est une loi que Dieu a établie d'un bout à l'autre de l'univers. Même dans le monde de la nature; les rivières, l'océan, les nuages, le soleil, tout donne. Il en est ainsi partout dans le royaume de la grâce. Donner est le véritable esprit de Jésus-Christ. Jésus-Christ n'a pas cherché sa propre satisfaction, mais le bien des autres. De même en est-il de cette classe de personnes qui nous occupe maintenant, elles sont toujours prêtes à renoncer à elles-mêmes, à leurs joies, leur confort et même à des choses nécessaires, dès qu'elles voient que par là elles peuvent faire plus de bien.

 

11. Ces chrétiens sont continuellement à l'affût de nouveaux moyens et de nouvelles mesures pour faire du bien.

C'est un effet naturel de leur continuel désir de faire du bien. Au lieu d'être satisfaits de ce qui ne donne aucun succès, ils inventent continuellement de nouvelles méthodes et de nouveaux moyens pour atteindre leur but. Ils ne ressemblent pas à ceux qui sont satisfaits parce qu'ils font ce qu'ils appellent leur devoir. Quand un homme a en vue surtout son propre salut, il se dit que pourvu qu'il fasse son devoir, il est déchargé de toute responsabilité. Cela  fait il est content ; il se persuade qu'il est à l'abri de la colère à venir, et qu'il a gagné le ciel en faisant ce que Dieu requérait de lui. Après cela, que les pécheurs soient sauvés ou perdus, ce n'est pas son affaire, il n'y peut rien. Mais pour le vrai chrétien, il ne s'agit pas tant d'éviter la colère à venir et de gagner le ciel que de sauver les âmes pour la gloire de Dieu; et si ce dernier but n'est pas atteint, il est dans l'angoisse. Un tel homme recherche, invente, essaie toujours quelque nouveau moyen, quelque généreuse entreprise, et si cela ne réussit pas, il essaie autre chose, puis autre chose encore; il ne peut rester tranquille jusqu'à qu'il ait trouvé quelque chose qui ait du succès dans l'oeuvre du salut des pécheurs.

 

12. Ces chrétiens manifestent toujours une grande douleur quand ils voient l'église endormie et ne faisant rien pour le salut des pécheurs.

Ils connaissent la difficulté, l'impossibilité de faire quelque chose de considérable pour le salut des pécheurs tant que l'église est endormie. Allez dans une église où la plupart ne font rien pour la conversion des pécheurs et se laissent emporter par le courant du monde, vous verrez que les vrais amis de Dieu et de l'homme y sont navrés d'un tel état de choses. Ceux qui sont religieux d'une autre façon, trouveront que tout va très bien et ne seront point affligés quand ils verront ceux qui prétendent être le peuple de Dieu courir après la vanité et la folie. Mais les chrétiens de la classe qui nous occupe auront le coeur rempli de douleur et de détresse en voyant l'église dans un pareil état.

 

13. Ils souffrent quand ils voient leur pasteur se comporter lâchement et ne point reprendre l'église sévèrement et fidèlement à cause de ses péchés.

Les autres chrétiens de profession veulent être bercés afin le bien dormir, ils veulent que leur pasteur prêche des,sermons pleins de douceurs, fleuris, éloquents, des sermons qui les flattent, sans rien d'incisif et sans puissance. Mais les chrétiens dont nous parlons ne sont point, satisfaits à moins que le pasteur ne prêche avec puissance et d'une manière incisive, hardiment, « reprenant, censurant, exhortant, avec toute patience et en instruisant (2Tim IV:2). » Leurs âmes ne sont point nourries, ni édifiées, ni satisfaites de ce qui ne saisit pas et n'opère pas l'oeuvre pour laquelle le ministère a été institué par Jésus-Christ.

 

14. Ils soutiendront toujours un pasteur fidèle qui prêche la vérité hardiment et d'une manière incisive.

Alors même que la vérité qu'il prêche les atteint, personnellement, loin de s'en plaindre, ils disent avec le Psalmiste : « Que le juste me frappe, ce sera de l'huile sur ma tête (Ps CXLI :5). » Quand la vérité est proclamée avec puissance, leurs âmes sont nourries et se fortifient dans la grâce. Ils prient pour leur pasteur, ils se répandent en larmes et en supplications dans leur cabinet pour que l'Esprit de Dieu soit toujours avec lui. Pendant que d'autres murmurent, disputent contre lui et l'accusent d'extravagance, ils le soutiendront ; oui, certes ! ils monteraient même sur le bûcher avec lui pour le témoignage de Jésus. Et ce qu'ils font est basé sur la meilleure de toutes les raisons : la prédication de leur pasteur va droit au but auquel ils ont voué toute leur vie.

 

15. Ils sont particulièrement angoissés quand les pasteurs prêchent des sermons qui ne sont pas propres à convertir les pécheurs.

Je veux dire quand le sermon n'est pas spécialement adressé à l'église de manière à la réveiller. D'autres peuvent approuver le sermon, le louer, ils peuvent dire: Quel beau sermon nous avons eu! qu'il était éloquent, lucide, magnifique, sublime! Cependant il ne leur était pas approprié puisqu'il ne tendait pas à convertir les pécheurs. Il y a des gens qui sont grands partisans de la doctrine de l'élection et qui ne veulent pas croire qu'un sermon soit évangélique à moins qu'il ne contienne cette doctrine; et si cette doctrine y est, les voilà contents, que le sermon soit propre ou non à convertir le pécheur. Mais quand un homme a mis son coeur à la conversion des pécheurs, s'il entend un sermon qui n'est point fait pour la produire, il a l'impression qu'il y manque la « grande chose » qui fait le sermon évangélique. Si au contraire il entend un sermon propre à sauver les âmes, il est alors nourri et son âme se réjouit.

Nous trouvons ici la raison de la différence étonnante qu'il y a souvent entre les divers jugements que l'on porte sur la prédication; et c'est ici encore que l'état spirituel de chacun se révèle admirablement. Il est aisé, en effet, de voir, selon le jugement que l'on porte sur la prédication, quels sont ceux qui sont remplis de l'amour de Dieu et des âmes. Les vrais amis de Dieu et de l'homme ne voudront pas d'un sermon qui ne sera pas particulièrement propre à sonder, à réveiller l'église et à la porter à l'action, et qui, par conséquent, sera impuissant à humilier et à convertir celui qui pèche.

 

16. Vous entendrez toujours les chrétiens de cette classe se reprocher de ne point faire assez pour le salut des pécheurs.

Quoi qu'ils fassent en réalité dans ce but, il semble que plus ils font, plus ils désirent faire encore. Ils ne sont  jamais satisfaits; il n'y a jamais de bornes à leur désir de convertir les pécheurs. Je me rappelle un homme excellent qui avait coutume de prier pour les individus, pour les localités, pour la conversion du monde, jusqu'à ce qu'il fût à bout de forces. Il s'écriait un jour, complètement épuisé par la prière: « Oh ! quel feu, quelle douleur dans mon cœur ! rien ne peut apaiser ce désir insatiable de sauver les pécheurs; mon âme défaille de douleur. » Bien qu'il eût été plus utile que presque tous ceux de son âge, cet homme voyait tant à faire encore, et son désir de voir les pécheurs sauvés était si ardent, que sa constitution physique ne le pouvait supporter. « Je me trouve, disait-il un jour, mourant du désir de posséder plus de force pour faire davantage pour le salut des âmes. »

 

17. Si vous désirez émouvoir les chrétiens de cette sorte; vous devez leur présenter des considérations qui touchent à la gloire de Dieu dans le salut des pécheurs.

Si vous voulez les émouvoir, présentez-leur la situation des pécheurs et montrez-leur combien ils déshonorent Dieu ; vous verrez que cela les touchera et les enflammera bien plus que tous les appels que vous pourriez faire à leurs craintes et à leurs espérances. Pressez ce sujet sur leurs cœurs; montrez-leur comment ils peuvent convertir les pécheurs : émus et palpitants ils lutteront avec Dieu dans la prière; ils seront en travail pour les âmes jusqu'à ce qu'ils voient converties et que Christ « l'espérance de la gloire » soit formé en elles.

 

Si le temps et les forces me le permettaient, je pourrais mentionner beaucoup d'autres traits qui caractérisent cette classe de chrétiens, les vrais amis de Dieu et de l'homme. Mais je dois m'arrêter ici. Nous remettrons l'examen des deux autres classes vendredi prochain, si nous sommes conservés jusque-là et si le Seigneur le permet.

Maintenant, appartenez-vous à cette classe des vrais amis de Dieu et de l'homme, ou ne lui appartenez-vous pas? J'ai mentionné certains faits considérables et fondamentaux qui indiquent le vrai caractère de ces chrétiens .en montrant quelle est l'affaire capitale et le but suprême de leur vie. Chacun de vous peut juger s'il se reconnaît ou non à ces traits.

Quand j'aborderai l'autre partie de mon sujet, j'entreprendrai de décrire les chrétiens de profession dont le zèle religieux, les prières et les efforts ont un autre but; je montrerai leur vrai caractère et comment se révèlent leurs vrais motifs.

Et maintenant, mes bien-aimés, je vous le demande devant Dieu, avez-vous les caractères de l'enfant de Dieu? Est-ce que vous savez que ces caractères sont les vôtres? Pouvez-vous dire « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime, tu sais que je suis un de ces chrétiens-là? »

 


 

VI° DISCOURS

 

RELIGION LEGALE.

 

« Qui est pour l’Eternel? » Exode 32:26.

 

Vous vous souvenez que vendredi passé, en parlant sur ce texte, je mentionnai trois classes de chrétiens de profession : ceux qui aiment véritablement Dieu et les hommes, ceux qui ne sont mus que par l’égoïsme (ou par l’amour de soi) et ceux qui sont mus par la pensée du qu’en dira-t-on. J’ai mentionné plusieurs des traits qui caractérisent la première classe ; j’ai l’intention maintenant de vous en présenter plusieurs qui caractérisent la

 

II°

 

Ceux qui sont mus par l’amour de soi.

 

Je montrerai comment le motif principal de la religion de ceux-ci se manifeste dans leur conduite. La conduite d’un homme, en effet, révèle toujours le vrai but de sa vie ; et son caractère correspond invariablement à ce but. Si donc, par la conduite, vous pouvez découvrir quel est le but suprême de la vie, vous aurez aussi par là, et d’une manière certaine, le caractère de la personne. Et, je pense qu’en observant avec candeur et à fond la conduite de quelqu’un, vous pourrez généralement juger de son état d’âme avec une grande certitude.

Les trois classes que nous avons distinguées s’accordent en beaucoup de choses ; il va de soi que ce n’est pas par l’observation de ces choses-là que vous pourrez les distinguer. Mais il y a d’autres choses dans lesquelles elles diffèrent; et, pour un observateur attentif, ces différences se trahiront dans leur conduite et révéleront leur vrai caractère. Ces points sur lesquels elles diffèrent sont ceux qui touchent aux fondements mêmes de la religion.

Je vais donc indiquer quelques traits qui distinguent ceux qui sont mus par l’amour d’eux-mêmes, par l’égoïsme, et chez lesquels l’espérance et la crainte inspirent tout ce qu’ils font en fait de religion.

 

1. Ils font de la religion une affaire secondaire.

Ils montrent par leur conduite qu’ils ne regardent pas la religion comme l’affaire capitale de leur vie, mais comme une chose subordonnée à d’autres. Ils la regardent comme une chose qui doit venir à propos, et trouver sa place entre beaucoup d’autres; une affaire bonne pour le dimanche, ou qui ne doit pas sortir du cabinet ou du culte de. famille ; mais ils ne la regardent pas comme la grande affaire de la vie. Ils font une distinction entre les devoirs religieux et les affaires, et les considèrent comme étant d’ordre entièrement différent. Tandis que s’ils y voyaient clair, ils comprendraient que la religion est la seule affaire de la vie, et qu’aucune chose n’est légitime à moins qu’elle ne serve les intérêts de la religion. S’ils . avaient des sentiments chrétiens, tous leurs actes auraient un caractère religieux et seraient accomplis manifestement en vue d’obéir à Dieu.

 

2. Ils remplissent leurs devoirs religieux comme une tâche.

Il s’en faut que l’amour de Dieu brûle en eux et les presse de travailler pour Lui ; ils ne prennent pas leur plaisir dans les exercices religieux auxquels ils se sont assujettis ; et quant à la communion avec Dieu, ils n’en connaissent absolument rien ; la prière elle-même est une tâche pour eux. Ils font leurs devoirs religieux comme le malade prend ses remèdes, non parce qu’ils les aiment, mais parce qu’ils espèrent en retirer quelque profit.

Et vous qui êtes ici devant moi, trouvez-vous votre plaisir dans vos devoirs religieux ou les accomplissez-vous parce que vous espérez en retirer quelque avantage ? Soyez honnêtes, en cet instant, répondez à cette question en toute vérité et jugez quel est l’état de votre âme.

 

3. Il est manifeste qu’ils ont un esprit légal et non l’esprit de l’Evangile.

Ce qu’ils font en religion, ils le font parce qu’ils sont obligés de le faire, non parce qu’ils l’aiment. Ils ne perdent pas de vue les commandements de Dieu et y obéissent en accomplissant leurs devoirs religieux, mais ce n’est pas qu’ils y aient mis leur coeur. Ils se demandent toujours non pas « Comment pourrai-je faire du bien ? » Mais « comment pourrai-je être sauvé ? » Il y a entre eux et les vrais amis de Dieu et de l’homme la même différence qu’entre le pécheur convaincu de péché et le vrai converti ; le premier demande : «Que dois-je faire pour être sauvé? » et le second s’écrie : « Seigneur, que faut-il que je fasse ? » Ils sont constamment à demander.: « Que dois-je faire pour aller au ciel ? » Et non point : « Que puis-je faire pour y amener les autres ? » Leur grande affaire n’est pas de sauver le monde, ruais de se sauver eux-mêmes.

 

4. Ils sont mus par la crainte beaucoup plus que par l’espérance.

Ils accomplissent leurs devoirs religieux surtout parce qu’ils n’osent pas les négliger. Ils prennent la communion non parce qu’ils aiment à rencontrer Christ ou à communier avec leurs frères, mais parce qu’ils n’osent pas rester à l’écart. Ils ont peur en négligeant la cène d’encourir la discipline ecclésiastique ou d’être damnés. Ils prient dans leur cabinet, non parce qu’ils jouissent d’être en rapport direct avec Dieu, mais parce qu’ils n’osent pas négliger la prière. Ils ont l’esprit servile et sont au service de Dieu comme des esclaves au service de leur maître, avec le sentiment qu’il faut faire tant, sous peine d’être battu. Ils ont toujours la pensée qu’il faut avoir tant de religion, accomplir tant de devoirs religieux, sous peine d’être châtié par sa conscience ou de perdre ses espérances. de vie à venir. Ils cheminent, en conséquence,  péniblement, laborieusement, remplissant tant de devoirs religieux, année commune; et ils appellent, cela de la religion !

 

5. Leur religion porte un caractère négatif des plus prononcés.

Ils sont satisfaits surtout de ce qu’ils ne font rien de très mal. N’étant pas spirituels, ils regardent la loi de Dieu surtout comme un recueil de défenses destiné à préserver l’homme de certains péchés ; ils n’y voient, point une dispensation de la bienveillance divine, une règle qui ne peut être accomplie que par l’amour. Ainsi, pourvu que leur conduite soit morale, leur manière d’être sérieuse et décente et qu’ils accomplissent la somme exigée des devoirs religieux, les voilà contents. Leur conscience les tracasse moins au sujet des péchés d’omission qu’au sujet des péchés de commission. Ils font une différence entre négliger de faire ce que Dieu demande positivement et faire ce qu’il défend expressément. Ce qu’on peut dire de mieux sur leur compte, c’est qu’ils ne sont pas très mauvais. Ils ne semblent guère se soucier d’être utiles à la cause de Christ. Aussi. longtemps qu’on ne peut les convaincre de quelque transgression positive, ils sont satisfaits.

 

6. Leur piété est plus ou moins stricte, suivant leurs lumières et la délicatesse de leur conscience.

Quand leur intelligence est éclairée et leur conscience, délicate, ils sont souvent les chrétiens les plus rigides qu’on puisse trouver. Ils paient la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin. » (Mat XXIII :23) Ils sont raides jusqu’à la morosité. En fait de rigorisme, personne n’ira plus loin qu’eux. Ce sont de parfaits pharisiens.

 

7. Plus leur conscience est délicate, plus ils sont misérables.

En dépit de leur rigorisme, ils ne peuvent ignorer qu’ils. sont de grands pécheurs, ce qui les rend très malheureux, vu qu’ils ne se font pas une idée juste de la justification ; et plus leur conscience est éclairée et délicate, plus ils sont malheureux. Malgré la rigueur de leur piété, ils se sentent toujours au-dessous de leur devoir, et n’ayant pas la foi que demande l’Evangile, ni l’onction du Saint-Esprit qui apporte la  paix à l’âme, ils sont toujours mécontents, inquiets, misérables.

Beaucoup d’entre vous peut-être connaissent de telles personnes. Il y en a sûrement ici. Ces personnes-là n’ont, jamais su ce que c’est que de se sentir justifié devant Dieu par le sang de Jésus-Christ ; elles n’ont jamais su ce que c’est que de se sentir accepté et, adopté comme sien par Jésus-Christ. Elles n’ont jamais possédé la réalité contenue dans ces paroles : « Il n’y a maintenant plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, qui marchent non selon la chair, mais selon l’Esprit. »

Pouvez-vous dire que ces paroles réchauffent vôtre coeur parce que vous avez fait, en votre âme, l’expérience de la réalité qu’elles contiennent? Ou vous sentez-vous encore condamnés et coupables, n’ayant pas conscience du pardon de vos péchés, ne jouissant point de la paix avec Dieu et ne sachant ce que c’est  que de se confier en Jésus-Christ ?

 

8. Ils sont encouragés et réjouis quand ils lisent l’histoire des saints de l’ancien temps qui sont tombés dans de grands péchés.

Ils se sentent, en effet, admirablement instruits et édifiés quand les péchés du peuple de Dieu sont remis en lumière. Ils sont alors tout réconfortés et leurs espérances se ravivent merveilleusement. Ils ne sont point humiliés et désolés ; considérant combien une pareille vie de péché est contraire à toute religion, ils ne se disent point qu’il leur serait bien de tenir de tels hommes pour des saints, si la Bible ne les considérait pas comme tels ; encore moins pensent-ils que si ces gens avaient vécu dans la lumière de l’économie actuelle, ils ne pourraient absolument pas porter le titre de saints ; — ils se sentent au contraire tout réjouis, tout fortifiés, tout remplis de nouvelles espérances. J’ai connu un homme, un ancien, qui fut cité à comparaître. devant son église pour crime d’adultère et qui s’excusa en alléguant qu’on n’aurait pas dû s’attendre à ce qu’il fût meilleur que David, l’homme selon le coeur de Dieu.

 

9. Moins le prédicateur est exigeant en fait de piété, plus ils sont contents.

S’il est disposé à espérer charitablement que presque tout le monde est chrétien, les voilà satisfaits et ils le complimentent sur sa grande charité ; ils le louent comme un homme excellent, charitable, etc. Il est aisé de comprendre pourquoi ces chrétiens sont contents de cette façon d’entendre le christianisme; c’est qu’elle concourt à les affermir dans leurs plus chères espérances ; elle les aide, en effet, à entretenir ce qu’ils appellent leur « consolante espérance, » et cela, bien qu’ils fassent si peu pour Dieu. Ah! qu’elle est différente la conduite de l’homme dont le but suprême est d’arracher le monde au PÉCHÉ! Il a besoin de voir tous les hommes devenir saints; il veut en conséquence que l’étendard de la sainteté soit maintenu haut et ferme. Il désire que tous les hommes soient sauvés, mais il sait qu’ils ne peuvent pas l’être à moins qu’ils ne soient véritablement saints. Faire aller un homme au ciel en rabaissant « charitablement ». l’idéal de sainteté que nous présente. la Bible lui paraîtrait aussi impossible que d’admettre Satan lui même- dans le Paradis.

 

10. Ils veulent qu’on leur prêche des doctrines « consolantes. »

Ils aiment qu’on leur prêche les doctrines de la persévérance des saints et de l’élection, qu’on s’y arrête, qu’on s’y étende et qu’on y insiste. Souvent même ils ne veulent autre chose que ce qu’ils appellent la doctrine de la grâce; et s’ils peuvent obtenir une prédication abstraite qui leur apporte jouissance et consolation sans remuer leur conscience, les voilà « nourris ».

 

11. Ils aiment, en effet, que leur pasteur leur prêche des sermons pour « nourrir les chrétiens. »

Comme leur grande affaire n’est pas de sauver les pécheurs, mais d’être sauvés eux-mêmes, ils choisiront toujours non pas un pasteur capable de prêcher convenablement la conversion aux pécheurs, mais un pasteur qui ait le talent de nourrir l’église avec de pures abstractions.

 

12. Ils mettent une grande importance à posséder ce ils appellent une « bonne espérance. »

Vous les entendrez, en effet, parler avec une grande solennité de l’importance qu’il y a à posséder cette espérance. Et, qu’ils puissent la nourrir, dissipant leurs craintes, se réjouissant en leurs coeurs, savourant leurs privilèges : cela leur suffit. Que ceux qui les entourent soient sauvés ou non, ils s’en inquiètent peu. (Ah ! que nous sommes loin des vrais amis de Dieu et de l’homme, oublieux d’eux-mêmes et tout occupés à arracher du feu les pécheurs !)

Dans leurs prières de même, ils demandent que leur assurance soit affermie, qu’ils puissent sentir qu’ils vont au ciel, qu’ils sont acceptés de Dieu, etc., au lieu de demander que leur foi devienne puissante et qu’ils soient remplis du Saint-Esprit afin de délivrer beaucoup d’âmes de la mort.

 

13. Ils vivent sur leurs sentiments.

Ils ajoutent beaucoup d’importance aux émotions qu’ils éprouvent de temps à autre. S’il leur arrive d’avoir, à l’occasion, des élans de ferveur religieuse, ils y arrêtent complaisamment leur pensée et s’appuient longtemps sur cette preuve de leur piété. Ces temps d’émotions religieuses entretiendront leurs espérances aussi longtemps qu’ils en conserveront un souvenir distinct. Peu importe qu’actuellement ils ne fassent rien pour Dieu et n’éprouvent aucun sentiment d’amour pour lui : ils se rappellent avoir eu tels sentiments à telle époque; cela leur suffit. S’ils ont été mêlés à des scènes de réveil et que leur imagination ait été excitée au point de faire couler leurs larmes et de les pousser à prier et à exhorter leurs frères, ce souvenir va nourrir leurs espérances pendant des années. Quoique, le réveil passé, ils ne fassent rien pour l’avancement du règne de Christ et que leurs cœurs soient aussi durs que le roc, ils sont pleins d’assurance, et attendent patiemment qu’un nouveau réveil vienne les pousser derechef en avant.

 

14. Ils prient presque exclusivement pour eux-mêmes.

Si vous pouviez entendre les prières qu’ils font dans le secret du cabinet vous verriez que les huit dixièmes de leurs demandes sont pour eux-mêmes. Cela montre à quel taux ils mettent leur propre salut en regard de celui des autres. C’est le quatre cents pour cent, huit contre deux. Et s’ils prient dans les assemblées, il en sera très souvent de même; à-les entendre prier, vous ne supposeriez pas qu’il y ait sur la terre un seul pécheur allant en enfer; ils prient là comme dans leur cabinet, à cela près qu’ils s’associent le reste de l’église en disant « nous » au lieu de « je »

 

15. Dans leurs prières ils demandent bien plutôt d’être préparés pour la mort que d’être rendus capables de mener une vie utile.

Ils s’inquiètent bien plus d’être préparés à mourir que d’être préparés à sauver les pécheurs autour d’eux. S’ils demandent l’Esprit de Dieu, c’est bien plus pour qu’il les prépare à mourir que pour pouvoir « enseigner les voies de Dieu à ceux qui les transgressent, de sorte que les pécheurs reviennent à Lui » ainsi que le demandait le Psalmiste (Ps 51:14,15).

Plusieurs d’entre vous, mes frères, ne se reconnaissent-ils pas à ce trait? Leurs prières ne sont-elles pas exactement telles que je viens de les décrire?

Un homme tout occupé de faire du bien et de sauver les. pécheurs ne songe pas tant à se demander quand, où et comment il mourra; il se demande plutôt comment il pourra faire le plus de bien possible pendant sa vie. Et quant à la mort, il s’en remet pleinement à Dieu et sans aucune crainte. Il y a longtemps qu’il a remis son âme à Dieu, et il ne s’occupe plus que de vivre à la gloire de Christ.

 

16. Ils ont plus peur du châtiment que du péché.

C’est précisément le contraire de ce que vous remarquerez chez les vrais amis de Dieu et de l’homme qui ont plus peur du péché que du châtiment.

Quant à ceux qui nous occupent maintenant, ils se livrent au péché lorsqu’ils parviennent à se persuader que Dieu leur pardonnera, ou quand ils pensent qu’ils pourront se repentir. Ils raisonnent souvent ainsi : « Le pasteur un tel fait telle. chose, pourquoi ne la ferais-je pas ? » Un membre de cette Eglise était moniteur dans l’école du dimanche, mais voyant que d’autres membres qui auraient pu l’être, ne l’étaient pas, il se dit : « Pourquoi ferais-je ce travail plutôt qu’eux ?» et il abandonna, son groupe. Oui, c’est ici l’esprit qui anime toute cette classe de chrétiens de nom « Les autres ne font pas ceci, ils ne font pas cela, pourquoi me tourmenterais-je pour être meilleur qu’eux ?» Je le répète, ce n’est pas du péché qu’ils ont peur, c’est du châtiment... Ils pêchent et ILS LE SAVENT; mais ils se flattent d’échapper au châtiment! Qui ne voit combien cet esprit est contraire à celui des vrais amis de Dieu dont la préoccupation dominante est d’ôter le péché du monde? Quant à ceux-ci, l’enfer ne les effraie pas la moitié autant que la pensée de commettre le péché.

 

17. Les chrétiens qui nous occupent manifestent plus d’inquiétude au sujet de leur propre salut qu’ils n’en ressentiraient si le monde entier allait en enfer.

Un tel homme, si son espérance vient à faiblir, voudrait que chacun se mît en prières pour lui; il fait grand bruit de sa personne et en préoccupe toute l’église ; lui qui ne pense jamais à faire quelque chose pour les pécheurs qui l’entourent et qui sont certainement dans la voie large qui mène à la perdition ! Il montre que toute son attention est concentrée sur lui-même et que sa pensée dominante n’est point .lu tout de chercher quelle est la plus grande somme de bien qu’il pourra accomplir.

 

18. Ils aiment mieux recevoir du bien que d’en faire.

Ici encore vous pouvez reconnaître que de telles personnes n’ont pas l’esprit de l’Evangile ; elles ne sont jamais entrées dans l’esprit de Jésus-Christ qui disait qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Celui qui est mu par le vrai amour de Dieu et de l’homme jouit du bien qu’il fait au autres plus que les autres ne jouissent en recevant ce bien. Il est réellement bienveillant, et, pour lui, c’est une grâce que de pouvoir montrer de la bonté, son cœur ne bat que pour cela, et lorsqu’il peut le faire, une sainte et délicieuse joie remplit, son âme. Mais quant à l’autre classe de chrétiens, c’est tout autre chose : ils sont plus empressés à recevoir qu’à donner. Ils désirent recevoir de l’instruction plus qu’ils ne désirent en répandre. Ils désirent recevoir des consolations, mais ils ne sont jamais prêts à se sacrifier eux-mêmes pour apporter aux autres les consolations de I’Evangile. Chacun voit d’emblée combien une telle disposition est contraire à l’esprit de l’Evangile qui trouve son suprême bonheur à communiquer le bonheur aux autres.

Qui ne connaît ces deux classes de chrétiens ? Les uns cherchant toujours à faire du bien, les autres cherchant toujours à en recevoir. Les uns toujours possédés du désir de donner, les autres toujours possédés du désir de recevoir. Ces deux caractères sont aussi opposés que la lumière et les ténèbres.

 

19. Quand on parvient à les faire prier pour la conversion des autres, ils le font en présentant les mêmes motifs qu’ils ont eus en priant pour eux-mêmes.

Lorsque leur égoïsme permet chez eux l’éveil d’une certaine sympathie, comme ils ont surtout peur de l’enfer pour eux-mêmes, ils en ont peur aussi pour autrui. Le bonheur étant ce qu’ils cherchent principalement,c’est aussi ce qu’ils demandent pour les autres. Ils prient pour les pécheurs, poussés non par un vif sentiment de l’horreur du péché, mais par l’horrible idée qu’ils se font des tourments de l’enfer. Ce n’est donc pas parce que les pécheurs déshonorent, Dieu qu’ils désirent les voir convertis, mais parce qu’ils sont en danger. Comme la raison d’être de leur religion est d’assurer leur propre sécurité, c’est aussi la sécurité du pécheur qui les pousse à prier pour lui. S’il n’y avait point de danger, ils ne prieraient jamais, ni pour eux-mêmes, ni pour les autres.

Certes ! les vrais amis de Dieu et de l’homme ressentent de la compassion pour les pécheurs, mais ils s’émeuvent bien plus encore à la pensée de l’honneur de Dieu compromis.  Oui, ils sont plus désolés de voir Dieu outragé et déshonoré que de voir les pécheurs aller en enfer. S’il fallait ou que Dieu fût déshonoré à jamais ou que les pécheurs lussent jetés dans les tourments sans fin, ils choisiraient, cette dernière alternative; cela est aussi certain qu’il est certain qu’ils aiment Dieu par dessus tout. Les vrais sentiments de chacun se manifestent dans ses prières. Vous les verrez donc, les vrais amis de Dieu, considérer dans leurs prières les pécheurs comme des rebelles envers Dieu, comme des criminels méritant la colère éternelle, comme des ennemis de Dieu et de tout l’univers ; et tandis qu’ils sont remplis de compassion pour eux, le feu d’une sainte indignation les embrase à la pensée de leur conduite à l’égard du Dieu béni éternellement.

 

20. La classe de chrétiens qui nous occupe est fort sujette aux angoisses du doute.

Ils sont gens à parler beaucoup de leurs doutes. Et le détail de ces doutes forme un chapitre considérable de leur histoire. Leur grande affaire étant la jouissance d’une consolante espérance, dès que le doute s’empare d’eux, les voilà par terre ; ils font alors grand vacarme de leurs doutes ; et n’allez pas à ce moment leur demander de faire quoi que ce soit pour l’avancement du règne de Dieu : il va sans dire qu’ils « n’y sont pas préparés. » Ah ! qu’ils sont différents ces vrais amis de Dieu et de l’homme dont la seule pensée est de faire le bien ! Si parfois le diable cherche à leur dire qu’ils vont en enfer, la première réponse qui leur vient à l’esprit est celle-ci : « Eh bien ! s’il le faut !... quoi qu’il en soit, il faut, que je tire du feu les pécheurs. » J’admets que de vrais chrétiens puissent avoir des doutes, mais ils y seront d’autant moins sujets qu’ils seront plus complètement consacrés à l’oeuvre du salut des pécheurs. Il serait en effet bien difficile à Satan de troubler par des doutes une église qui serait entièrement engagée dans cette oeuvre ; l’attention des chrétiens y serait tout entière et les suggestions de l’adversaire n’auraient pas de prise sur eux.

 

21. Leur horreur du sacrifice va croissant avec les demandes qui leur sont adressées.

Un homme disait : « Où veut-on en venir avec cette oeuvre de la tempérance ? Il ne s’agissait d’abord que d’abandonner les liqueurs ; je l’ai fait et je m’en suis bien trouvé. Ensuite on en est venu à demander l’abandon du vin ; maintenant c’est le tabac ; où s’arrêtera-t-on ? La pensée d’avoir à sacrifier d’abord ceci, puis cela  jette cette sorte de chrétiens dans une véritable détresse. Le bien qui en résultera ne leur vient pas à la pensée, parce qu’ils ne songent qu’aux privations à endurer.

Ces entreprises incessantes contre le royaume des ténèbres les jettent dans la détresse parce que leur but n’a jamais été de rechercher et d’ôter de ce monde tout ce qui déshonore Dieu et fait du tort à l’homme. Ils sont entrés dans l’église, il se sont revêtus du manteau de la religion, mais ils ne l’ont pas fait avec la détermination de poursuivre ce but ; jamais ils n’ont été décidés à détruire le péché partout et toujours, aussitôt qu’ils en auraient connaissance et autant qu’il serait en leur pouvoir.

Ces chrétiens sont ennuyés des demandes incessantes des collecteurs pour les missions, pour le colportage, etc. Autrefois quand un homme riche donnait cent vingt-cinq francs par année pour ces oeuvres, il trouvait que c’était beaucoup; mais les demandes se sont tellement multipliées, les contributions ont tellement augmenté, que les chrétiens dont nous parlons sont dans une anxiété continuelle « Je n’aime pas ces collectes, » disent-ils, « je suis opposé à ce qu’on en fasse dans l’église, cela ne fait que du mal.» Et leur bile se décharge surtout contre les agents des sociétés religieuses.

Ils sont obligés de donner comme les autres, afin de maintenir leur réputation, ou de ne pas perdre leur « consolante espérance. » Et, le niveau spirituel s’étant élevé depuis quelques années, je ne doute pas qu’ils n’aient à donner le quadruple de ce qu’ils donnaient, il y a vingt ans, pour soutenir leur profession. Que deviendront-ils si l’on prend tous les jours de nouvelles mesures, si l’on entreprend tous les jours de nouvelles oeuvres?

 

22. Quand ils sont appelés à renoncer à eux-mêmes pour faire du bien, au lieu d’en être contents, ils n’en éprouvent que de la peine.            

Ils ne connaissent rien de la joie qu’il y à renoncer à soi-même. Il ne leur entre pas dans l’esprit que le renoncement à soi-même puisse être agréable ; que l’on puisse trouver son plaisir et sa joie à s’oublier pour faire du bien aux autres. Ils pensent que ce sont là, dans la religion, des hauteurs telles que personne ne les a atteintes. Cependant le vrai ami de Dieu et de l’homme, qui ne pense qu’à faire du bien, ne jouit jamais autant de son argent que lorsqu’il peut le dépenser pour l’avancement du règne de Christ ; il comprend que c’est le meilleur placement qu’il puisse trouver et c’est même avec peine qu’il se voit obligé d’employer son argent pour autre chose, alors surtout qu’il voit se multiplier les occasions de l’employer à faire le bien.

Je désire que vous tous qui m’entendez soyez bien attentifs à ceci : si un homme a mis tout son coeur à quelque chose, il lui sera fort agréable de pouvoir y consacrer son argent; et plus il pourra retrancher d’argent aux autres choses pour le mettre à cette chose-là, plus il sera content. Si donc quelqu’un trouve dur de donner son argent pour l’avancement du règne de Dieu, c’est qu’il n’a point mis son coeur à cette œuvre ; s’il l’avait fait, il donnerait avec joie. Que penseriez-vous de celui qui, refusant de donner de son argent, se mettrait à remuer l’église en faveur de l’oeuvre des missions, sollicitant les dons des autres quand il n’aurait lui-même jamais donné un dollar? Il serait absolument démontré qu’il n’a pas donné son coeur à la cause de Christ ; car s’il l’avait fait, il donnerait pour elle son argent aussi volontiers qu’un verre d’eau fraîche ; et plus il pourrait économiser en faveur de cette cause, plus il serait content.

 

23. Ils ne sont pas de ceux qui font avancer l’oeuvre des réveils.

Ce n’est pas leur affaire. Ils faut toujours les traîner à l’ouvrage ; et ce n’est que lorsque le réveil est bien établi et que les émotions deviennent vives, qu’ils paraissent s’y intéresser. Mais vous ne les verrez jamais prendre la direction de l’oeuvre, jamais devancer les autres ; vous ne les entendrez jamais dire à leurs frères : « Allons ! et faisons quelque chose pour le Seigneur. »

 

24. C’est un fait qu’ils ne convertissent pas les pécheurs à Dieu.

Dieu peut se servir d’eux de différentes façons pour faire du bien ; il se sert de Satan aussi ; mais, en général, ils n’arrachent pas les pécheurs du feu ; et la raison en est que ce  n’est pas là le but de leur vie. Qu’en est-il de vous ? Avez-vous du succès dans l’oeuvre de la conversion des pécheurs ? Y a-t-il quelqu’un qui puisse vous regarder comme l’instrument de sa conversion ? Si vous vous étiez véritablement donnés pour cette oeuvre, vous ne pourriez. vivre sans la faire ; vous vous y mettriez avec un tel sérieux, avec une telle « agonie de prières » que l’oeuvre se ferait.

 

25. Ils ne manifestent pas une grande détresse à la vue du péché.

Ils ne le reprennent pas: Ils aiment à être mêlés aux scènes dans lesquelles le péché est commis. Ils aiment à se trouver où ils peuvent entendre des conversations vaines ; ils aiment même à s’y joindre. Ils aiment la société mondaine, les livres mondains. Leur esprit est mondain. Au lieu de « haïr jusqu’au vêtement souillé par la chair (Jude 1 :23), » ils aiment à se tenir sur les confins du péché, comme trouvaient en lui leur plaisir.

 

26. Ils ne prennent que fort peu d’intérêt aux récits de réveils, de missions, etc.

Si quelque mission est sévèrement éprouvée, ils ne s’en mettent pas en peine, ils ne le savent  même pas ; si les missions prospèrent, ils ne le savent pas non plus ; cela ne les intéresse pas. Il en est de même pour les journaux religieux, ils n’en lisent aucun. Ou s’ils en lisent un et qu’ils en viennent au récit d’un réveil, ils le laissent de côté, pour courir aux nouvelles du jour, à la polémique ou à quelque autre chose. C’est tout l’opposé des vrais amis de Dieu et de l’homme qui aiment à suivre les progrès des réveils et qui cherchent tout d’abord, dans les journaux religieux, si quelque réveil se montre ; et qui se réjouissent lorsqu’il en est ainsi, et on rendent grâce et gloire à Dieu de toute leur âme. De même. pour les missions, ces vrais amis de Dieu et de l’homme sont de coeur avec les missionnaires et quand ils apprennent que le Seigneur a répandu son Esprit sur une mission, le feu d’une sainte joie remplit toute leur âme.

 

27. Les chrétiens que nous considérons aujourd’hui ne connaissent qu’une religion toute négative, légale, triste .et laborieuse, et ils ne visent pas plus haut.

L’amour de Christ ne les contraint pas à une guerre constante contre le péché, ni une vigilance continuelle pour faire tout le bien qui est en leur pouvoir. Ce qu’ils font est fait uniquement parce qu’ils croient être obligés de le faire ; c’est ainsi qu’ils se font une piété de forme, une piété où le coeur n’est pour rien, piété sans valeur.

 

28. C’est à contre coeur qu’ils prennent part à toute mesure extraordinaire que prend l’église pour avancer le règne de Dieu.

Si l’on propose quelque réunion prolongée, vous verrez généralement cette sorte de chrétiens battre en retraite, faire des objections et élever toutes les difficultés qu’ils pourront. De même pour tout effort extraordinaire que l’on proposera de faire. Ils préfèrent toujours la « bonne vieille méthode. » Et ils sont fort ennuyés d’avoir chaque année tant de choses à ajouter à leur religion sous peine de voir leur espérance plus ou moins ébranlée.

 

29. Ils ne jouissent pas de la prière secrète.

Ce n’est pas parce qu’ils aiment à prier, qu’ils prient dans le secret du cabinet, muais parce qu’ils pensent .que c’est leur devoir, et qu’ils n’osent pas le négliger.

 

30. Ils ne jouissent pas de la Bible.

Ce n’est pas parce qu’elle est douce à leur âme « plus douce que le miel », qu’ils la lisent; ils ne « jouissent » pas de cette lecture comme on jouit de ce qu’il y a de plus exquis au monde; ils la font parce que c’est leur devoir et que l’on ne peut pas faire profession d’être chrétien sans lire la Bible. Mais, en réalité, ils trouvent que c’est une lecture bien aride.

 

31. Ils ne jouissent pas des réunions de prières.

La moindre excuse les dispense d’y aller. Ils n’y vont qu’autant que cela est nécessaire pour maintenir leur réputation de piété ou pour maintenir leur « consolante espérance.» Vous pourrez les y voir alors, non pas enflammés d’amour, mais froids, distraits, tristes,  joyeux seulement quand la réunion est terminée.

 

32. Ils ne parviennent pas à s’expliquer ce que pourrait bien signifier le mot de désintéressement.

Servir Dieu parce qu’on l’aime et non en vue d’une récompense, voilà ce qu’ils ne peuvent comprendre.

 

33. Leur pensée n’est pas anxieusement rivée à cette question : « Quand donc le monde sera-t-il converti à Dieu? »

Leurs coeurs ne sont pas angoissés par des questions comme celles-ci : Combien de temps encore la méchanceté prévaudra-t-elle? Quand verrons-nous ce monde méchant arraché au péché et à la mort? Oh ! quand les hommes cesseront-ils de pécher contre Dieu ? Ils s’occupent beaucoup plus de ces questions : Quand mourrai-je ? Quand irai-je au ciel ? Quand serai-je délivré de tous mes soucis et de toutes mes afflictions?

 

REMARQUES

 

1. Je crois que vous ne m’accuserez pas d’exagération si je dis que la religion que j’ai décrite parait être celle d’un très grand nombre de membres de l’église. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a grandement à craindre qu’elle ne soit la religion de la majorité de ceux qui font profession d’être chrétiens; et il n’y a ni méchanceté ni manque de charité à dire cela.

 

2. Cette religion est radicalement fausse.

Il n’y a aucun vrai christianisme en elle. Elle diffère du christianisme autant que le légalisme diffère de l’Evangile, autant que les pharisiens différaient de Jésus-Christ.

Maintenant, laissez-moi vous demander quelle est, entre les deux classes de chrétiens décrites dans ce discours et dans le précédent, celle à laquelle vous appartenez.

Ou est-ce que peut-être vous n’appartiendriez ni à l’une ni à l’autre?

Il se peut qu’ayant conscience de ne pas appartenir à la seconde, vous vous disiez que vous appartenez à la première, quand il n’en est rien, et que vous aurez à vous reconnaître dans le tableau que je ferai de la troisième.

Oh ! qu’il est important que vous sachiez avec une entière certitude quel est votre vrai caractère ! que vous sachiez si vous êtes mus en religion par le vrai amour de Dieu et de l’homme, ou si vous n’êtes religieux qu’en vue de vous-mêmes! Oh ! quelle solennelle pensée ! ces âmes dont j’ai été le pasteur, ne seraient-elles jamais arrivées à juger intelligemment de cette question : sommes-nous de vrais amis de Dieu et de l’homme, ou n’en serions-nous pas? Hâtez-vous de résoudre cette question, mes bien-aimés ! C’est maintenant le moment de le faire!

Mettez-vous au clair sur ce point, puis allez travailler à l’oeuvre de Dieu.

 


 

VII° DISCOURS

 

LA RELIGION DE L'OPINION PUBLIQUE.

 

« Car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu. » Jean XII :43.

 

Ces paroles furent dites de gens qui refusaient de confesser que Jésus était le Christ, parce qu'il était extrêmement impopulaire parmi les scribes, les pharisiens et les principaux du peuple.

Il est clair qu'il y a une distinction à faire entre l'amour de soi ou le simple désir de bonheur et l'égoïsme.

L'amour de soi, qui est tout à la fois désir du bonheur et crainte de la souffrance, est partie essentielle de notre être ; Dieu l'a mis en l'homme lorsqu'il le créa ; et c'est avec cet amour qu'il nous veut. Que cet amour donc obtienne satisfaction dans les limites que lui assigne la loi de Dieu, ce n'est pas un péché ; le péché n'apparaîtrait qu'à partir du moment où ces limites ne seraient pas respectées.

Mais que le désir du bonheur ou la sainte de la souffrance devienne le principe qui dirige notre vie et que nous fassions passer notre propre satisfaction avant quelqu'autre  intérêt d'un ordre plus élevé, ce n'est plus simple amour de soi, c'est égoïsme. L'égoïsme est la violation de la grande loi qui commande la bienveillance désintéressée.

Vendredi dernier, j'ai décrit cette classe de chrétiens qui, dans l'accomplissement de leurs « devoirs religieux, » sont poussés par l'espérance et par la crainte. Ils sont mus par l'égoïsme. Leur but suprême n'est pas de glorifier Dieu, mais d'accomplir leur propre salut. Et lorsqu'ils font extérieurement les mêmes choses que les vrais amis de Dieu et de l'homme dont le but suprême est de glorifier Dieu, ils les font par des motifs entièrement différents, de sorte que ces mêmes actes ont aux yeux de Dieu un caractère absolument différent suivant qu'ils procèdent des uns ou qu'ils procèdent des autres.

 

Ce soir, je désire indiquer les caractères qui distinguent la troisième classe de chrétiens.

 

III.

 

Ceux qui aiment la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu.

 

Je n'ai pas la pensée que ces chrétiens aient généralement été amenés à leur profession religieuse par le seul désir d'acquérir une réputation de piété. La religion n'a jamais été assez populaire pour qu'on puisse faire une telle

supposition.

Il y a pourtant des milieux où la profession de la piété n'est généralement pas mal vue, et même peut ajouter à la considération d'un homme auprès de beaucoup de personnes. Dans ces cas-là, les chrétiens qui nous occupent ont embrassé la foi par un double motif: l'espoir d'assurer leur bonheur dans la vie à venir et celui d'accroître leur réputation dans celle-ci. De sorte que beaucoup font profession de piété ayant pour but PRINCIPAL l'approbation de leurs semblables. S'il leur fallait perdre entièrement cette approbation, ils aimeraient mieux abandonner leur profession chrétienne, celle-ci est donc subordonnée à leur réputation. Bien qu'ils prétendent être de sincères chrétiens, vous pouvez reconnaître, en examinant leur conduite de près, qu'ils ne voudraient rien faire qui pût porter atteinte à la bonne opinion que l'on a d'eux. Ils ne veulent pas s'exposer à la haine dont ils seraient les objets s'ils se vouaient tout entiers à la tâche de déraciner le péché de ce monde.

Je vais maintenant mentionner plusieurs des traits qui les distinguent; et s'il y a ici des personnes qui appartiennent à leur catégorie, elles vont se reconnaître aux traits que je vais indiquer.

 

1. Ils font ce que faisaient certaines personnes dont parle l'apôtre Paul : « ils se mesurent eux-mêmes par eux-mêmes, et se comparent eux-mêmes et eux-mêmes ; » aussi n'arrivent-ils jamais à la connaissance de la vérité

Il y a un très grand nombre de gens qui au lieu de prendre leur point de comparaison en Jésus-Christ et de faire de la Bible la règle de leur vie, procèdent manifestement d'une manière toute différente. La grande question pour eux est de savoir si, en fait de religion, ils font autant que telles ou telles personnes, ou que les membres des églises. auxquelles ils appartiennent. Leur but est de maintenir aux yeux des hommes une profession RESPECTABLE. Au lieu de rechercher sérieusement pour eux-mêmes ce que la Bible requiert réellement, et de se demander comment Jésus-Christ agirait en tel et tel cas, ils se contentent de regarder à la généralité de ceux qui font profession de christianisme, et si cette généralité approuve ce qu'ils font, ils sont satisfaits. Leur conduite prouve jusqu'à l'évidence que leur but n'est pas tant de faire ce que la Bible présente comme leur devoir, que de faire comme la grande majorité de ceux qui font profession d'être chrétiens ; ils veulent faire ce qui est respectable plutôt que ce qui est bien.

 

2. Ils ne songent pas à élever le niveau de la piété autour d'eux.

Ils ne sont pas troublés par le fait que le niveau générai de la piété est tellement bas dans l'église, qu'il est impossible d'amener la plupart des pécheurs à la repentance. Ils pensent qu'aujourd'hui ce niveau de la piété est assez élevé ; du reste, quel que soit ce niveau, il les satisfait toujours. Les vrais amis de Dieu et de l'homme se lamentent sur l'état de l'église, ils sont désolés de voir le niveau de sa piété si bas, et ils s'efforcent de la réveiller et de l'élever plus haut; mais les chrétiens dont nous parlons ne voient là qu'une disposition à la critique, au mécontentement, à l'inquiétude, penchant à créer de l'agitation et du trouble qui, disent-ils, dénote  un mauvais esprit. C'est exactement ce qui arrivait quand Jésus-Christ dénonçait les scribes, les pharisiens et les principaux de ceux qui faisaient profession le piété. « Il a un démon, » « Quoi ! ils dénonce. nos docteurs en théologie et tous nos hommes les plus excellents ; et même il ose appeler les scribes et les pharisiens les hypocrites, et il vient nous dire que si notre justice ne surpasse la leur, nous n'entrerons point dans le royaume les cieux. Quel mauvais esprit ! » .

Une grande partie de l'église actuelle parle de même et le même esprit que ces scribes et ces pharisiens. Tout efforts tenté pour ouvrir ses yeux et montrer aux chrétiens que leur vie est si misérable, si mondaine, si semblable à celle des hypocrites, qu'il est impossible de faire avancer l'oeuvre du Seigneur, — tout effort dans ce sens excite le blâme et l'irritation générale. « Oh ! dit-on, quel esprit de critique ! quel mauvais esprit ! que c'est peu aimable ! que nous voilà loin de l'esprit si humble, si doux, si bienveillant du Fils de l'homme ! » Ils oublient que Jésus-Christ a prononcé des anathèmes à faire trembler les collines de Juda, et cela précisément contre ceux qui avaient la réputation d'être les plus pieux du peuple. Ils parlent exactement comme si Jésus-Christ n'avait jamais rien dit de sévère à qui que ce soit; comme s'il avait comblé les scribes et les pharisiens de caresses et de flatteries pour les attirer dans son royaume. Y a-t-il donc quelqu'un qui ignore que c'était l'hypocrisie de ceux qui professaient la religion qui soulevait son âme, excitait son indignation et faisait jaillir ses dénonciations comme des torrents de feu ? Il se lamentait toujours sur ceux-mêmes qui étaient placés à la tête du peuple comme étant des modèles de piété, il les appelait hypocrites et faisait retentir contre eux les plus terribles paroles : « Serpents, race de vipères ! comment échapperez-vous au feu de la géhenne ! »

Quand on considère le grand nombre de ceux qui préfèrent la gloire des hommes à la gloire de Dieu, on ne -s'étonne pas que la vérité produise du trouble alors qu'elle est annoncée fidèlement. On est très satisfait du niveau actuel de la piété ; l'on pense, qu'avec tout ce. qui se fait pour les écoles du dimanche, les missions; les traités, etc., les choses vont admirablement bien et l'on s'étonne, que quelqu'un puisse demander davantage. Hélas ! hélas ! quel aveuglement ! On ne paraît pas s'apercevoir, qu'avec toutes ces bonnes oeuvres, les vies de la généralité de ceux qui font profession d'être chrétiens diffèrent presque autant du modèle que nous avons en Jésus-Christ que les ténèbres diffèrent de la lumière.

 

3. Les chrétiens dont nous parlons font une distinction entre certaines exigences de la loi de Dieu qui sont fortement appuyées par le sentiment public et d'autres qui ne le sont pas.

Ils sont très scrupuleux à observer les commandements de Dieu qui sont en faveur auprès du public, tandis qu'ils font volontiers abstraction de ceux que le sentiment public n'appuie pas. Les exemples en sont nombreux. Voyez comment on se conduit l'égard de l'oeuvre de la tempérance. En ce qui la concerne, que de gens qui font, pour obéir au sentiment public, ce qu'ils ne se résoudraient jamais à faire. pour l'amour de Dieu ou de leurs semblables ! Ces gens ont premièrement attendu de voir comment les choses tourneraient. Ils ne voulaient point d'abord qu'on leur parle, d'abandonner l'usage des liqueurs fortes, mais quand ils ont vu que cet abandon devenait populaire, et qu'ils pouvaient sans trop de peine se contenter d'autres boissons alcooliques, ils ont renoncé à ces liqueurs. Mais ils étaient décidés à ne pas faire plus que le sentiment public ne les obligerait de faire. Il montrent qu'en se joignant à la société de tempérance, leur but n'a pas été de pousser la réforme jusqu'au bout, de manière à tuer le monstre de l'intempérance, mais bien de maintenir leur bonne réputation. « Ils aiment mieux la gloire qui vient des hommes que la gloire qui vient de Dieu. »

Voyez encore, combien de gens qui gardent le jour du Seigneur non parce qu'ils aiment Dieu, mais parce que cela est respectable ! ils observent ce jour quand ils se trouvent parmi leurs connaissances ou dans un endroit où ils sont connus ; mais dès qu'ils sont dans quelque lieu où personne ne les connaît, ou encore dans quelque contrée où le travail du dimanche n'est pas mal noté, ils en profitent pour voyager ou pour faire leurs affaires ce jour-là.

Les personnes que je décris en ce moment s'abstiennent de tous les péchés qui sont réprouvés par l'opinion publique; mais elles se permettent beaucoup de choses tout aussi mauvaises que l'opinion publique ne réprouve pas ; de même, elles accomplissent tous les devoirs que sanctionne l'opinion publique, mais elles laissent de côté les autres. Ce sont des chrétiens qui suivent le culte public du dimanche, vu qu'il n'est pas possible de conserver sa réputation de piété sans cela ; mais ils négligent d'autres choses que la Parole de Dieu ordonne tout aussi péremptoirement. Quand un homme désobéit habituellement à un commandement de Dieu connu comme tel, l'obéissance qu'il semble rendre à Dieu sur d'autres points n'est qu'une trompeuse apparence car il n'agit pas par amour pour Dieu et par respect pour son autorité ; il désobéit à Dieu en ayant l'air de lui obéir ; il. n'obéit qu'à sa propre convenance ; cela est certain et de toute évidence. L'apôtre Jacques a nettement établi ce point : « Quiconque gardera toute la loi et bronchera en un seul de ses commandements est coupable à l'égard de tous, » c'est-à-dire qu'il n'en observe pas véritablement un seul. L'obéissance à un seul commandement de Dieu implique l'état d'un coeur totalement soumis à  Dieu ; et aucun acte extérieur, si parfaitement conforme à la loi de Dieu qu'il puisse être, n'est obéissance, à moins qu'il ne procède d'un cœur ainsi disposé. Quand donc, le cœur d'un homme est tel qu'il doit être, que Dieu commande n'importe quoi, cet homme regardera l'accomplissement de ce commandement comme plus important que toute autre chose. Celui qui regarderait, au contraire, quelqu'autre chose comme plus importante que l'accomplissement de ce commandement, serait un idolâtre ; son idole serait la chose préférée à l'accomplissement du commandement de Dieu.

Notre dieu, c'est la chose à laquelle nous tenons le plus, que ce soit notre réputation, notre bien-être, nos biens, notre respectabilité, peu importe. Quand un homme néglige. volontairement une chose sachant qu'elle est voulue de Dieu, ou voyant qu'elle est nécessaire pour avancer le règne de Christ, cherchez quel est le motif de sa conduite et vous. saurez quelle est son idole. Rien de ce qu'un tel homme peut faire ne saurait être agréable à Dieu. Toute sa religion n'est que celle du moi. et de l'opinion publique.

S'il est avéré qu'un homme néglige de faire une chose exigée par la loi de Dieu, parce que le sentiment public, ne la requiert pas ; ou qu'il fait une chose contraire à la loi de Dieu parce que le sentiment public la requiert ; il est dès lors démontré que dans sa conduite entière son obéissance s'adresse non pas à Dieu, mais à l'opinion publique.

Qu'en est-il de vous, bien-aimés ? Négligez-vous habituellement quelque commandement de Dieu parce qu'il ne serait point appuyé par le sentiment public ? Si vous faites profession d'être chrétien, il est à présumer que vous ne négligez pas l'observation de ceux des commandements de Dieu qui sont fortement appuyés par l'opinion publique ; mais comment vous conduisez-vous à l'égard des autres ? N'êtes-vous pas dans l'habitude de négliger quelque devoir ? Ne vivez-vous pas dans quelque habitude bien vue dans le. monde et que vous savez cependant être contraire à la loi de Dieu ? Si cela est, c'est la preuve sans réplique que vous regardez plus à l'opinion des hommes qu'au jugement de Dieu ; en ce cas, prenez note de votre véritable nom, écrivez HYPOCRITE.

 

4. A l'étranger les gens que je décris se permettent certains péchés qu'ils ne commettraient pas chez eux.

Maint homme, tempérant chez lui, toastera, verre d'eau de vie en main, quand il se trouvera à distance suffisante de sa demeure; sur le bateau à vapeur, vous le verrez à la buvette avalant son verre de liqueur sans aucune honte. En Europe, il ira au théâtre. Quand j'étais dans la Méditerranée, à Messine, un monsieur me demanda si je voulais aller au théâtre avec lui. « Quoi ! j'irais au théâtre ! Un ministre au théâtre ! » — « Mais, dit-il, vous êtes loin de chez vous, personne ne le saura. » — « Et Dieu, ne le saura-t-il pas ? » — Evidemment, il pensait que quoique je fisse un ministre, je pouvais aller au théâtre quand j'étais loin de mon pays. Il importait peu que Dieu le vit; pourvu que les hommes ne le vissent pas. Et d'où cette idée lui serait-elle venue, s'il n'avait pas vu des pasteurs agir d'après le même principe ?

 

5. Ils se livrent au péché en secret.

A ce trait; plusieurs personnes pourront reconnaître ce,qu'elles sont. Si vous vous livrez à quelque péché quand vous pouvez le commettre sans qu'aucun être humain en ait connaissance, sachez que Dieu le voit et qu'il a déjà inscrit votre vrai nom, HYPOCRITE. Vous craignez plus de déplaire aux yeux des hommes que de déplaire aux yeux de Dieu. Si vous aimiez Dieu par dessus tout, ce serait peu de chose pour vous que chacun connût vos péchés, en comparaison du fait que Dieu les connaît. Quand la tentation se présenterait, vous vous écrieriez : « Comment pourrais-je faire une pareille chose sous le regard de Dieu ? »

 

6. Ils se permettent des négligences et des omissions de devoirs qui ne risquent pas d'être découvertes.

Il se peut qu'ils ne commettent pas quelqu'un de ces péchés secrets particulièrement honteux dont on parle quelquefois. Mais ils négligent des devoirs  dont l'omission, si elle venait à être connue, compromettrait leur réputation de piété. Ainsi la prière secrète. Ils prendront la communion, — quelle communion ! — et paraîtront très pieux le jour du dimanche et cependant, quant à la piété secrète, ils n'en connaissent rien. - Leur cabinet de prière est inconnu de Dieu comme des hommes. Il est aisé de voir que leur réputation est leur idole ; ils craignent de perdre cette réputation plus que d'offenser Dieu.

Qu'en est-il de vous, bien-aimés? Est-ce un fait que vous omettez habituellement quelque devoir secret et que vous mettez plus de soin A accomplir vos devoirs publics que vos devoirs privés? S'il en est ainsi, à quelle classe de chrétiens appartenez-vous ? Avez-vous besoin qu'on vous le dise ?

« Vous aimez la gloire qui vient des hommes plus que la gloire qui vient de Dieu. »

 

7. Leur conscience parait s'être formée sur d'autres principes que ceux de l'Evangile.    

Leur conscience a de la sensibilité à l'égard des devoirs imposés par l'opinion publique et n'en a point pour les autres. Vous pouvez leur prêcher leur devoir et le leur démontrer aussi clairement que possible, le leur faire reconnaître, et même leur faire confesser que c'est bien là, en effet, leur devoir; ils n'en continueront pas moins à vivre exactement comme auparavant, aussi longtemps, du moins, que le sentiment public ne réclamera, pas l'accomplissement de ce devoir, et que ce ne sera pas pour eux affaire de réputation. Montrez-leur un : « Ainsi a dit le Seigneur, » faites-leur toucher au doigt que leur conduite est opposée à la  perfection chrétienne et contraire aux intérêts du royaume de Christ, ils ne changeront pas pour. cela. Il est clair que ce n'est pas aux exigences de la loi de Dieu qu'ils regardent, mais à celles de l'opinion publique.

 

8.  Ils ont, en général une crainte excessive d'être considérés comme fanatiques.

Ils ignorent pratiquement l'un des premiers principes de la religion, à savoir que LE MONDE ENTIER EST MAUVAIS, que le sentiment public de ce monde est entièrement opposé Dieu et que quiconque veut servir Dieu doit être prêt à heurter de front le sentiment public. Leurs yeux n'ont jamais été ouverts sur ces vérités élémentaires. — Les voies de Dieu sont diamétralement opposées à celles de ce monde; il est en conséquence vrai, et il l'a toujours été, que « tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ, Jésus, seront persécutés » (2 Tim III:12). Ils seront appelés fanatiques, superstitieux, exagérés, etc., ils l'ont toujours été et le seront toujours, aussi longtemps que le monde sera mauvais.

Mais ces chrétiens de nom n'iront jamais plus loin que le permettent les opinions des gens du monde. Ils prétendent être obligés d'adopter telle ou telle façon d'agir mondaine pour ne pas compromettre leur influence. Qu'elle est différente la conduite des vrais amis de Dieu et de l'homme ! Leur but suprême est de renverser l'ordre que suivent les choses de ce monde, de tourner ce monde entier sens dessus dessous,  d'amener tous les hommes à obéir à Dieu, toutes les opinions des hommes à se conformer à la Parole de Dieu, et tous les usages et institutions de ce monde à se mettre d'accord avec l'esprit de l'Evangile.

 

9. Les chrétiens dont nous parlons sont toujours très désireux de se faire des amis  des deux côtés, du côté de Dieu et du côté du monde.

Ils prennent toujours une voie moyenne. D'un côté, ils évitent de paraître justes à l'excès ; de l'autre, ils évitent de paraître relâchés ou irréligieux. C'est ainsi que, dans tous les siècles, on a pu faire profession de piété sans jamais être taxé de fanatisme. Le niveau général de la piété est toujours si  bas que la plupart probablement dans nos églises protestantes s'efforcent de suivre une voie moyenne entre le monde et Dieu. Ils veulent avoir des amis des deux côtés. Ils ne veulent pas être comptés parmi les réprouvés, mais ils ne veulent pas non plus passer pour fanatiques ou pour bigots. Ce sont des chrétiens à la mode, des chrétiens « comme il faut. » On peut les appeler ainsi pour deux raisons. Premièrement parce que leur façon de pratiquer la religion est populaire, à la mode; secondement, parce qu'ils suivent en général les modes du jour. Le but de leur religion est de ne rien faire qui soit contraire aux goûts du monde: Peu importe ce que Dieu demande; ils sont décidés à rester prudents, à ne pas s'attirer les censures du monde et .à ne pas offenser les ennemis de Dieu. Ils ont évidemment plus d'égard pour les boraines que pour Dieu; s'ils ont à choisir entre déplaire à leurs amis et à leurs voisins et offenser Dieu, ils offenseront Dieu.

 

10. Ils feront plus pour gagner les applaudissements des hommes: que pour avoir l'approbation de Dieu.

Cela résulte du fait déjà établi qu'ils ne veulent rendre obéissance qu'aux commandements de Dieu qui sont appuyés par l'opinion publique. Ils refusent de pratiquer le renoncement pour obtenir l'approbation de Dieu, mais ils pratiqueraient les plus grands renoncements pour gagner les applaudissements des hommes. Ils ont abandonné l'usage des liqueurs fortes parce que le sentiment public le demandait et ils iraient jusqu'à abandonner le vin si un sentiment public assez fort leur en faisait un devoir, mais ils ne le feraient pas auparavant.

 

11. Ce que les hommes pensent d'eux les préoccupe beaucoup plus que le jugement que Dieu porte sur eux.

Si l'un d'entre eux est pasteur et prêche un sermon, il s'inquiète beaucoup plus de savoir ce que le public pense de sa prédication que de savoir ce que Dieu en pense ; et s'il a échoué ou commis quelque bévue, la défaveur des hommes est pour lui dix fois pire que la pensée d'avoir déshonoré Dieu ou empêché le salut des âmes. Vous pourrez faire la même observation au sujet de tout ancien ou membre d'église appartenant à cette même classe de chrétiens ; si l'un d'eux prie ou exhorte dans une réunion, il est plus préoccupé de savoir ce que l'on pense de lui que de savoir s'il est agréable à Dieu.

Si un tel homme a quelque péché secret qui vienne à être découvert,l'opprobre qui en résulte pour lui l'attriste beaucoup plus que la pensée d'avoir déshonoré Dieu.

Quand une femme de cette catégorie vient à l'église elle se préoccupe plus de son extérieur, de sa toilette et de reflet qu'elle produit sur le public, que de l'état de son coeur devant Dieu. On la verra, toute la semaine occupée à des préparatifs qui tendent à la faire paraître à son avantage devant les hommes, le dimanche suivant, et peut-être ne passera-t-elle pas une demi-heure dans son cabinet afin de préparer son coeur à paraître en la présence de Dieu. Que cette religion-là soit dépouillée de son masque et chacun voit aussitôt ce qu'elle vaut Son vrai nom est HYPOCRISIE, personne n'en doute. De telles gens iront dans la maison de Dieu le coeur noir comme les ténèbres de l'enfer, et tout dans leur extérieur, jusqu'aux plus petits détails, sera décent, gracieux, magnifique. Il faut qu'ils aient belle apparence aux yeux des hommes ; après cela, peu leur importe l'état de cette partie de leur être sur laquelle Dieu arrête ses regards. Que leur coeur soit noir, en désordre, souillé, ils ne s'en mettent pas en peine aussi longtemps que l'oeil de l'homme n'y découvre aucune tache.

 

12. Ils refusent de confesser leurs péchés de la manière requise par la loi de Dieu, de peur de perdre leur réputation.

Quand on les presse de confesser leurs fautes plus qu'ils ne jugent convenir à leur réputation, ils sont fort en peine sujet du tort que cela peut leur faire dans l'opinion du public; mais que Dieu soit satisfait ou non, cela leur importe beaucoup moins.

Vous qui avez fait des confessions de péché, sondez vos coeurs. Qu'est-ce qui vous préoccupe le plus, ce que Dieu en a pensé on ce que les hommes en ont pensé ? Avez-vous refusé de faire la confession que Dieu demandait, parce qu'ils en coûtait trop à votre réputation ? Dieu ne jugera-t-il pas vos cœurs? Soyez sincères et répondez à ces questions.


13. Ils se soumettent à des coutumes qu'ils savent préjudiciables à la cause de Christ et au bonheur de l'humanité.

Une preuve frappante de cette assertion est la manière dont on célèbre ici le premier de l'an. Qui ne sait que cette profusion de vins fins et de gâteaux, ces somptueux festins, et tout l'emploi que l'on fait de cette journée, n'est que gaspillage d'argent, de santé et de temps, et que tout cela  est fort préjudiciable à l'âme et aux intérêts du royaume de Dieu ? Et cependant l'on suit la coutume. Mais qui au monde osera dire que ceux qui la suivent, et qui la SAVENT mauvaise aiment Dieu par dessus tout ? Je ne m'inquiète pas de savoir qui essaye de défendre une pareille coutume; elle est mauvaise, chaque chrétien doit savoir qu'il en est ainsi, et ceux qui y persistent la sachant mauvaise montrent avec une parfaite évidence que la volonté de Dieu n'est point la règle de leur vie,

 

14. Pour obéir à l'opinion publique ils feront beaucoup d'autres choses qui ont, même à leurs propres yeux, un caractère des plus douteux.

Vous vous le rappelez, je traitai ce sujet le soir du premier jour de l'an et je vous montrai que ceux qui font une chose sans être convaincus de sa légitimité sont condamnés devant Dieu.

 

15. Ils ont souvent « honte » de leur devoir, et tellement honte qu'ils ne le font pas.

Quand quelqu'un a tellement honte de faire ce que Dieu commande, qu'il ne le fait pas, il est bien clair que sa réputation est son idole. Combien de gens qui ont honte de reconnaître Jésus-Christ, honte de reprendre le péché chez. ceux qui sont haut placés, honte aussi de le reprendre chez d'autres, honte de parler quand la religion est attaquée ! S'ils regardaient à Dieu avant tout, le respectant et l'honorant par dessus tout, pourraient-ils jamais avoir honte de faire ce qu'il commande ? Si un homme voit sa femme calomniée, aura-t-il honte de la défendre? S'il voit ses enfants insultés, aura-t-il honte de prendre leur parti ? Ou s'il aime le gouvernement de son pays et qu'il l'entende calomnier, aura-t-il honte de le défendre? Il se peut qu'il juge convenable de se taire pour d'autres raisons, mais s'il est un vrai ami de ce gouvernement, il n'aura jamais. « honte » de parler en sa faveur, où que ce soit qu'il se trouve.

Les personnes dont je parle ne prennent pas une position franche quand elles se trouvent au milieu des ennemis de la vérité; quand elles sont au contraire avec ses amis, elles sont pleines de hardiesse et font grand étalage de leur courage. Cependant vienne l'épreuve, elles vendront le Seigneur Jésus-Christ, elles le renieront devant ses ennemis, elles l'exposeront publiquement à l'ignominie. Oui ! elles le trahiront plutôt que de reprendre le méchant, plutôt que de défendre sa cause au milieu de ses ennemis.

 

16. Ces mêmes chrétiens s'opposent à toute nouvelle lumière sur des sujets pratiques qui menacent de leur imposer de nouveaux sacrifices.

Ils sont troublés par toute nouvelle proposition qui risque. d'entamer leur bourse et de porter atteinte à leur complaisance envers eux-mêmes. Vous pouvez parler longtemps, prêcher autant que vous voudrez en faveur de votre proposition, c'est peine perdue, il n'y a qu'un seul moyen d'atteindre cette sorte de gens, c'est de créer un sentiment public nouveau capable d'agir sur eux. Quand, en vous adressant à la conscience et avec la puissance que donne l'amour, vous aurez gagné assez de membres de la communauté pour créer un fort mouvement d'opinion en faveur de votre proposition, ils l'adopteront en effet, mais non pas auparavant.

 

17. Ils sont toujours en détresse au sujet de ce qu'ils appellent les exagérations religieuses de notre temps.

Ils craignent que ces « exagérations » ne détruisent l'église. Ils disent que nous poussons les choses trop loin, que cela produira une réaction, etc. (1).

(1) Ici Finney cite un exemple concernant la réforme de la tempérance en Amérique. Nous l'omettons, vu que ce qu'il en dit ne s'applique évidemment pas à nos contrées. (Trad.)

 

18. Tant que des choses, des mesures, des hommes sont critiqués et impopulaires, ils s'y opposeront ; mais que ces mêmes choses, ces mêmes mesures, ces mêmes hommes deviennent populaires, ils en seront partisans.

Qu'un homme parcoure les églises pour les réveiller, tant qu'il est peu connu, ils ne se font pas faute de parler contre lui ; mais qu'il fasse son chemin, qu'il acquière de l'influence, ils sont alors ses partisans ; ils le louent, ils le recommandent, ils professent être ses plus chauds amis. Il en était ainsi à l'égard de Jésus-Christ. Avant d'être conduit au Calvaire, il eut quelque popularité ; quand il parcourait les rues, les multitudes le suivaient en criant: « Hosanna, hosanna! » Mais remarquez-le, elles ne le suivirent pas un instant de plus que ne dura sa popularité. Dès qu'il fut arrêté comme un criminel, elles lui tournèrent le dos et commencèrent à crier : « Crucifie-le ! crucifie-le »

Les chrétiens dont nous parlons sont tour à tour emportés et ramenés par le flot de l'opinion publique; emportés par le flot de la critique et du blâme contre celui que le sentiment public désavoue ; et ramenés à lui par le flot de la louange et des honneurs quand le sentiment public le veut ainsi. A cela, il n'y a qu'une exception, je veux parler du cas où ils se sont tellement avancés dans leur opposition qu'ils ne peuvent plus battre en retraite sans se couvrir de confusion. Dans ce cas, ils garderont le silence, jusqu'à ce qu'une autre occasion se présente de laisser déborder un peu de l'amertume qui fermente au fond de leur coeur.

Très souvent quand un réveil commence dans une église, certains membres de l'église lui sont opposés. Ce qui se passe ne leur plait pas ; ils craignent beaucoup ce qu'ils appellent de l'excitation charnelle. Mais que l'oeuvre continue et grandisse, et peu à peu ils semblent y entrer ; ils suivent la multitude. Si plus tard, au contraire, le réveil commence à baisser, si l'église redevient froide, il ne se passera pas longtemps avant qu'on voie cette classe de chrétiens renouveler leur opposition, et plus l'église déclinera, plus ils manifesteront leur opposition aux réveils, tellement qu'à la fin peut-être ils amèneront l'église entière à se prononcer contre ce même réveil qui l'avait tant réjouie. C'est là exactement la conduite qu'ont tenue certains chrétiens dans les réveils de cette contrée-ci. Et il y a beaucoup d'exemples d'une semblable conduite. Pleins de respect et de crainte devant l'opinion publique, ces chrétiens s'inclinent devant le réveil quand il est dans sa puissance ; mais quand il décline, ils montrent de plus en plus l'opposition de leurs coeurs.

Il en a été exactement de même quant à la cause des missions. Et si celle-ci éprouvait quelque revers assez fâcheux pour ébranler l'appui que le sentiment public lui donne, vous verriez aussitôt la foule de ses amis qui ne paraissent qu'aux jours du bonheur se joindre à l'opposition naissante.

 

19. Si l'on propose quelque mesure à prendre pour avancer le règne de Dieu, ils se montrent très délicats et très scrupuleux dans leur crainte que l'on ne fasse quelque chose d'impopulaire.

S'ils habitent une ville, ils demandent ce que les autres églises penseront de cette mesure ; et s'il parait probable qu'elle attirera des reproches à leur église ou à leur pasteur, soit devant le monde, soit devant les églises, les voilà dans la plus grande anxiété. Peu importe le bien que cela pourra faire, peu importent toutes les âmes qui pourront être sauvées, ils ne veulent, pas que l'on fasse quoi que ce soit qui puisse porter atteinte à LA RESPECTABILITÉ de leur église.

 

20. Cette classe de personnes n'a jamais pour but de créer un sentiment public favorable à la parfaite piété.

Les vrais amis de Dieu et de l'homme ont toujours pour but de former le sentiment public, de le redresser partout où il est en faute. Ils se mettent de tout leur coeur à l'oeuvre pour réformer le monde, pour déraciner et bannir de la terre toute espèce de mal. Mais les personnes dont nous parlons suivent toujours le sentiment public, ayant bien garde de s'éloigner de tout ce qui va à l'encontre de ce sentiment, et étant toujours prêtes à gratifier du titre d'imprudent ou de téméraire tout ce qui, homme ou chose, s'oppose au grand courant de l'opinion publique et s'efforce de lui faire prendre une autre direction.

 

REMARQUES

 

1. Il arrive aisément que certaines gens se savent bon gré de leurs péchés ; et en appréciant leurs propres actes, appellent piété ce qui n'est au fond qu'hypocrisie.

Ces gens font certaines choses qui extérieurement appartiennent à la piété et ils se persuadent qu'ils sont pieux, quand en réalité leurs motifs ne sont tous fausseté et corruption, pas un seul de ces motifs ne procédant d'un souverain respect pour l'autorité de Dieu. Tout cela est rendu manifeste par le fait qu'ils ne font rien de ce que Dieu commande à moins que ce ne soit appuyé par le sentiment public.

Si vous n'avez pas pour but de faire TOUT votre devoir, de rendre obéissance à Dieu EN TOUTE CHOSE, la piété que vous prétendez avoir n'est que pure hypocrisie et péché. contre Dieu.

 

2. Il y a, dans l'église, beaucoup plus de piété apparente que de piété réelle.

 

3. Il y a beaucoup de choses que les pécheurs supposent bonnes et qui sont abominables aux yeux de Dieu.

 

4. Si l'amour de la réputation et la crainte du déshonneur ne les retenaient, combien n'y a-t-il pas de membres de l'Eglise qui se jetteraient ouvertement dans l'apostasie !

 

Combien y a-t-il de personnes ici qui savent qu'elles se livreraient ouvertement au vice, n'étaient les barrières qu'y opposent l'opinion publique, la crainte du déshonneur et le désir de passer pour vertueux ?

Quand une personne pratique la vertu par respect pour l'autorité de Dieu, que le sentiment public y soit contraire ou favorable, c'est de la vraie piété. Celui qui a d'autres mobiles reçoit ici-bas toute sa récompense ; il agit pour acquérir l'approbation des hommes, il l'aura ; mais s'il espère recevoir quelque récompense auprès de Dieu, il sera sûrement désappointé. La seule récompense que Dieu décernera à un tel homme, égoïste et hypocrite, sera la condamnation éternelle.

Et maintenant, je désire savoir combien d'entre vous sont déterminés à faire leur devoir, tout leur devoir, suivant en toutes choses toute la volonté de Dieu, quel que puisse être le sentiment public. Qui d'entre vous s'engage à prendre la Bible pour règle et Jésus-Christ pour modèle, à faire ce qui est BIEN dans tous les cas, n'importe ce qu'homme au monde peut dire ou penser ? Quiconque n'est pas résolu à faire cela, doit se regarder comme étranger à la grâce de Dieu. Il n'est nullement en état de justification.

Vous, chrétiens de nom, pécheurs impénitents qui êtes ici présents, vous voyez ce que c'est que d'être chrétien. C'est être gouverné non par le sentiment public, mais par l'autorité de Dieu ; et cela, en TOUTES CHOSES ; ce n'est point être mu par des espérances et des craintes, c'est vivre dans une entière consécration de sa personne à Dieu. Vous voyez que si vous voulez être chrétiens vous devez calculer la dépense. Je ne veux pas vous flatter, ni essayer de vous amadouer pour vous gagner à la religion, en vous cachant la vérité. Si vous voulez être chrétiens vous devez vous donner vous-mêmes totalement à Jésus-Christ. Impossible d’arriver au ciel si vous vous laissez guider par le sentiment public.

Vous demandez, pécheurs, ce qu'il adviendra de tous ces gens qui professent la religion, et qui se conforment au monde et aiment la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu. Je réponds : Ils vont, en enfer avec vous et avec tous les autres hypocrites, c'est exactement aussi certain qu'il est certain que l'amitié du monde est inimitié contre Dieu.

« C'est pourquoi, sortez du milieu d'eux mon peuple et vous en séparez, et je vous recevrai, dit le Seigneur ; je vous serai pour Père et vous serez mes fils et mes filles. Et maintenant, qui veut le faire ? Parmi les membres de l'église, et parmi ceux qui ne le sont pas, qui veut le faire.? « Qui est pour le Seigneur ? » Qui veut faire cette déclaration : « Nous ne voulons pas marcher plus longtemps avec la multitude pour faire le mal, nous sommes résolus à faire la volonté de Dieu en toutes choses, quelle qu'elle soit et quoi que le monde puisse penser et dire de nous. Que tous ceux d'entre vous qui veulent faire cette déclaration le témoignent en se levant à leur place devant cette congrégation ; puis qu'ils se mettent à genoux, pendant que nous prierons, demandant à Dieu qu'il accepte et scelle leur engagement solennel de lui obéir désormais en toute chose, à travers la mauvaise comme à travers la bonne réputation:

 


 

VIII° DISCOURS

 

LA CONFORMITE AU MONDE.

 

« Ne vous conformez pas au monde. » Rom XII, 2.

 

Je traiterai ce sujet dans l'ordre suivant :

I. Je montrerai quel n'est pas le sens de notre texte.

II. Quel en est le sens.

III. Je mentionnerai quelques-unes des raisons de ce commandement.

IV. Je répondrai à quelques objections.

 

I.

Ce commandement ne signifie pas que les chrétiens ne doivent pas profiter des arts utiles, des inventions qui se font dans le monde et de tous les perfectionnements qu'on y apporte. C'est non-seulement le privilège, c'est encore le devoir des amis de Dieu de les utiliser pour le service de leur Maître.

 

II.

 

Je veux montrer ce que signifie le commandement donné dans notre texte.

Il veut dire que les chrétiens sont tenus de ne point se conformer au monde dans les trois ordres de choses que je vais mentionner. (Je n'en mentionne que trois, non qu'il n'y en ait beaucoup d'autres dans lesquels les chrétiens ne doivent pas se conformer au monde, mais parce que ces trois ordres de choses sont tout ce que je puis examiner ce soir, vu le temps dont je dispose, et ensuite parce qu'il est particulièrement nécessaire à notre époque d'appeler l'attention sur ces trois ordres de choses-là.) Ces trois ordres de choses sont :

LES AFFAIRES, LA MODE, LA POLITIQUE trois départements de la vie dans lesquels le chrétien ne doit ni recevoir les maximes, ni adopter les principes, ni suivre les pratiques des gens du monde.

 

III.

 

Je mentionne quelques-unes des raisons du commandement : « ne vous conformez, pas au monde. »

 

Vous ne devez nullement agir d'après les mêmes principes, ni pour les mêmes motifs, ni par les mêmes moyens que le monde, soit dans les affaires, soit en ce qui concerne la mode, soit encore dans la politique. J'examinerai les raisons du commandement à l'égard de chacune de ces trois sphères de la vie considérée séparément :

 

Premièrement, à L'ÉGARD DES AFFAIRES.

 

1. La première raison de ne pas nous conformer au monde dans les affaires, c'est que le principe du monde n'est autre qu'un égoïsme absolu.

Cela se voit partout dans les affaires ; le monde ne connaît ici d'autres maximes et d'autres motifs que ceux du plus pur égoïsme; il règle les affaires sans le moindre égard pour les commandements de Dieu, sans le moindre souci pour sa gloire et sans se préoccuper davantage du bonheur d'autrui. Les habitudes, les usages des gens d'affaires procèdent tous d'un égoïsme extrême. Qui ne sait qu'en faisant un marché les hommes d'affaires de ce monde consultent leur propre intérêt, cherchent leur propre bénéfice, et non pas le bénéfice de ceux avec lesquels ils traitent: ? Qui a

jamais vu un mondain, homme d'affaires concluant un marché ou poursuivant une affaire quelconque en vue de procurer du bénéfice à ceux avec lesquels il traite ? — Cela ne se voit jamais ; c'est toujours pour son propre bénéfice - qu'agit un tel homme. Les chrétiens peuvent-ils agir ainsi ? — Ils sont tenus d'agir par un principe tout opposé : « Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres (Philipp. II :4). » Ils sont appelés à suivre l'exemple de Jésus-Christ. Jésus-Christ fit-il jamais un marché en vue de son propre avantage ? Et ses disciples adopteraient le principe du monde, un principe qui renferme en lui-même la « semence de l'enfer ! » Si les chrétiens agissent de la sorte, n'est-ce pas le plus chimérique des rêves que de croire que le monde va se convertir à l'Evangile ?

 

2. Ce commandement nous est donne parce que la conformité au monde est totalement opposée à l'amour pour Dieu et pour l'homme.

Le monde des affaires tout entier ne reconnaît d'autre amour que l'amour de soi. Passez en revue tous les rangs de l'armée des hommes d'affaires, depuis le marchand de sucre candi qui dresse sa petite table au coin des rues jusqu'au plus grand négociant en gros ou armateur des Etats-Unis, et vous verrez que le même principe les dirige tous : acheter aussi bon marché et vendre aussi cher que l'on peut ; tout d'abord prendre bien soin de sa propre maison. Autant que le permettent les règles vulgaires de l'honnêteté, chercher son intérêt personnel sans se préoccuper de l'intérêt d'autrui. qui sont étrangers à la piété reconnaîtront que c'est bien là, en effet, le principe d'après lequel se font les affaires en ce monde. Maintenant, que penser de ce principe? Est-il d'accord avec la sainteté, avec l'amour de Dieu et de l'humanité, avec l'esprit de l'Evangile, avec l'exemple de Jésus-Christ ? Peut-on tout à la fois se régler sur un tel principe et aimer Dieu? — Impossible 1 Deux choses ne peuvent pas être plus contraires l'une à l'autre. Les chrétiens ne peuvent donc en aucune façon se conformer, quant aux affaires, aux maximes du monde.

 

3. Les règles et les principes que le monde suit dans les affaires, sont directement opposés à l'Evangile, à l'esprit que montre Jésus-Christ et aux enseignements qu'il donna et que tous les siens doivent suivre, sous peine de se perdre éternellement.

Quel fut l'esprit que Jésus-Christ montra sur la terre? Ce fut l'esprit de bienveillance et de renoncement, l'esprit de celui qui se sacrifie pour faire du bien aux autres. Il montra le même esprit que Dieu le Père qui trouve un bonheur infini à sortir de lui-même et à satisfaire son coeur plein de bienveillance en faisant du bien à ses créatures. C'est en cela que consiste la religion de l'Evangile; être semblable à Dieu, non seulement faire le bien mais jouir de faire le bien, trouver son bonheur à sortir de soi-même pour faire le bien d'autrui. C'est ce qu'exprime cette parole: « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir ; » et c'est ce qu'ordonne ce commandement: « Ne regardez pas chacun à votre propre intérêt, mais que chacun regarde aussi à l'intérêt des autres. » Mais quelle est la maxime du monde en fait d'affaires? Elle est : « Chacun pour soi. » Et elle a été inventée par des gens qui étaient aussi étrangers à la connaissance et à la pratique de l'Evangile que peuvent l'être les païens eux-mêmes. Comment les chrétiens pourraient-ils adopter de pareilles maximes?

 

4. Se conformer au monde dans les affaires c'est se mettre en flagrante contradiction arec les engagements que l'on prend en entrant dans l'Eglise.

Quel est l'engagement que vous prenez en entrant dans l'Eglise ? N'est-ce pas de renoncer au monde et de vivre pour Dieu, d'être conduits par l'Esprit de Jésus-Christ, d'avoir pour Dieu un amour suprême, de renoncer à vous-même et de vous consacrer au service de Dieu et au bien de vos semblables? Ne faites-vous pas alors profession de ne point aimer le monde et ses pompes, ses honneurs et ses richesses? A la table de la communion, en recevant le corps du Sauveur rompu pour vous, ne déclarez-vous pas les mêmes choses? Et ensuite, que faites-vous? Vous vous en allez et vous suivez les principes et les règles de ceux dont la vie, la volonté et le but avoués sont d'aimer le monde, de gagner le monde et de jouir du monde! Si vous ne vous repentez, vous périrez éternellement. Les chrétiens de profession qui se conforment au monde iront tout aussi certainement en enfer que les pires incrédules; leur condamnation est aussi certaine que celle des plus grands scélérats. Ils sont doublement coupables. Ils se sont engagés solennellement devant Dieu à suivre le chemin qui mène à la vie, puis ils se sont mis, dans leurs affaires, à suivre les principes de ce monde; il est évident qu'ils sont de misérables parjures.

 

5. La conformité au monde est si évidemment contraire aux principes de l'Evangile, que lorsque les pécheurs la rencontrent chez ceux qui font profession de christianisme, elle les empêche de comprendre la nature et le but de L'Evangile.    

Comment, en effet, dans de telles conditions, les pécheurs comprendraient-ils que le but de l'Evangile est d'élever les hommes au-dessus de l'amour du monde, au-dessus de l'influence du monde, de les placer sur un terrain plus élevé, de leur apprendre à vivre d'après des principes totalement différents ? Comment les pécheurs comprendraient-ils ce que sont les dispositions d'une âme toute remplie de la vie du ciel, comment connaîtraient-ils le renoncement à soi-même, la bienveillance, etc. ?

 

6. C'est cet esprit de conformité au monde qui a chasse de l'Eglise l'amour de Dieu.

Voyez ce nouveau converti, il est bouillant de zèle, l'amour de Dieu remplit son coeur et s'échappe de ses lèvres en paroles de feu. Que lui importe le monde! Appelez son attention sur ses richesses, ses plaisirs, ses honneurs, et engagez-le à les poursuivre, vous ne réussirez qu'à exciter son dégoût. Mais mettez-le dans les affaires, laissez-le pendant une année faire du négoce selon les principes admis dans le monde, et vous ne reverrez plus en lui ce brûlant amour de Dieu qui remplissait son coeur; sa religion ne sera plus pour lui qu'un devoir; religion sèche, maigre, sans influence; tout autre chose que cet ardent amour de Dieu qui pousse aux actes de bienveillance. J'en appelle à tout homme ici présent, et si ma voix était assez forte j'en appellerais à tous ceux qui professent être chrétiens dans cette ville, et je demanderais : N'en est-il pas ainsi? Et si quelqu'un me répondait : « Non, il n'en est pas ainsi, » cette réponse prouverait seulement que celui qui la fait n'a jamais su ce que c'est que le feu du premier amour chez un nouveau converti:

 

7. Cette conformité au monde dans les affaires est un des plus grands obstacles à la conversion des pécheurs.

Que pensent, en effet, les incrédules quand ils voient que ceux qui se disent chrétiens et prétendent croire ce que la Bible enseigne, n'en recherchent pas moins les biens de ce monde tout aussi ardemment que tous les autres hommes, faisant les meilleurs marchés, achetant au plus bas prix et vendant aussi cher que les plus zélés serviteurs de Mammon ? Ce qu'ils pensent ? — Je puis, moi, vous le répéter. Ils disent: « Ces chrétiens font exactement comme nous tous, ils suivent les mêmes principes ; « chacun pour soi » est leur devise tout aussi bien que celle de tout le monde ; ils marchandent comme les autres et placent leur argent à aussi gros intérêts que qui que ce soit. » Et ces accusations ne sont pas des calomnies. C'est un fait notoire que la plupart des membres des églises recherchent le monde et les choses qui sont au monde, au même degré, avec le même esprit et selon les mêmes maximes que ceux d'entre les incrédules qui passent pour honnêtes et humains. Le mondain dit « Voyez ces chrétiens, je ne vois pas qu'ils soient en rien meilleurs que moi, ils vont tout aussi loin que moi en fait de recherche des biens terrestres. » Si ceux qui professent être chrétiens agissent selon les mêmes principes que les gens du monde, aussi vrai que l'Eternel est vivant, ils auront le même salaire. Ces chrétiens sont inscrits au livre de Dieu comme de noirs hypocrites, attendu qu'ils prétendent être des amis de Dieu tandis qu'ils aiment le monde. Aimer le monde c'est être ennemi de Dieu.-

 

8. Une autre raison du commandement : « Ne vous conformez pas au monde » est l'influence salutaire, instantanée, immense, qu'auraient ceux qui professent le christianisme s'ils se mettaient à conduire leurs affaires d'après les principes de l'Evangile.

Voyez, en effet, ce qui arriverait si, pendant une année, les chrétiens se réglaient dans leurs transactions commerciales d'après les principes de l'Evangile. Le retentissement en serait plus grand que celui du tonnerre ; le monde en serait ébranlé. Que les incrédules voient ceux qui professent le christianisme, consulter en toute affaire le bien de la personne avec laquelle ils traitent, cherchant l'intérêt d'autrui autant que le leur vivant au-dessus du monde, ne lui attribuant d'autre valeur que celle d'un instrument pour glorifier Dieu ; — quel ne serait pas l'effet d'une conduite pareille ?

Quels effets vit-on se produire à Jérusalem quand tous les chrétiens renoncèrent à leurs affaires particulières pour se donner sans réserve à l'oeuvre du salut du monde ? Ce n'étaient que quelques pêcheurs ignorants et quelques humbles femmes, mais ils mirent le monde sens dessus dessous. Que l'Eglise fasse de même maintenant et le monde sera couvert de confusion et accablé sous la conviction de péché. Oui ! que seulement l'église s'élève au-dessus du monde et traite les affaires d'après les principes de l'Evangile, chacun cherchant non pas seulement ses propres intérêts mais aussi les intérêts des autres, et l'incrédulité cachera, sa tête, l'hérésie sera arrachée de l'Eglise et l'esprit d'amour, esprit délicieux, béni entre tous, se répandra sur le monde comme les vagues de la mer.

 

Secondement. Raisons pour fuir toute conformité au monde EN CE QUI CONCERNE LA MODE

 

Pourquoi est-il commandé aux chrétiens de ne pas suivre les modes du monde ?

 

1. Parce qu'elles sont diamétralement opposées à l'esprit de l'Evangile, et que les suivre, c'est mettre son affection aux choses de la terre.

Qu'est-ce que « avoir ses pensées aux choses de la terre » si ce n'est pas entr'autres choses suivre la mode, qui, semblable à la marée, ne cesse son mouvement de va et vient, changeant toujours ses formes et renouvelant sans cesse les attraits de ce monde? Il y a de grands commerçants, des possesseurs de grandes fortunes qui se vantent de n'avoir aucun souci de la mode; ils sont occupés de tout autre chose et ils laissent le soin des modes à leur tailleur, c'est son affaire et l'on compte qu'il fera tout pour le mieux. Mais représentez-vous que ce tailleur fasse un habillement hors de mode, l'on verrait alors si ces messieurs ne font aucun cas de la mode. et s'ils voudraient encore employer le même tailleur. Pour le moment, il est vrai, ils ne s'occupent pas beaucoup de la mode; ils ont de plus hautes ambitions, aussi pensent-ils  que prêcher sur la mode c'est abaisser la dignité de la chaire chrétienne. Ils oublient que  pour la plus grande partie de l'humanité, la mode est la chose essentielle. La plus grande partie de ceux qui composent l'Eglise ne sont pas riches et ne s'attendent pas à le devenir ; leur grande affaire c'est d'avoir un extérieur « respectable, » et d'élever leur famille d'une manière « respectable; » ce qui veut dire de suivre la mode. Les neuf dixièmes de la population ne regardent jamais plus haut que cela : faire comme le monde, c'est-à-dire suivre la mode. Pour y parvenir, aucun effort, aucun sacrifice ne leur coûte ; tout leur coeur est là, c'est pour cela qu'ils vivent.

 

Le grand négociant, l'homme opulent, le personnage important se trompent donc s'ils pensent que la mode soit une petite chose. La très grande majorité des gens ont toute leur attention, tout leur coeur tourné vers cet objet : dans leurs vêtements, leur mobilier, et le reste, imiter les gens à la mode, les gens respectables, comme on dit.

 

2. Se conformer au monde est contraire à la profession chrétienne.

Quand on se joint à l'église on fait profession d'abandonner cet esprit qui a donné naissance à la mode. On déclare renoncer aux « pompes et aux vanités du monde, » se repentir de son orgueil, vouloir désormais suivre celui qui fut « doux et humble de coeur, » et vivre pour Dieu.

Après cela, que fait-on? On suit la mode et souvent avec une ardeur extrême ; on n'acceptera rien qui ne soit à la dernière mode; de sorte qu'une faiseuse de robes qui par motif de conscience refuserait de suivre la mode ne pourrait pas gagner son pain. Oui, c'est un fait, une couturière en robes ne peut trouver du travail, même auprès des dames qui font profession d'appartenir à Jésus-Christ, à moins qu'elle ne suive la mode dans toutes ses extravagances ; Dieu sait qu'il en est ainsi ; et ces couturières doivent abandonner leur gagne-pain si leur conscience ne leur permet pas de suivre tous les caprices de la mode.

 

3. Cette conformité au monde dans l'obéissance à la mode est une franche et complète approbation donnée à l'esprit du monde.

Quelle est en effet la raison d'être de tout ce changement de décors, de tout cet éclat, de tout ce somptueux étalage? C'est l'amour de la louange et des applaudissements. Et quand les chrétiens suivent la mode, ils affirment par là, autant qu'il est en eux, l'innocence de cet amour de la vaine gloire. Tout ce gaspillage d'argent, de temps et de pensées, tout ce soin qu'on prend de la vanité, toute cette pâture qu'on lui donne, et cet amour, cette passion. des applaudissements, l'église innocente tout cela; elle y met le sceau de son approbation quand elle se conforme au monde.

 

4. En suivant les modes du monde les chrétiens montrent qu'ils aiment le monde.

Ils montrent par leur conduite qu'ils aiment le monde, exactement comme les incrédules le montrent par la même conduite. En suivant, comme eux, les modes, ils démontrent avec évidence qu'ils sont mus par le même principe, l'amour de la mode.

 

5. Quand les chrétiens de profession se conduisent ainsi, ils montrent avec la plus grande évidence qu'ils aiment la gloire qui vient des hommes.

Ils montrent qu'ils aiment l'admiration et la flatterie exactement comme les pécheurs. N'est-il pas clair que c'est se mettre en contradiction avec le principe chrétien, que de chercher ces choses mêmes qui sont l'objet de l'orgueil et la convoitise des incrédules ?

 

6. Si vous vous conformez au monde en suivant la mode, vous montrez que vous ne vous regardez pas comme responsable envers Dieu de l'emploi de votre argent.

C'est pratiquement méconnaître et abandonner votre vraie position, celle d'administrateur de l'argent qui vous a été confié. En employant l'argent à satisfaire votre vanité et vos convoitises, vous enlevez à l'épée de la vérité cette pointe qui devrait transpercer le pécheur égoïste. Votre vie est  un démenti donné à la parole du Seigneur : « La terre est à moi avec tout ce qu'elle contient. » (Ps L :10).

 

7. Vous montrez par là que la réputation est votre idole.

Quand de toutes les nations vous arrive ce cri des âmes qui se perdent : « passe vers nous et viens nous secourir » et que chaque semaine vous apporte quelque appel nouveau à envoyer l'Evangile, des traités, des Bibles, des missionnaires, à ceux qui périssent faute de connaissance, et que vous préférez dépenser votre argent pour suivre la mode, n'est-ce pas déclarer que la réputation est votre idole. Supposons, pour les besoins de notre démonstration, qu'il ne soit pas défendu par la Parole de Dieu de suivre la mode, et que ceux qui font profession de christianisme puissent la suivre innocemment (je nie que la chose soit innocente, mais supposons qu'elle le soit); est-ce que le fait que vous la suivriez, tandis que tant d'appels d'argent, de temps et de travail se font entendre en vue du salut des âmes, est-ce que ce seul fait, dis-je, ne démontrerait pas d'une manière parfaitement concluante que vous n'aimez ni Dieu, ni les âmes de vos frères?

Voici une femme dont le mari est en esclavage. Cette femme fait tout ce qu'elle peut pour ramasser assez d'argent pour le rachat de son mari. Elle est toujours peinant et économisant, se levant tôt, se couchant tard, mangeant le pain de douleur, parce que son époux, le père de ses enfants, l'ami de sa jeunesse, est dans l'esclavage. Maintenant, dites à cette femme que c'est chose innocente pour elle que de suivre la mode, d'avoir vêtement haute nouveauté, dernière mode, grands étalages, comme ses voisins. Vous écoutera-t-elle ? Aura-t-elle le moindre désir des choses. dont vous lui parlez ? — C'est à peine si elle achètera des souliers pour ses pieds ; elle en est presque à regretter le, pain qu'elle porte à sa bouche, tant est grand le désir qu'elle a de parvenir à son but.

Maintenant, supposez qu'une personne aime Dieu, les âmes des hommes et le règne de Christ, aura-t-elle besoin d'une défense expresse de Dieu pour ne pas dépenser son argent et son temps à suivre les modes? Non certes! elle, aurait plutôt besoin d'un ordre positif pour s'accorder ce qui est nécessaire à l'entretien de sa vie. Voyez Timothée, eut-il besoin d'une défense expresse pour être gardé de trop de complaisance envers lui-même quant à l'usage du vin? Il était au contraire si réservé, qu'il fallut une injonction formelle de la part de Dieu pour le décider à prendre un peu de vin comme remède. Quoiqu'il fût malade, il n'en voulait pas prendre à moins d'y être formellement autorisé de Dieu, tant il voyait clairement les mauvais côtés de la chose. Maintenant, montrez-moi un homme ou une femme qui suive les modes, et je vous dirai de quel esprit cette personne-là est animée, sans m'inquiéter de la profession qu'elle peut faire.

Ne me demandez pas pourquoi Abraham, David, Salomon, qui étaient si riches, n'employèrent pas leur argent à l'avancement du règne de Dieu ; je vous demanderais, moi, si ces anciens serviteurs de Dieu jouissaient de la lumière que possèdent les chrétiens de nos jours. Savaient-ils seulement que le monde peut être converti, ainsi que le savent les chrétiens d'aujourd'hui? Mais supposons qu'il vous soit permis, aussi bien qu'A Abraham et à David, d'être riche et d'employer vos richesses à faire étalage de luxe, suivant tous les caprices de la mode, qui d'entre vous voudrait le faire, s'il aimait le Seigneur Jésus-Christ? Qui voudrait employer son argent à des vanités de ce genre quand il pourrait l'employer à satisfaire la passion qui ASSORBERAIT TOUT dans sa vie, celle de faire du bien à l'âme de ses semblables?

 

8. En vous conformant au monde en obéissant à la mode, vous montrez que vous ne différez pas de ceux qui sont ouvertement impies.

Ces impies et ces incrédules déclarés disent: « Nous ne voyons pas que ces chrétiens aiment moins la mode que nous. » Et qui ne sait que ce scandale fait tomber beaucoup de gens?

 

9. En suivant la mode,vous tentez Dieu, vous l'engagez à vous abandonner à l'esprit de ce monde.

Il y a, à l'heure qu'il est, beaucoup de chrétiens de profession qui ont suivi le monde et la mode jusqu'à ce qu'enfin Dieu semble les avoir livrés à Satan pour la destruction de la chair. Ils n'ont que peu ou point de sentiment religieux, pas d'esprit de prière, pas de zèle pour la gloire de Dieu ou pour la conversion des pécheurs: le Saint-Esprit semble les avoir abandonnés.

 

10. Vous tentez l'Eglise, vous la poussez à suivre les modes.

Là où les anciens et les principaux membres de l'église sont des chrétiens fashionables, ils entraînent toute l'église après eux dans leur obéissance à la mode et chacun les imite autant qu'il peut, jusqu'à la plus humble servante. Que seulement une riche dame « chrétienne » vienne à l'église en costume grande mode, aussitôt toute l'église est prise du désir de la suivre dans cette voie, fallût-il s'endetter pour cela.

 

11. Vous vous tentez vous-mêmes à l'orgueil, à la folie et à la mondanité.

Représentez-vous un buveur corrigé qui s'entourerait de vin, d'eau-de-vie et de toutes sortes de liqueurs enivrantes, et qui ne les quitterait pas du regard, et qui en goûterait de temps en temps quelque peu. Cet homme-là ne se tenterait-il pas lui-même? Et maintenant voyez cette femme qui a été élevée dans l'orgueil et la vanité; elle s'est corrigée et a professé abandonner son ancienne vie; mais elle garde ses ornements et continue à suivre les modes : la ramènera en arrière, cela est immanquable. Elle se tente elle-même au péché et à la folie.

 

12. Vous tentez le monde.

Vous le jetez dans une recherche encore plus ardente et plus fiévreuse de toutes ces vanités. Le monde a parfois des scrupules au sujet de ces choses-là ; mais, en les recherchant avec lui et après lui, les chrétiens de profession encouragent les mondains à se livrer tout entiers à ces convoitises qui précipitent leurs âmes dans l'enfer.

 

13. En suivant la mode, vous tentez le diable à vous tenter.

En suivant la mode, vous ouvrez votre coeur à Satan. Après s'être donné à Dieu, vouloir suivre la mode, c’est vouloir garder son cœur « vide, balayé et paré » pour Satan. Toute femme qui veut suivre la mode peut en être sûre, elle aide Satan à la tenter à l'orgueil et au péché.

 

14. C'est la plus grande partie de ceux qui vous entourent que vous tentez en suivant les modes.

Il y a un petit nombre de personnes qui se proposent comme but des objets plus considérables que la conformité aux modes, et qui poursuivent ces objets avec ardeur. Les uns sont engagés dans une lutte très vive pour arriver au pouvoir politique, d'autres font tous leurs efforts pour acquérir une réputation littéraire, d'autres pour gagner des richesses ; et les uns comme les autres ne se doutent pas que leur coeur est attaché à la mode ; leur égoïsme se déploie sur une plus grande échelle. Mais la plupart sont beaucoup influencés par la mode ; et pour eux c'est une pierre d'achoppement des plus funestes que l'ardeur et la promptitude que les chrétiens de profession mettent à suivre tous les caprices de la mode. Ils se disent : « que signifie donc leur profession puisqu'ils suivent les modes avec autant d'empressement que qui que ce soit ? » Ou bien encore, ils se disent : « Il est sans doute légitime de suivre la mode, car les chrétiens eux-mêmes la suivent tout autant que nous. »

 

15. Une autre raison pour laquelle les chrétiens ne doivent pas se conformer au monde en suivant les modes, c'est la grande influence qu'une conduite tout opposée aurait infailliblement sur les gens du monde.

Si ceux qui font profession d'être chrétiens montraient un complet mépris de la mode, il y aurait là un vivant reproche et un sujet de confusion pour les gens du monde qui les entourent ; ces chrétiens démontreraient par-là qu'ils vivent pour Dieu et pour l'éternité. Quelle ne serait pas la puissance d'un pareil fait ! Quel témoignage accablant il constituerait en faveur de la religion de Jésus-Christ ! L'apparente renonciation au monde faite par beaucoup d'ordres religieux, a certainement plus fait que toute autre chose pour persuader les hommes de la réalité de leur religion, et pour étendre cette religion dans le monde en augmentant son influence. Supposez maintenant qu'un tel renoncement soit sincère et cordial ; ajoutez-y par la pensée non seulement tout ce qu'il y a de beau et d'aimable dans le caractère chrétien, mais encore toute la puissance d'une activité pleine de hardiesse et de zèle pour arracher les âmes au péché et les gagner à la sainteté ; quelle influence un pareil exemple n'exercerait-il pas ! Ne serait-ce pas comme un tonnerre qui retentirait aux oreilles du monde, et qui obligerait beaucoup de pécheurs à se réveiller et à se tourner vers Dieu?

 

Troisièmement. Raisons pour fuir toute conformité au monde EN CE QUI CONCERNE LA POLITIQUE.

 

Je veux montrer pourquoi ceux qui professent être chrétiens sont tenus de ne pas se conformer au monde à l'égard de la politique.

 

1. Parce que la politique de ce monde est parfaitement malhonnête.

Qui l'ignore? Qui ne sait que chaque parti cache à dessein les défauts de son propre candidat, ainsi que les qualités du candidat du parti opposé ? Est-ce que cela n'est pas malhonnête ? Chaque parti porte son candidat aux nues ; il en fait une perfection et n'a qu'un but, le faire élire ; et pour cela tous les moyens sont bons. Il est donc impossible d'être un honnête homme quand on s'inféode à un parti. Et le chrétien pourrait agir de la sorte et garder en même temps une conscience pure.

 

2. Se conformer au monde en ce qui concerne la politique, c'est tenter Dieu.

En marchant avec le monde dans les affaires politiques, les chrétiens commettent la faute de donner au pays, par leur vote, des chefs qui ne craignent ni n'aiment Dieu, gens qui bravent ouvertement ses lois, qui violent le jour du repos, qui jouent, qui commettent adultère, qui se battent en duel, qui jurent d'une manière impie, qui laissent les lois inexécutées quand tel est leur bon plaisir, et ne se soucient ni du bonheur ni du malheur de leur pays, pourvu qu'ils puissent conserver leurs places.

Oui, les chrétiens sont responsables de ce que le pouvoir tombe entre de telles mains. Car il est clair que là où les partis sont divisés, comme ils le sont dans ce pays, les chrétiens sont assez nombreux pour déterminer le sens du vote. Qu'ils se montrent résolus à ne jamais voter pour un malhonnête homme, un violateur du sabbat, un joueur, un débauché, un duelliste, et aucun parti ne pourra proposer de tels personnages au suffrage populaire avec quelque chance de succès. Mais aujourd'hui on voit les partis se prêter à tout, consentir à la violation des lois, donner pleine licence aux fureurs populaires, aux exécutions sommaires (loi de Lynch), aux vols des malles-poste, en un mot à toute sorte d'iniquité, pourvu qu'ils puissent porter leur candidat au pouvoir et, avec son appui, occuper les emplois publics. J'affirme que tous les fauteurs d'un pareil système sont de malhonnêtes gens, quelle que soit leur profession religieuse. Et si des chrétiens s'en rendent complices, les déclarerons-nous innocents ?

 

3. En marchant avec le monde dans les affaires politiques, les chrétiens contristent le Saint-Esprit.

Demandez à un homme politique chrétien s'il a jamais pris le Saint-Esprit pour guide et pour compagnon dans une campagne politique. — Jamais, vous répondra-t-il. Je suis loin de prétendre que les chrétiens doivent s'abstenir de voter et se priver de leur part légitime d'influence sur les affaires publiques. Mais ne ils doivent pas s'enrôler dans un parti.

 

4. En faisant de la politique comme on en fait aujourd'hui, vous contribuez à saper par la base tout ordre et tout gouvernement dans le pays.

Qui ne sait qu'en ce moment (1) cette grande nation vacille et chancelle, parce que les lois sont violées et foulées aux pieds et que le gouvernement ne veut ou n'ose pas s'y opposer? soit que le magistrat ne désire pas mettre fin au désordre, soit qu'il temporise, toujours est-il que le mal règne dans toutes les contrées de notre grand pays ; et que celui qui fait profession d'être chrétien ne peut pas donner son suffrage à des hommes tels que ceux qui sont aux affaires.

(1) Paroles prononcées il y a cinquante ans. Depuis lors de grands progrès ont été accomplis : réveils religieux, abolition de l'esclavage, etc. (Trad.).

 

5. Votre façon d'agir est une pierre d'achoppement pour les pécheurs.  

Que pensent les pécheurs quand ils voient ceux qui se disent chrétiens se joindre à eux dans les mesures politiques qu'ils prennent, et faire des choses qu'ils savent, eux, mondains, être déshonnêtes et corruptrices ? Ils disent : « Nous savons, très bien, nous, ce que nous faisons, nous voulons que notre parti arrive au pouvoir, nous poursuivons notre propre intérêt, nous voulons les places, les honneurs, la puissance, rien de plus simple. Mais ces chrétiens qui font profession de vivre pour autre chose, pour un but plus élevé, les voilà qui se joignent à nous et les voilà qui recherchent « des pains et des poissons » tout aussi avidement que qui que ce soit d'entre nous ! » Les gens du monde pourraient-ils rencontrer une pierre d'achoppement pire que celle-là?

 

6. Vous démontrez aux incrédules que ceux qui professent être chrétiens sont mus par le même esprit qu'eux.

Qui peut s'étonner que les gens du monde soient incrédules quant à la réalité de la religion ? S'ils ne font pas des recherches dans les Ecritures et n'apprennent pas par elles ce qu'est la religion, s'ils se laissent conduire par ce qu'ils voient de la conduite de ceux qui se disent chrétiens, ils doivent être. incrédules. Ils doivent inférer de ce qu'ils voient que ceux qui professent la religion n'y croient pas eux-mêmes. Et cette conclusion est fondée. Je suis moi-même loin d'être sûr que le plus grand nombre de ceux qui font profession d'être. chrétiens croient à la Bible.

 

7. Vous montrez que votre cœur n'est pas changé.

Qu'est-ce que le changement du coeur? Est-ce prendre la sainte cène une fois ou deux par mois et aller quelquefois à la réunion de prières? A-t-on le coeur changé pour cela, quand on est tout aussi ardent que les autres à la poursuite des places et des honneurs? Le monde serait stupide s'il croyait à un changement de coeur pour de pareilles raisons.

 

8. Vous devriez renoncer à toute conformité avec le monde à l'égard de la politique, quand ce ne serait qu'en vue de l'influence bénie qu'une pareille conduite ne manquerait pas d'avoir sur le monde.

Supposez un moment que les chrétiens deviennent parfaitement consciencieux et conséquents en matière politique et qu'ils disent d'une commune voix : « Nous n'accorderons nos votes qu'à des hommes qui craignent Dieu et qui sont décidés à gouverner selon la justice. » Dès ce moment, les incrédules n'oseraient plus porter comme candidats des hommes qui ne respectent pas les lois. Loin de là. Tout candidat devrait désormais présenter assez de garanties morales pour que l'on pût reconnaître en lui un homme dévoué au bien du pays, décidé à encourager la vertu, à réprimer le vice, l'injustice et le désordre, à faire en un mot tout ce qui est en son pouvoir pour rendre le peuple heureux et SAINT. Les chrétiens feraient ainsi honte aux politiciens malhonnêtes en montrant que le seul mobile de toute leur activité est l'amour de Dieu et des hommes. Semblable à une vague immense, leur influence bénie ne tarderait pas à s'étendre sur tout le pays.

 

IV.

 

J'ai maintenant à répondre à quelques objections qui sont faites contre les principes que j'ai avancés.

 

1. OBJECTIONS CONTRE NOS PRINCIPES RELATIVEMENT AUX AFFAIRES.

 

Objection. « Si nous ne suivons pas dans les affaires les mêmes principes que les gens du monde, nous ne pourrons pas soutenir leur concurrence et toutes les affaires tomberont entre leurs mains. Si, dans les achats et les ventes, nous avons en vue le bien d'autrui, nous ne recherchons pas notre bénéfice mais celui des gens avec qui nous traitons, nous ne pourrons jamais lutter avec les commerçants animés d'un tout autre esprit et ils ne tarderont pas à être maîtres de tout le commerce. »

Eh bien, soit ! Vous pouvez trouver un moyen plus modeste de gagner votre vie, et laisser les affaires aux gens du monde.

 

Objection. « Mais où trouverons-nous de l'argent pour répandre l'Evangile »?

 — Une église sainte qui agirait d'après les principes de l'Evangile contribuerait plus à hâter les progrès du règne de Dieu que ne le ferait jamais tout l'argent qu'on pourrait trouver à New York. Donnez-moi une église sainte, une église dont la vie soit au-dessus de ce monde, et l'oeuvre du salut avancera plus vite qu'elle ne pourrait le faire avec tout l'argent de la chrétienté.

 

Objection. « Il nous faut pourtant beaucoup d'argent pour former des ministres instruits. »

— Ah ! si nous avions des pasteurs SAINTS ce serait un avantage bien plus grand que d'avoir des pasteurs d'une haute culture. Si le corps pastoral est assez saint, il pourra au besoin se passer d'études si prolongées; Dieu me garde de méconnaître la valeur des études; que les Ministres aient autant d'instruction que possible, ils n'en auront jamais trop, pourvu qu'ils aient aussi la sainteté. Mais il est absurde de penser qu'un  corps pastoral lettré soit, comme tel, en état de convertir le monde. Que les pasteurs aient l'esprit de prière, que le baptême du Saint-Esprit, la « Puissance d'En Haut » soit sur eux et ils répandront l'Evangile. Que les chrétiens vivent comme ils doivent vivre et l'Eglise ébranlera le monde. Si seulement tous les chrétiens de New York entraient dans cette voie, chaque navire qui quitte le port de cette grande cité en porterait la nouvelle, les vents la disperseraient aux quatre bouts des cieux, bientôt un esprit de réveil et de recherche du salut remplirait la terre entière, et les conversions se multiplieraient comme les gouttelettes de la rosée du matin.

Supposons un moment que vous abandonniez vos affaires pour vous consacrer exclusivement à l'oeuvre de l'évangélisation. L'église l'a fait une fois, et vous savez quelle en fut la conséquence. Quand ce petit groupe de fidèles de Jérusalem oublièrent leurs intérêts temporels pour se donner tout entiers à l'oeuvre de Dieu, le salut se répandit avec une rapidité merveilleuse. Je crois que si, de nos jours encore, toute l'église chrétienne se levait, et, laissant tout le reste, marchait à la conquête du monde, en fort peu de temps le monde se convertirait.

Au surplus, le fait est que vous ne seriez pas obligés d'abandonner vos affaires. Si les chrétiens voulaient s'occuper de leurs affaires dans l'esprit de l'Evangile, ils auraient bientôt accaparé tout le commerce du monde. Que seulement les gens du monde constatent que chaque fois qu'ils ont affaire à un chrétien, celui-ci les traite non seulement avec loyauté, mais avec bienveillance, qu'il a égard à leur intérêt comme au sien propre, et ils ne voudront plus guère avoir affaire qu'à des chrétiens. Quel négociant voudra pour une affaire quelconque, s'adresser à un incrédule qu'il sait être exclusivement préoccupé de son propre avantage et fort capable de le tromper et de le duper, alors qu'en s'adressant à un négociant chrétien il sera sûr d'obtenir de lui la même application et la même bonne volonté que s'il s'agissait de ses propres intérêts? Du reste, c'est un fait connu qu'il y a maintenant ici, dans cette ville, des marchands chrétiens qui, grâce à leur intégrité, fixent le prix des articles dont ils sont détenteurs. Quand des marchands viennent de l'intérieur en vue de faire des achats dans notre ville, ils se rendent chez les marchands chrétiens dont nous parlons, ils leur demandent quel est le prix raisonnable de chaque article, et la réponse qu'ils reçoivent fait loi pour eux.

Quand l'homme d'affaires suit les principes de l'Evangile, l'avantage est tout de son côté. L'Eglise peut faire en sorte que les incrédules mêmes aient intérêt à conduire leurs affaires d'après les vrais principes. Elle peut ainsi régler le commerce du monde. Et malheur à elle si elle ne le fait pas !

 

2. OBJECTIONS CONTRE NOS PRINCIPES RELATIVEMENT A LA MODE.

 

Objection. « Est-il bon que le chrétien se singularise? »

Certainement! Les chrétiens sont tenus de se singulariser. Ils sont appelés à être un « peuple particulier » c'est-à-dire un peuple singulier, essentiellement différent du reste de l'humanité. Soutenir que nous ne devons pas être singuliers c'est dire que nous devons nous conformer au monde. « Ne sois pas singulier » signifie: « sois semblable au monde » ce qui est juste le contraire du commandement donné dans notre texte.

Mais la question qui nous occupe maintenant concerne la mode dans les vêtements, les équipages, les ameublements, etc. Ici je confesse que j'étais autrefois dans l'erreur; je croyais et j'enseignais que le mieux pour le chrétien était de se vêtir de manière à n'être pas remarqué, qu'il fallait suivre de loin les changements de la mode de manière à ne pas paraître singulier. Mais j'ai vu mon erreur et maintenant je m'étonne de l'aveuglement dans lequel j'étais. Votre devoir est de vous vêtir avec une simplicité telle que vous montriez au monde que vous ne faites aucun cas de la mode, que vous la négligez et la méprisez absolument. En effet, si vous n'êtes pas singuliers, si vous ne vous séparez pas entièrement des modes de ce monde, vous montrez que vous y attachez du prix. Vous ne pouvez rendre un témoignage clair contre les modes du monde que par une entière simplicité; je ne veux pas dire que vous deviez vous étudier à être singuliers; je veux dire que vous devez rechercher la commodité et l'économie, bien qu'en le faisant, vous puissiez paraître singuliers.

 

Objection. Mais si nous nous habillons avec une simplicité exagérée, toute l'attention des gens se portera sur ces détails extérieurs.

— S'il y a de la vérité dans cette observation, c'est parce que la chose est si rare que chacun ouvre de grands yeux quand il voit un chrétien assez fidèle à sa profession pour ne tenir aucun compte des modes. Mais que tous les chrétiens se mettent à en faire autant, et votre simplicité ne prouvera plus rien, sinon que vous êtes un chrétien et que vous ne voulez pas être confondu avec les incrédules. Ne serait-ce pas un coup porté à l'orgueil du monde, si tous les chrétiens étaient d'accord pour rendre un témoignage pratique contre le vain étalage de son luxe?

 

Objection. Vous mettez la religion trop haut, vous la mettez hors de la portée du plus grand nombre. Il vaut mieux ne pas établir une distinction artificielle entre l'église et le monde.

Cette objection est directement contraire à la vérité. Plus vous rapprocherez l'église du monde, plus vous affaiblirez les raisons qui devraient persuader au monde de se convertir et de se joindre à l'église. A moins que vous ne sortiez décidément du monde et que vous ne montriez que vous n'êtes en aucune façon des siens, à moins que vous ne placiez l'église assez haut pour qu'il y ait une ligne de démarcation bien tranchée entre les saints et les pécheurs, comment ferez-vous comprendre aux incrédules la nécessité d'un changement aussi grand que la conversion ?

 

Objection. Mais le changement nécessaire est celui du coeur.

— Sans doute! mais ce changement du coeur ne produira-t-il pas le changement de la vie?

 

Objection. Vous mettrez ainsi des obstacles à ce que l'on devienne chrétien;  beaucoup de gens respectables seront dégoûtés de la religion; et s'ils ne peuvent être chrétiens en prenant soin de leur toilette, ils se décideront tout à fait pour le monde.   

Cette objection est aussi raisonnable que le serait la conduite d'un membre de la Société de tempérance qui s'enivrerait de temps en temps pour ne pas rebuter les intempérants et pour garder son influence sur eux. Il importe au contraire que les gens sachent bien, et que la vie des chrétiens leur déclare hautement que s'ils veulent se ranger du côté de la foi, ils doivent être sevrés du monde, abandonner entièrement l'amour du monde, son orgueil, ses pompes et sa folie pour vivre d'une vie sainte, dans la vigilance, dans le renoncement à eux-mêmes et dans une active charité.

 

Objection. « N'est-il pas mieux que nous n'accordions aucune attention à de pareilles bagatelles, que nous laissions la modiste et la couturière faire comme il leur plait, et que nous suivions les usages de la société dans laquelle nous vivons? »

Est-ce là une manière de montrer son mépris pour modes de ce monde ? Pour montrer le dédain que vous avez pour un usage, vous mettez-vous à l'adopter ? Est-ce une bonne manière de montrer votre éloignement du monde que de suivie docilement ses coutumes et ses modes? Étrange manière de raisonner !

 

Objection. Qu'importe l'habit, si le coeur est pur. — Votre coeur peut-il donc être pur pendant que votre conduite est mauvaise ? A tout aussi bon droit le jureur pourrait dire : « Qu'importent les mots que je prononce, si mon coeur est pur ? Qu'est-ce que la conduite extérieure, si ce n'est l'activité du coeur se montrant au dehors? Si votre coeur était pur, vous ne désireriez pas suivre les modes de ce monde.

 

Objection. Quelle règle, quel modèle devons-nous suivre dans la confection de nos vêtements; nous ne voyons pas l'utilité de tout ce que vous nous prêchez, ni à quoi sert de prescrire la simplicité dans les vêtements, tant que vous ne nous donnez pas ce modèle. »

C'est là une grande pierre d'achoppement pour beaucoup de gens: Je trouve cependant le sujet extrêmement simple; il est renfermé tout entier en deux règles très faciles à entendre. La première est celle-ci : Ayez soin de n'avoir rien de commun dans votre costume, vos ameublements, etc., avec les mobiles et les principes de ceux qui visent à l'effet et recherchent les applaudissements des hommes.

Et voici ma seconde règle : Consultez d'abord l'économie et ensuite la commodité. Soyez d'abord saintement économes, c'est-à-dire épargnez tout ce que vous pouvez pour le service de Christ ; puis, que tout soit aussi commode, convenable, que cette économie le permettra.

 

Objection. Prétendez-vous faire de nous tous des Quakers, et nous obliger à nous habiller à leur manière ?

— Qui est-ce qui ignore que la mise simple des quakers leur a conquis le respect des incrédules les plus sérieux ? S'ils y avaient joint le zèle pour Dieu, le complet renoncement au monde, le mépris des richesses et l'activité dévouée pour la conversion des pécheurs que nous commande l'Evangile et enfin une vue claire du plan du salut tel qu'il est exposé dans les Ecritures, il y a longtemps qu'ils auraient converti le monde. Et si tous les chrétiens les imitaient quant à leur mise simple, qui peut douter que par là la conversion du monde ne fût hâtée? Je ne veux pas dire cependant qu'il faille adopter la coupe et la façon particulière de leurs vêtements; je ne parle que de la simplicité de leur mise qui ne tient aucun compte des goûts et

des modes du monde.

 

10° Objection. « Faut-il être tous méthodistes? »

— Qui ne sait qu'à l'époque où les méthodistes se faisaient remarquer par la simplicité de leurs vêtements et par leur renoncement aux modes et aux vanités de ce monde, ils étaient puissants auprès de Dieu par la prière, et que le monde les respectait et les regardait comme de sincères chrétiens? Et qui ne sait que depuis qu'ils ont mis de côté leur simplicité et qu'ils se sont conformés au monde dans leurs vêtements et en d'autres choses encore, depuis qu'ils paraissent faire tous leurs efforts pour s'élever eux-mêmes comme dénomination et acquérir de l'influence dans le monde, ils n'ont plus cette puissance de la prière qu'ils avaient au commencement ? Plût à Dieu qu'ils n'eussent jamais renversé la muraille qui les séparait du monde! C'était un des traits les plus excellents du Wesleyanisme que cette simplicité dans les vêtements qui distinguait les membres de ses églises.

 

11° Objection. « Un vêtement simple peut nous inspirer autant d'orgueil qu'un vêtement à la mode. Les Quakers sont aussi orgueilleux que nous. »

— On peut abuser de tout ce qui est bon ; mais tout le monde sait que l'abus ne condamne pas l'usage. A ceux qui font cette objection, je poserai à mon tour la question suivante :

Est-il bien qu'une femme chrétienne, qui a dans son cœur la crainte de Dieu et l'amour des âmes, néglige un moyen très efficace de montrer qu'elle est séparée du monde et de témoigner son mépris pour ces vanités du luxe et de la mode au milieu desquelles les impies descendent en dansant vers l'enfer?

 

12° Objection. « Ce sont là de bien petites choses qui ne devraient point venir jusque dans la chaire prendre tant de temps au prédicateur. »

Voilà une objection faite souvent par les chrétiens mondains. Mais le ministre qui craint Dieu ne se laissera pas arrêter par elle ; il ira de l'avant jusqu'à ce que de tels chrétiens soient ou dépouillés et purifiés de toute conformité au monde, ou retranchés de l'église. Ce n'est pas le vêtement comme tel, mais la conformité au monde dans les modes et les vêtements qui est une des pierres d'achoppement les plus funestes aux pécheurs. Comment le monde se convertira-t-il, tant que ceux qui font profession d'être chrétiens se conforment au monde? Quel bien cela peut-il faire de donner de l'argent pour faire porter l'Evangile aux païens, quand chez eux les chrétiens vivent d'une pareille façon? En les voyant, les païens ne diront-ils pas : « Quel profit peut-il y avoir à devenir chrétiens ? Les chrétiens recherchent les vanités du

monde avec autant d'ardeur que ceux qui n'ont aucune religion. » La grande chose, nécessaire à l'église, c'est qu'elle rejette toute conformité au monde ; elle aura alors pouvoir auprès de Dieu par la prière, et le Saint-Esprit descendra et bénira ses efforts, et le monde se convertira.

 

13° Objection. « Si nous nous habillons de la sorte, nous serons appelés fanatiques. »

De quelque nom que vous nomment les impies, que ce soit fanatiques, méthodistes, ou quelque autre nom encore, toujours est-il que vous serez connus comme chrétiens ; dans le secret de leurs consciences les hommes vous reconnaîtront comme tels. Il n'est pas au pouvoir des incrédules de répandre le mépris sur une église sainte qui est séparée du monde. Qu'en était-il des premiers chrétiens ? Ils vivaient séparés du monde et cela faisait une telle impression, que même des auteurs incrédules disaient d'eux : « Ces gens gagnent le coeur de la masse du peuple parce qu'ils se vouent aux oeuvres de la charité et n'ont que mépris pour les choses du monde. » Soyez-en certains, si les chrétiens veulent vivre ainsi, l'enfer aura beau redoubler d'efforts, la victoire sera bientôt à l'Evangile. Vague après vague, les eaux vives s'étendront au loin sur le monde, jusqu'à ce qu'elles couvrent les plus hauts sommets de la terre.

 

3. OBJECTIONS CONTRE NOS PRINCIPES RELATIVEMENT A LA POLITIQUE.

 

Objection. « En se conduisant d'après. ces principes, en refusant de s'unir au monde en ce qui concerne la politique, nous ne pouvons avoir aucune influence sur la marche des affaires du pays. »

 

—  Je réponds, premièrement : il en est ainsi maintenant. Les chrétiens, comme tels, n'ont pas d'influence. Nous ne voyons pas qu'aucun principe chrétien soit adopté parce qu'il est chrétien, ou parce qu'il est conforme à la loi de Dieu.

 

Deuxièmement. Si les chrétiens n'ont pas d'autre moyen d'avoir de l'influence sur le gouvernement du pays que celui de se conformer au monde dans les affaires politiques, alors, laissez les incrédules manier les affaires et gouverner le pays à leur manière, et vous allez servir Dieu.

 

Troisièmement. Mais il n'en sera pas ainsi ; c'est précisément le contraire qui arrivera. Que seulement l'on sache bien que les citoyens chrétiens n'aideront en aucune façon à mettre au pouvoir des hommes sans principes ; qu'il soit bien connu que l'église n'appuiera que des hommes ayant pour lait le bien du pays, et les partis s'accorderont certainement pour ne jamais mettre en avant d'autres hommes que ceux-là. De cette façon, l'Eglise exercera une légitime influence dans les affaires politiques.

 

Objection. « C'est faire de l'église et du monde deux camps opposés. »

— Non. Le monde est trop égoïste pour que les partis puissent se diviser ainsi, et surtout pour que cette division-là puisse se maintenir. Il se peut que pendant une année les incrédules s'unissent contre l'église et laissent les chrétiens former une petite minorité. Mais ils se diviseraient bientôt en deux camps, chacun d'eux briguant les suffrages des chrétiens et leur offrant clos candidats pour lesquels ils pussent voter consciencieusement.

 

REMARQUES

 

1. En ne vous conformant point au monde, vous pouvez épargner beaucoup d'argent et l'employer à faire du bien.

En une année, l'église pourrait réunir ainsi, pour l'évangélisation, une somme plus grande qu'elle n'a jamais pu le faire.

 

2. En ne vous conformant point au monde, vous pourriez ainsi sauver beaucoup de temps, de ce temps précieux que vous perdez aujourd'hui à suivre les modes du monde, à vous conformer à ses maximes, à vous associer à ses entreprises.

 

3. En même temps les chrétiens garderaient la paix de leur conscience, ils jouiraient de la communion avec Dieu, ils auraient l'esprit de prière et seraient beaucoup plus utiles qu'ils ne sont.

 

N'est-il pas temps d'agir dans ce sens ? N'est-il pas temps qu'une église quelconque ouvre la voie, rompant avec toute conformité au monde pour suivre l'exemple et l'esprit de Jésus-Christ ?

Vous faites profession de désirer la conversion des pécheurs ; mais à quoi bon les convertir, si c'est pour qu'ils retombent dans la conformité au monde ? Frères, je le confesse, je suis rempli de douleur en voyant la conduite, de l'église. Où sont les résultats des glorieux réveils que nous avons eus ? Je le crois, ces grâces que l'église a reçues pendant ces dix dernières années, c'étaient de véritables, réveils, des effusions du Saint-Esprit. Je crois que les convertis de ces dix dernières années sont au nombre des meilleurs chrétiens du pays ; cependant, tout bien compté, ils ne sont, la plus grande partie d'entre eux, qu'un déshonneur pour la religion. A quoi pourrait-il servir d'ajouter à l'église mille membres qui seraient exactement comme ceux qu'elle a déjà ? La religion en serait-elle plus honorable aux yeux des infidèles? Une seule église sainte qui serait réellement crucifiée au monde, le monde étant crucifié à son égard (Gal VI :14), ferait plus pour recommander le christianisme que toutes les églises du pays ne le font en vivant comme. elles vivent maintenant. Ah ! si j'avais assez de force corporelle pour m'en aller de nouveau parcourir les églises, au lieu de prêcher encore la conversion aux pécheurs, je voudrais travailler surtout à amener Ies églises la sainteté que réclame l'Evangile. A quoi sert de convertir les pécheurs, pour en faire des chrétiens tels que ceux que nous avens maintenant ? A quoi bon nous efforcer de les convertir et de leur faire sentir qu'il y a quelque chose de réel dans la religion, pour qu'ensuite quand ils sont en relation d'affaires avec vous, ou quand ils vous rencontrent dans les rues, ils. trouvent dans votre exemple la réfutation vivante de tout ce qui leur a été prêché et pour que votre conformité au monde leur persuade qu'il n'y a rien de réel dans la religion de Jésus-Christ ?

Où trouverai-je, où le Seigneur lui-même trouvera-t-il une église pareille à l'église des premiers jours, une église qui veuille sortir du monde et en rester séparée, pour se donner entièrement au service de Dieu ? Oh! si cette église-ci voulait le faire ! Je le répète, il y a peu d'utilité à faire des chrétiens s'ils ne doivent pas être meilleurs que ceux que nous avons. Comprenez-moi bien, je ne dis pas que les conversions amenées par nos réveils aient été fausses, mais je dis que ces convertis vivent de manière à être un déshonneur pour la religion. Ils ont été tellement gâtés par les chrétiens ou prétendus chrétiens de vieille date, que beaucoup d'entre eux font aujourd'hui plus de mal que de bien. Plus il y a de chrétiens de cette sorte, en effet, et plus l'incrédulité trouve matière à blâmer et à railler.

Maintenant, croyez-vous que Dieu vous commande de ne plus vous conformer au monde ? Le croyez-vous ? Etes-vous déterminés à obéir à ce commandement, quoi que l'on puisse dire de vous ? Avez-vous le courage de vous séparer du monde, voulez-vous prendre la résolution de ne plus vous laisser conduire par ses maximes, de ne plus imiter ses pratiques, de ne plus suivre les caprices de ses modes ? Je connais un homme qui vit ainsi, — je pourrais vous dire son nom, — il ne fait aucune attention aux coutumes du monde; et quel en est le résultat? Où que ce soit qu'il aille, il laisse l'impression qu'il est un chrétien. Oh ! si une église voulait agir ainsi et y mettre toute l'énergie que les hommes du monde mettent dans leurs affaires, elle mettrait le monde sens dessus dessous. Voulez-vous le faire ? Voulez-vous rompre avec le monde maintenant et entrer en alliance avec Dieu ? Vous déclarez-vous décidés à être assez singuliers pour vivre séparés du monde ; décidés à « dresser vos faces pour marcher avec une sainte inflexibilité dans a voie du Seigneur » et lui rendre pleine obéissance, quoi que le monde puisse dire ? L'osez-vous ? Le voulez-vous ?

 


 

IX° DISCOURS

 

LA VRAIE ET LA FAUSSE REPENTANCE.

 

«La tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde produit la mort.»  2 Cor. VII :10.

 

Dans ce chapitre, l’apôtre Paul s’en réfère à une autre épître écrite par lui précédemment aux Corinthiens au sujet de fautes graves qu’ils avaient commises. Il mentionne l’effet excellent produit par cette lettre précédente; les fidèles de Corinthe avaient été amenés à une vraie repentance : ils s’étaient attristés selon Dieu. « Et voici, cette même tristesse selon Dieu, quel empressement n’a-t-elle pas produit en vous ! Quelle justification, quelle indignation, quelle crainte, quel désir ardent, quel zèle, quelle punition ! Vous avez montré à tous égards que vous étiez purs dans cette affaire. »

 

Dans le verset que j’ai pris pour texte, Paul parle de deux sortes de tristesse au sujet du péché; l’une produit la repentance pour le salut; l’autre produit la mort. Ces deux tristesses sont ce que l’on nomme ordinairement « la vraie et la fausse repentance » et c’est de quoi nous parlerons ce soir.

 

Je désire montrer :

 

I. En quoi consiste la vraie repentance.

II. A quoi on la reconnaît.

III. En quoi consiste la fausse repentance.

IV. A quoi on la reconnaît.

 

Il est grand temps que ceux qui font profession de piété apprennent à distinguer beaucoup mieux qu’ils ne le font entre les différents sentiments religieux, entre les différents états d’âme ; si l’on avait eu la lumière à cet égard, l’église ne serait pas envahie par d’inutiles et faux chrétiens. J’ai été souvent conduit, ces derniers temps, à rechercher pourquoi il y a tant de fausse religion et je me suis efforcé de remonter aux causes premières de ce mal. Fait notoire et considérable, il y a un très grand nombre de gens qui croient être religieux et qui, à moins que la Bible ne soit fausse, ne le sont point. Comment se fait-il qu’ils se trompent ainsi? Pourquoi y a-t-il tant de pécheurs impénitents qui s’imaginent avoir passé par la repentance? C’est sans doute parce qu’on ne leur a pas appris à discerner les vrais fondements de toute vie religieuse, et tout spécialement qu’ils ne savent pas faire la différence entre la vraie et la fausse repentance.

 

I.

 

En quoi consiste la vraie repentance.

 

La vraie repentance est un changement complet et de l’idée que l’on se fait du péché et des sentiments que l’on éprouve à son égard. Le mot du texte grec traduit en français par repentance implique cela, il signifie changement d’opinion et de disposition. Le sentiment est un résultat de la pensée. Si l’idée que l’on se fait du péché est juste et si elle est accompagnée du sentiment qui lui correspond, la repentance sera vraie. L’idée que l’on se fait du péché étant semblable à celle que Dieu en a, la tristesse selon Dieu découlera de cette idée.

 

PREMIÈREMENT. Il doit y avoir CHANGEMENT D’OPINION à l’égard du péché.

 

1. Changement d’opinion sur la nature du péché.

 

A celui qui se repent véritablement, le péché parait tout différent de ce qu’il est pour celui qui ne s’est pas repenti. Au lieu de se montrer désirable et plein d’attraits, il se montre souverainement odieux et détestable, tellement que le pénitent s’étonne d’avoir jamais pu désirer chose pareille. Les pécheurs impénitents peuvent comprendre que le péché causera leur ruine parce qu’il attirera sur eux le châtiment de Dieu; mais il leur parait, en somme, désirable; ils l’aiment; ils le caressent dans leur imagination; et s’il pouvait avoir une fin heureuse, l’idée ne leur viendrait jamais de l’abandonner. Mais quant à celui qui se repent, c’est tout autre chose; le péché lui apparaît dans sa propre conduite comme absolument haïssable; « quelle chose abominable et digne de l’enfer? s’écrie-t-il, comment ai-je pu l’aimer ? »

 

2. Changement d’opinion touchant le jugement que Dieu porte sur le péché.

 

Les pécheurs ne voient pas pourquoi Dieu  menace le péché d’un si terrible châtiment. Ils l’aiment tant eux-mêmes, qu’ils ne peuvent comprendre pourquoi Dieu le juge digne d’un châtiment éternel. Lorsqu’ils sont fortement « convaincus de péché, » ils pensent tout différemment ; l’opinion qu’ils se font du péché est alors d’accord avec celle qu’en ont les chrétiens, et pour devenir chrétiens eux-mêmes, il ne leur manque plus qu’une chose : un changement correspondant dans leurs sentiments. Maint pécheur, en effet, voit que sa conduite à l’égard de Dieu le rend digne de la mort éternelle, mais son coeur ne suit pas les lumières de son esprit. C’est le cas des démons et des méchants qui sont en enfer. En résumé : un changement d’opinion est indispensable à a vraie repentance et la précède toujours. Il peut y avoir changement d’opinion sans vraie repentance; mais il ne peut y avoir vraie repentance sans changement d’opinion.

 

3. Changement d’opinion quant aux tendances du péché.

Le pécheur doit arriver à reconnaître que le péché ne tend qu’à le détruire ; qu’à perdre tout homme, corps et âme, pour le temps et pour l’éternité, et qu’il est en complète opposition avec tout ce qui est aimable et heureux dans l’univers. Il faut qu’il comprenne qu’il n’y a pour lui d’autre remède à ce mal que le rejet absolu, la délivrance complète de tout péché. Satan lui-même sait cela, et il est possible que bien des pécheurs, ici, dans cette  assemblée, le sachent aussi.

 

4. Changement d’opinion touchant le salaire du péché.

Le pécheur insouciant est presque complètement dénué d’idées justes sur la rétribution que mérite le péché. En supposant  même qu’il admette en théorie que le péché mérite la mort éternelle, il ne le croit cependant pas. S’il le croyait, il lui serait impossible de demeurer pécheur insouciant; il serait tout au moins pécheur angoissé. Il se trompe quand il s’imagine croire sincèrement que le péché mérite la colère éternelle de Dieu. Mais quant à celui qui est véritablement réveillé et convaincu de péché, il n’a pas plus de doute à cet égard qu’il n’en a sur l’existence de Dieu; il voit clairement que le péché mérite un châtiment éternel de la part de Dieu.

 

SECONDEMENT. Ce changement d’opinion doit être accompagné d’un CHANGEMENT DE SENTIMENTS.

 

En toute vraie repentance, il y a changement de sentiment à l’égard du péché sous tous les rapports : changement de sentiment à l’égard de sa nature, changement de sentiment à l’égard de sa relation avec Dieu, changement de sentiment au sujet de ses tendances, changement de sentiment au sujet de la rétribution qu’il mérite.

 

1. Celui qui se repent véritablement ne voit pas seulement que le péché est en lui-même détestable, vil, absolument exécrable; il l’abhorre réellement, il le hait du plus profond de son coeur. On peut voir que le péché est pernicieux, abominable, et cependant l’aimer, le désirer et lui demeurer attaché. Mais quand on se repent véritablement, on l’abhorre de tout son coeur et l’on rompt absolument avec lui.

 

2. De même, considéré dans sa relation avec Dieu, le péché fait éprouver au pécheur repentant un sentiment tout nouveau; et c’est là qu’est la source de ces flots de tristesse qui envahissent parfois le coeur du chrétien à la vue du péché. Quand il le considère en lui-même, il éprouve un sentiment d’horreur ; mais quand il le voit dans sa relation avec Dieu, il pleure ; navré, désolé, son coeur se brise, il se jette sur sa face et répand des flots de larmes sur ses péchés.

 

3. Quant aux tendances du péché, il en est encore de même ; celui qui se repent véritablement sent tout ce qu’elles ont de funeste. Quand il considère ces tendances, il éprouve un désir véhément de mettre un terme au péché, d’en sauver ses semblables et de faire reculer cette vague de mort qui s’étend sur la terre. Plein d’une brillante ardeur, il prie, il travaille, il fait tous ses efforts pour arracher les pécheurs du feu, pour les sauver des suites effroyables du péché. Voir pécher les autres, c’est pour lui comme s’il les voyait prendre un poison mortel; il ne peut faire autrement que d’élever sa voix pour leur crier de prendre garde.

 

4. Enfin le pécheur repentant sent quelle doit être l’horreur de la rétribution méritée par le péché.

Il n’est pas seulement intellectuellement convaincu que le péché mérite une punition éternelle, mais il sent qu’il aurait été raisonnable et juste que Dieu le condamnât, lui personnellement, à l’éternelle mort ; il approuve donc la sentence de mort que la loi prononce contre sa personne et regarde comme le miracle des miracles que Dieu puisse lui pardonner. Au lieu de trouver dur, sévère ou cruel que Dieu envoie en enfer les pécheurs incorrigibles, il adore Dieu, le coeur rempli de gratitude et d’étonnement de ce qu’il n’a pas été envoyé lui-même en enfer et de ce que ce monde criminel tout entier n’a pas été depuis longtemps déjà précipité dans le feu éternel. Que celui qui pèche soit condamné, c’est la dernière chose au monde dont il songerait à se plaindre; et quand il songe au salut d’un pécheur, son coeur se remplit d’un sentiment de gratitude tel qu’il n’en a jamais connu de semblable avant d’être chrétien.

 

II.

 

Je désire montrer maintenant quels sont les effets ou les fruits de la vraie repentance.

 

Et j’espère apporter assez de lumière sur ce point pour que chacun de vous puisse reconnaître d’une manière infaillible s’il s’est repenti ou non.

 

1. Si votre repentance est vraie, vous aurez conscience qu’il s’est opéré en vous un changement de vues et de sentiments à l’égard du péché.

Vous serez tout aussi conscients de ce changement que vous avez jamais pu l’être de tout autre changement qui s’est accompli en vous. En est-il ainsi? Avez-vous conscience. qu’il y ait eu en vous changement de vues et de sentiments à l’égard du péché? que sur ce point, les choses anciennes sont bien passées et que toutes choses sont devenues nouvelles?

 

2. Quand la repentance a été vraie, la disposition à commettre de nouveau le péché n’existe plus.

Si vous vous êtes vraiment repentis, vous n’aimez plus le péché; et vous pouvez constater que vous ne vous en abstenez pas par crainte du châtiment, mais parce que vous le haïssez.. Où en êtes-vous à cet égard? Avez-vous connaissance que votre disposition à commettre le péché ait pris fin ? Rappelez-vous les péchés que vous aviez coutume de pratiquer lorsque vous étiez inconvertis. Sous quel jour les voyez-vous maintenant? Vous paraissent-ils agréables et aimeriez-vous à les pratiquer de nouveau si vous l’osiez? S’il en était ainsi, si la disposition à pécher était encore en vous, vous seriez seulement convaincus de péché.

Votre opinion quant au péché a pu être changée, mais si l’amour pour votre péché d’autrefois est encore en vous, aussi vrai que votre âme vit, vous êtes encore un pécheur impénitent.

 

3. La vraie repentance produit la réforme de la conduite.

Je crois que c’est la vérité que Paul avait surtout en vue dans la parole de notre texte traduite par ces mots: « la tristesse selon Dieu produit la repentance ; » le mot traduit ici par repentance indique le changement de la conduite. S’il n’en était pas ainsi, notre texte reviendrait à dire que la repentance produit la repentance. Or Paul parlait, à ce qu’il me semble, d’un changement de sentiment produisant un changement de conduite, et aboutissant par conséquent au salut. Maintenant, permettez-moi de vous le demander, êtes-vous réellement réformés? Avez-vous délaissé vos péchés? Ou les pratiquez-vous encore? s’il en était ainsi, vous seriez encore un pécheur (1). Il peut y avoir eu changement dans votre esprit, mais si le résultat n’a pas été le changement de votre conduite, la réforme actuelle de votre vie, vous: n’avez pas connu la « repentance selon Dieu, » celle que Dieu approuve.

(1) Dans la Parole de Dieu, le chrétien n’est jamais un pécheur, il en est toujours le contraire. Voyez par exemple Rom V :8 ; Gal II :17 ; 1 Tim 1: 9 ; etc., dans le grec ou dans la version de Lausanne. Il serait manifestement absurde d’objecter 1 Tim 1 :15 ; Paul était auparavant pécheur (1 Tim 1 :13) et le premier des pécheurs, dit-il, mais il est maintenant un pécheur SAUVE (1 Tim 1:15), sauvé du péché le modèle de ceux qui doivent arriver à la foi (1 Tim 1:16). (Trad.)

 

4. La repentance, quand elle est vraie, produit la confession et la restitution.

Le voleur ne s’est pas repenti tant qu’il garde l’argent qu’il a volé ; il peut être convaincu de péché, mais il n’a pas la repentance; s’il l’avait, il s’empresserait de rendre l’argent qui ne lui appartient pas. Si vous avez dupé quelqu’un et que vous ne lui ayez pas rendu ce que vous lui avez pris injustement, ou si vous avez injurié quelqu’un et que vous n’ayez pas réparé, autant qu’il est en vous, le mal que vous avez. fait, vous ne vous êtes pas repenti véritablement.

 

5. La vraie repentance est un changement permanent et de caractère et de conduite.

Notre texte dit que c’est une repentance à salut, littéralement «changement de disposition, une conversion à salut, dont on ne se repent point ; qu’est-ce que cela signifie si ce n’est que cette vraie repentance est un changement si profond, si fondamental, que celui en qui elle a eu lieu ne retourne plus jamais en arrière? L’amour du péché a été véritablement abandonné; et le changement de vues et de sentiments a été tel, qu’il n’y aura plus de retour à cet amour. Mettez bien cela dans votre esprit maintenant, vous tous qui m’entendez : le pécheur qui s’est véritablement repenti est animé de sentiments tels qu’il n’en changera plus jamais: Notre texte dit : « repentance à salut; » dire que cette vraie repentance conduit droit au repos du et la vraie raison en est que cette repentance est celle dont on ne se repent jamais. »

Ici, je ne puis m’empêcher de le remarquer, vous apercevez que la doctrine de la persévérance des saints est vraie, et comment il faut l’entendre. La vraie repentance est un changement de sentiments si complet, elle produit une horreur du péché telle, que celui qui l’éprouve persévérera, cela va de soi; il n’annulera jamais sa repentance pour retourner au péché.

 

III.

 

En quoi consiste la fausse repentance.

 

La fausse repentance est appelée mondaine, elle est une tristesse du monde. » C’est une tristesse occasionnée par le péché, mais provenant de considérations mondaines qui sont toutes relatives au bonheur personnel et temporel du pécheur, tout au plus à son bonheur dans une vie future. Cette douleur-là n’a pas pour objet le péché comme tel.

 

1. Elle n’est pas fondée sur un changement d’opinion tel que celui que j’ai signalé comme appartenant à la vraie repentance.

Le changement qui la constitue ne porte pas sur des points fondamentaux. Vous pouvez voir les conséquences déplorables du péché en vous plaçant à un point de vue mondain, et en être rempli de consternation. Vous pouvez considérer qu’il porte atteinte à votre réputation, à votre honorabilité, qu’il met en danger votre vie; que si votre conduite cachée venait à être découverte, cela vous ferait le plus grand tort, et tout cela peut vous remplir de frayeur et de détresse... Cette sorte de tristesse selon le monde se rencontre très fréquemment elle a toujours pour principe une considération mondaine quelconque (1).

(1) Pour être complet, il faudrait ajouter que la fausse repentance peut comprendre un changement d’opinion analogue à celui qu’on remarque dans la vraie repentance; mais que ce changement d’opinion n’est pas suivi du changement de sentiment qui doit lui correspondre. Voir partie I, no 2. (Trad.)

 

2. La fausse repentance est fondée sur l’égoïsme.

La repentance peut n’être qu’un vif sentiment de regret éprouvé par le pécheur au sujet de la conduite qu’il a tenue, parce qu’il en voit les conséquences désastreuses pour lui-même et qu’il voit que cette conduite le rend malheureux, qu’elle l’expose à la colère de Dieu, qu’elle déshonore sa famille ou ses amis; en un mot, qu’elle lui cause du dommage soit pour le temps, soit pour l’éternité. Or, tout cela est pur égoïsme.

La repentance peut être le remords de la conscience, remords rongeur, cuisant, implacable, mais non pas vraie repentance.

Elle peut être de la frayeur, une frayeur extrême de la colère de Dieu et des peines de l’enfer, et cependant n’être que pur égoïsme. L’on peut être rempli de terreur à la pensée des justes jugements de Dieu, sans avoir jamais eu en son coeur l’horreur du péché, sans avoir jamais eu le coeur brisé à sa vue, et par conséquent sans avoir jamais senti tout ce qu’il a de grave et d’odieux.

 

IV.

 

A quoi l’on peut reconnaître cette fausse repentance.

 

1. Elle ne change pas les sentiments.

Elle laisse indomptée dans le coeur la disposition au péché. Les sentiments de celui qui n’a connu que cette fausse repentance ne sont pas tellement changés à l’égard de a nature du péché, qu’il n’éprouve encore le désir de pécher. Et s’il s’abstient de commettre le péché, ce n’est pas à cause de l’horreur qu’il lui inspire, c’est à cause de la crainte qu’il a des conséquences.

 

2. Elle produit la mort.

Elle conduit à une dissimulation hypocrite. Celui qui a passé par la vraie repentance veut bien que l’on sache qu’il un pécheur et qu’il s’est repenti. Celui qui ne connaît que la fausse repentance recourt aux excuses et aux mensonges pour couvrir ses péchés : il a honte de sa repentance. Quand on l’appelle à venir au banc des pénitents, il s’efforce de cacher ses péchés, il emploie toutes sortes d’excuses pour en voiler l’énormité. Quand il parle de sa conduite passée, il le fait toujours dans les termes les plus indulgents et les plus favorables. Il est toujours porté à cacher ses péchés. Cette repentance conduit à la mort. Elle fait commettre un péché pour en couvrir un autre. Et comment se manifeste-t-elle? — Triste spectacle! Au lien de la confession nette et franche d’un coeur ouvert et candide, vous ne trouvez qu’une sorte de verbiage insipide et doucereux; quelque chose de froid et de forcé; minauderies, aveux faits du bout des lèvres, qui ont la prétention d’être une confession et qui ne confessent rien.

Qu’en est-il de vous? Avez-vous honte que quelqu’un vienne vous parler de vos péchés ? S’il en est ainsi, votre tristesse n’est que la tristesse du monde qui produit la mort. Qu’il est fréquent de voir des pécheurs s’esquiver pour éviter un entretien au sujet de leurs péchés et continuer cependant à se donner pour des âmes angoissées qui recherchent le salut! comment peut-on espérer devenir chrétien en suivant, cette voie-là? L’angoisse de ces âmes n’est autre que celle qui se trouve dans l’enfer. Il n’y a pas de doute que tous les méchants habitants de l’abîme ne désirent fuir loin des regards de Dieu. Ni angoisse, ni désir de ce genre ne se trouvent parmi les saints dans le ciel. Leur tristesse est franche et ouverte, intègre et cordiale. Une pareille tristesse n’est pas incompatible avec le vrai bonheur. Les saints sont remplis de bonheur et cependant ils sont remplis d’une tristesse non déguisée, vive et profonde au sujet, du péché. Mais la tristesse selon le monde a honte d’elle-même, elle est vile et misérable ; elle ne produit que la mort

 

3. La fausse repentance ne produit qu’une réformation partielle de la conduite.

La tristesse selon le monde ne réforme la conduite d’un homme que dans les choses au sujet desquelles il a été fortement convaincu de péché. Elle ne change pas le cœur. Celui qui n’a, connu que cette repentance évite les péchés scandaleux, ceux auxquels il a été rendu particulièrement attentif.

Quand un nouveau converti retombe dans le péché, cherchez-en la cause et vous trouverez qu’il n’y a eu qu’un changement partiel dans sa conduite. Il s’est réformé en certaines choses, mais il y a beaucoup de choses qui sont décidément mauvaises et qu’il continue à pratiquer. Si vous faites sa connaissance intime, vous verrez qu’au lieu d’avoir une grande crainte du péché quel qu’il soit, et d’être prompt à découvrir en toute chose tout ce qui est contraire à l’esprit de l’Evangile, il sera relâché dans ses vues et dans sa conduite en beaucoup de choses, quoique strict peut-être et bien éclairé sur plusieurs points. Il n’a pas cet éloignement pour tout péché qui caractérise le chrétien.

 

4. Le changement de conduite produit par la fausse contrition non seulement est limité, mais n’est ordinairement que temporaire.

Celui qui ne connaît que cette fausse repentance retombe continuellement dans ses anciens péchés. La raison en est que sa disposition à pécher n’a pas disparu ; elle n’a été que comprimée par la crainte. Aussi, dès que la crainte s’est dissipée et que l’espérance est revenue ; dès que le néophyte s’est trouvé dans bien vu, bien soutenu, il est revenu graduellement en arrière. Maintenant il retourne à ses anciens péchés. C’est ce qu’on remarque dans l’histoire du peuple d’Israël. La vraie repentance faisait défaut ; aussi ce peuple retournait-il sans cesse à son idolâtrie et à ses autres péchés. Les enfants d’Israël n’avaient que la tristesse selon le monde. Il en est de même aujourd’hui partout dans l’Eglise. Les gens sont changés pour quelque temps, ils sont reçus dans l’église, puis ils retournent à leurs anciens péchés. Ils aiment à appeler cela : se refroidir, rétrograder, décliner, etc., mais la vérité est qu’ils ont toujours aimé le péché, et quand l’occasion leur en a été donnée, ils sont retournés à ce qu’ils aimaient; comme la truie lavée est retournée se vautrer dans le bourbier, parce qu’elle était toujours truie.

Combien je désire que vous compreniez cela à fond ! C’est ici que se trouve la raison d’être de toute cette vie de hauts et de bas que vous connaissez si bien. Les gens sont réveillés, puis convaincus de péché, et peu à peu ils reprennent espoir et s’établissent dans une fausse sécurité ; ils s’éloignent alors de plus en plus de Dieu. Ils peuvent veiller assez sur eux-mêmes peut-être pour pouvoir rester dans l’église, mais comme le germe du péché n’a pas été détruit en eux, ils retournent à leurs anciennes voies. La femme qui aimait la toilette l’aime encore et peu à peu elle retourne à ses rubans et à ses colifichets. L’homme qui aimait l’argent l’aime encore ; bientôt il glisse sur la pente, et le voilà qui s’enfonce de nouveau dans les affaires et poursuit les liens de ce monde aussi ardemment qu’il l’a jamais fait vaut de se joindre à l’église.

Parcourez tous les rangs de la société, et si vous trouvez des gens vraiment convertis, vous verrez que les péchés qui leur étaient le plus habituels avant leur conversion, sont ceux dont ils sont le plus éloignés. Celui qui est réellement converti est moins exposé que tout autre à tomber dans ce qui était précédemment son péché habituel, car il en a plus d’horreur que personne. Mais celui qui est dans l’illusion et dont les dispositions sont mondaines a toujours la tendance à retomber dans les mêmes péchés. Vous verrez la femme qui aime la toilette sortir de nouveau dans toute sa gloire et briller comme elle en avait l’habitude autrefois. La source du péché n’a pas été tarie, le coeur n’a pas été purifié ; au contraire, l’iniquité y est toujours demeurée.

 

5. C’est une réforme forcée.

La réforme de la conduite produite par la fausse repentance est non seulement partielle et temporaire, elle est encore contrainte et forcée; tandis que chez celui qui a passé par la véritable repentance, cette réforme vient du coeur, de sorte que la disposition à pécher n’est plus en lui. La promesse de la Bible est accomplie à son égard; il fait actuellement l’expérience que « les voies de la Sagesse sont des voies agréables » et que « tous ses sentiers sont des sentiers de paix (Prov. 3:17). » Il fait l’expérience que « le joug du Sauveur est doux et son fardeau léger (Mat XI :30); » que « les commandements de Dieu ne sont pas pénibles (1 Jean V :3); » qu’ils sont au contraire une joie ; « qu’ils sont plus désirables que l’or, que beaucoup d’or fin; plus doux que le miel, que celui qui coule des rayons (Ps XIX :11). » Mais la fausse repentance est toute différente ; elle est légale, elle provient de la peur et non de l’amour, c’est une repentance égoïste. Qu’il y a loin de cette repentance stérile à ce changement libre, volontaire et cordial par lequel on quitte le péché pour s’adonner à l’obéissance! S’il y a ici des personnes qui ne connaissent que la fausse repentance, elles savent qu’elles ne s’abstiennent pas du péché par choix, parce qu’elles le haïssent, mais par d’autres considérations. Elles s’en abstiennent parce que la conscience le défend et qu’elles veulent être en paix avec leur conscience ; elles s’en abstiennent par crainte de perdre leur âme, ou de compromettre leur réputation, bien plus que par horreur du mal et par amour pour le devoir.

De telles personnes ont toujours besoin d’être poussées à faire leur devoir; si vous ne pouvez pas les y contraindre en plaçant sous leurs yeux quelque déclaration expresse des Saintes Ecritures, elles excusent le péché, le commettent et pensent qu’après tout il n’y a pas si grand mal à agir comme elles font. La raison en est qu’elles aiment leur péché et que tant qu’il n’y a pas quelque commandement formel de Dieu qui s’y oppose et qu’elles n’osent fouler ouvertement aux pieds, elles ont la volonté de le commettre. Avec la vraie repentance, tout cela est changé : quand une chose semble contraire à la grande loi de l’amour, celui qui a passé par la repentance selon Dieu a horreur de cette chose et par conséquent l’évite, qu’il y ait à ce sujet un commandement exprès ou qu’il n’y en ait pas. Montrez-moi un homme qui se soit véritablement repenti, et je vous certifie que cet homme-là n’a pas besoin d’un commandement exprès pour s’abstenir de boire,de fabriquer ou de vendre des liqueurs fortes. Il voit que ces choses sont contraires à la grande loi de la charité, aussi les abhorre-t-il, et il ne voudrait pas plus les faire qu’il ne voudrait blasphémer, voler ou commettre quelque autre abomination. De même, celui qui a passé par la vraie repentance n’a pas besoin d’un : « Ainsi a dit le Seigneur » pour être gardé d’opprimer son semblable (Allusion à l’esclavage. (Trad.)); il ne voudrait pas faire quoi que ce soit de mal. Que tout cela est clair ! chacun aurait horreur de semblables choses s’il s’était véritablement repenti de ses péchés.

 

6. Cette fausse repentance conduit à la propre justice.

Celui qui n’a connu que cette repentance peut savoir que  Jésus-Christ est le seul Sauveur, il peut faire profession de croire en lui et de se confier en lui seul pour son salut, mais en réalité, il place actuellement dix fois plus de confiance, pour son salut, en la réforme de sa conduite qu’en Jésus-Christ. S’il veut veiller sur son propre coeur, il verra qu’il en est ainsi. Il peut dire qu’il attend son salut de Christ, mais en fait, son espérance repose sur ses oeuvres plus que sur l’expiation de Christ. En réalité tous ses efforts ne tendent qu’à rapiécer sa propre justice.

 

7. Elle conduit à la fausse sécurité.

On prend la tristesse selon le monde pour la vraie repentance et l’on s’en fait un oreiller de sécurité. C’est un fait étrange : autant que j’ai pu le voir, ceux qui ne connaissent que cette repentance du monde tiennent pour assuré que Christ les sauvera, parce qu’ils ont été affligés au sujet de leurs péchés, bien qu’ils n’aient pas conscience d’avoir, jamais goûté le repos qui est en Christ. Ils ont éprouvé de la tristesse, puis un certain soulagement ; c’est assez pour qu’ils comptent que Jésus-Christ les sauvera, quoique leur conscience même atteste qu’ils ne se sont jamais confiés de tout leur coeur en lui.

 

8. Elle endurcit le coeur.

Celui qui n’a connu que cette repentance du monde a le coeur endurci, et son coeur est dur à proportion du nombre de fois qu’il s’est ainsi repenti. Si la conviction de péché a été forte en lui, qu’il en ait éprouvé de vives émotions, et que malgré cela, son coeur ne se soit point brisé, ni épanché au dehors, la source du sentiment en a été de plus en plus desséchée et le coeur de plus en plus difficile à atteindre. Prenez au contraire un chrétien réel, celui qui a passé par la vraie repentance, chaque fois que vous lui appliquerez la vérité de manière à l’humilier devant Dieu, il en deviendra plus doux, plus sensible, plus tendre; il en sera tout à la fois plus ardent et, plus humble, et cela, jusqu’à la fin de sa vie et jusque dans l’éternité. Son coeur s’accoutume à suivre les convictions de son esprit, et il devient docile et maniable comme un petit enfant.

Oui, c’est bien là qu’est la véritable ligne de démarcation. Qu’un réveil se produise : vous verrez les églises et les individus qui ne connaissent que la repentance selon le monde s’éveiller, s’agiter un moment, puis se refroidir. Que la chose se répète plusieurs fois, et vous trouverez que ces gens-là sont de plus en plus difficiles à arracher au sommeil ; ils finiront par devenir aussi durs que la pierre, de sorte que, rien au monde ne pourra les rallier de nouveau à un réveil. Ceux qui ont passé par la vraie repentance sont entièrement différents ; qu’ils traversent plusieurs réveils successifs et vous les trouverez de plus en plus doux, tendres, sensibles; jusqu’à ce qu’ils arrivent à un état où le moindre appel les trouve toujours embrasés d’ardeur et prêts. à se mettre à l’oeuvre.

La différence qu’il y a entre ces deux classes de chrétiens est aussi grande que celle qu’il y a entre les ténèbres et la lumière. Partout vous retrouverez cette même différence soit entre les églises, soit entre les membres des églises.

Quant, aux pécheurs déclarés, la loi de l’endurcissement du coeur se manifeste chez eux telle que nous venons de la constater chez les « chrétiens » qui ne connaissent que la repentance selon le monde. Ceux d’entre ces pécheurs qui ont vu plusieurs réveils en viennent à se moquer de toute religion, et bien que le ciel soit comme chargé de nuages de miséricorde au-dessus de leur tête, ils n’y font aucune attention et rejettent tout ce qu’on peut leur en dire.

 

9. Elle cautérise la conscience.

Ceux qui n’ont pas passé par la vraie repentance courent le risque de tomber dans le désespoir chaque fois que la vérité illumine leur esprit. Le chrétien réel pourra avoir une conviction de péché plus forte que la leur, mais la paix remplira son coeur au moment même où cette conviction de péché lui fera verser les larmes les plus abondantes. Et chaque fois que cette conviction de péché se renouvellera, il deviendra, plus vigilant, plus attentif, plus sensible, jusqu’à ce que, semblable à la prunelle de son oeil, sa conscience soit si délicate que la moindre apparence de mal l’offusque. Mais, quant à cette repentance qui n’est point le renoncement du coeur au péché, elle laisse le coeur plus dur qu’auparavant, et peu à peu, semblable au fer rouge, elle cautérise la conscience et produit la mort.

 

10. Elle n’accepte pas .Jésus-Christ comme fondement de toute espérance.

Celui qui n’a que la repentance du monde, compte sur le changement de sa conduite, sur sa repentance, ou sur quelque autre chose, ce qui ne le conduit pas à mettre en Jésus-Christ cette confiance qui produit l’amour et qui pousse à travailler sans relâche à l’avancement du règne de Dieu.

 

11. C’est une repentance dont on se repent.

C’est immanquable, ceux qui n’ont que cette repentance en arriveront peu à peu à avoir honte des sentiments sérieux qu’ils ont eus. Ils n’oseront plus en parler, ou s’ils en parlent, ce sera toujours légèrement et froidement. Ils se sont peut-être beaucoup agités au moment du réveil, ils semblaient engagés dans l’oeuvre autant que personne, souvent même on les a vus donner dans les extrêmes en tout ce qui se faisait. Mais une fois le réveil passé, on les voit s’opposer aux mesures nouvelles, revenir en arrière, et avoir honte de leur zèle précédent. Il est de fait qu’ils se repentent de leur repentance.

Après que ces personnes-là se sont jointes à l’église, elles ont honte d’être venues au banc des pénitents. Quand le moment de la plus grande ferveur du réveil est passé, elles commencent à parler du trop d’enthousiasme que l’on aurait eu et de la nécessité de revenir à une « religion plus sobre et plus égale. » La raison secrète de toute cette conduite, c’est qu’elles n’ont eu qu’une repentance dont elles se repentent maintenant.

On rencontre parfois des personnes qui font profession d’avoir été converties dans un réveil et qui combattent les mesures mêmes, les doctrines et les moyens par lesquels elles font profession d’avoir été converties. Vous ne verrez jamais cela chez le vrai chrétien ; vous ne le verrez jamais avoir honte de sa repentance. Les émotions qu’il a ressenties dans un réveil sont la dernière chose au monde dont il aurait honte.

 

REMARQUES

 

1. Ce que j’ai dit a dû mettre en évidence, pour vous, l’une des raisons pour lesquelles il y a tant de religion intermittente dans l’église.

On a confondu la conviction de péché avec la conversion, la tristesse selon le monde avec la tristesse selon Dieu. Après des années d’observation, je demeure convaincu que telle est bien la véritable cause de l’état déplorable de l’église dans tout le pays.

 

2. Nous voyons ici pourquoi tant de pécheurs convaincus de péché considèrent comme une lourde croix le fait de devenir chrétiens.

Ils regardent comme une grande épreuve l’obligation d’abandonner leurs péchés et leurs compagnons incrédules, tandis que s’ils avaient la vraie repentance, ils n’auraient pas l’idée d’y voir un sacrifice à faire. Je me rappelle les sentiments que j’éprouvai, lorsqu’encore inconverti, je vis pour la première fois des jeunes gens devenir chrétiens et se joindre à l’église; je pensais qu’après tout c’était une bonne chose que d’avoir de la religion, parce que l’on sauvait son âme et que l’on s’assurait le ciel; mais pour le présent, la conversion me semblait être une chose fort triste, et je ne supposais pas que ces jeunes gens pussent être heureux actuellement. Cette manière de penser est fort commune ; on regarde la religion comme bonne en somme, bonne particulièrement pour la fin de la vie; mais, on regarde comme impossible d’être heureux présentement dans la piété. Tout cela vient de ce qu’on se méprend sur la nature de la vraie repentance. On ne comprend pas que cette repentance conduit, à prendre en horreur les choses qu’on aimait. Les pécheurs ne comprennent pas que lorsque leurs jeunes amis deviennent de vrais chrétiens, ils ont horreur de leurs bals, de leurs amusements et de toutes leurs folies pleines de péché, et que tout amour pour ces choses est désormais crucifié en eux.

J’ai connu une demoiselle qui fut convertie à Dieu et dont le père était un mondain très orgueilleux. Elle aimait beaucoup la toilette, les leçons de danse et les bals. Une fois convertie, son père voulut la forcer à aller aux leçons de danse. Il l’accompagna, comme il avait coutume de le faire, et la força à danser. Mais elle se prit à pleurer, et sa tristesse et son horreur de la danse devinrent tels, qu’elle ne put que se retirer à l’écart et éclater en sanglots. Vous en voyez la cause, je pense. Elle s’était vraiment repentie de toute sa vie passée et de tous ses amusements mondains, et sa repentance était celle « dont on ne se repent jamais. »

Quelle compassion elle avait pour ses gaies compagnes des jours précédents ! et quelle horreur pour leur étourdie gaîté! Combien il lui tardait que l’heure de la réunion de prières eût sonné ; et combien grandie était la joie qu’elle y trouvait! Les impénitents et ceux qui n’ont connu que la repentance du monde sont dans une bien grande erreur au sujet du bonheur qu’éprouve le chrétien réel.

 

3. Vous voyez maintenant ce qui en est de ces chrétiens qui regardent comme une croix l’obligation d’être strict dans sa conduite. Ces chrétiens-là font toujours l’apologie de leurs péchés, ils plaident toujours en faveur de certaines choses qui ne sont pas compatibles avec un vrai christianisme. C’est ce qui montre qu’ils aiment encore le péché, et qu’ils iront dans le péché aussi loin qu’ils l’oseront. S’ils étaient de vrais chrétiens, ils auraient le péché en horreur, ils se détourneraient de lui et regarderaient comme une croix d’être mis forcément en contact avec lui.

 

4. Vous voyez pourquoi il y a tant de chrétiens qui ne sont pas heureux dans leur religion.

Ils ne sont ni joyeux ni heureux. Ils sont au contraire très chagrinés de ce qu’il y a tant de choses qu’ils aiment et auxquelles ils doivent renoncer, ou de ce qu’ils doivent donner tant d’argent; ils sont toujours dans l’anxiété. Au lieu de se réjouir de chaque occasion qui leur est donnée de renoncer à eux-mêmes, au lieu de voir avec bonheur la vérité exposée de la façon la plus évidente et la plus incisive, c’est une grande peine pour eux qu’on leur dise quel est leur devoir, quand ce devoir contrarie leurs inclinations et leurs habitudes. La vérité claire et nette les jette dans la détresse. Pourquoi? — Parce qu’ils n’aiment pas à faire leur devoir. S’ils aimaient à le faire, chaque rayon de la lumière divine venant à l’éclairer serait pour eux le bienvenu et les rendrait de plus en plus heureux.

Si quelqu’un fait profession d’être chrétien et se sent gêné et malheureux parce que la vérité le presse, et si son coeur ne cède point à cette vérité et ne s’attache point à elle pour faire tout ce qu’elle exige, HYPOCRITE est le vrai nom de cet homme-là. Quand vous verrez des gens qui font profession de piété être dans la détresse comme les pécheurs angoissés, et que vous verrez leur détresse augmenter à mesure que vous leur signalerez leurs péchés, soyez sûrs qu’ils ne se sont jamais repentis véritablement et qu’ils n’ont point renoncé à eux-mêmes pour se donner à Dieu.

 

5. Vous voyez pourquoi beaucoup de gens qui ont fait profession d’être convertis, et qui ont passé par une grande angoisse au temps de leur conversion, apostasient ensuite.

Ils eurent de profondes convictions de péché et une grande détresse dans leur âme, puis ils trouvèrent le soulagement, et leur joie fut très grande, de sorte qu’ils jouirent pendant quelque temps d’un bonheur extraordinaire. Mais peu à peu ils déclinèrent et enfin ils apostasièrent. Ceux qui ne font pas la distinction convenable entre la vraie et la fausse repentance et qui pensent qu’une âme ne peut pas être « profondément travaillée » sans l’intervention du pouvoir divin, appellent cela « déchoir de la grâce. » Mais la vérité est « qu’ils se sont retirés parce qu’ils n’étaient pas des nôtres. » Ils n’ont jamais eu cette repentance qui tue et anéantit la disposition à pécher.

 

6. Vous voyez pourquoi les chrétiens rétrogrades sont si malheureux.

De ce que j’ai dit que la disposition à pécher doit être anéantie et remplacée par la disposition contraire, vous inférerez peut-être que selon moi tout vrai chrétien est parfait. Mais cette conclusion ne serait pas juste. Il y a une différence radicale entre un chrétien rétrograde et un hypocrite dont la vie ne correspond pas à la profession. L’hypocrite aime le monde et jouit du péché chaque fois qu’il en goûte. il peut éprouver des frayeurs, des remords, de l’appréhension au sujet des risques que court sa réputation, son honorabilité; mais en somme il jouit du péché. Il n’en est pas ainsi du chrétien rétrograde. Il a perdu son premier amour; puis il est tombé dans la tentation et a marché dès lors dans le péché. Mais il n’aime pas le péché; le péché lui est toujours amer; il se sent toujours malheureux et loin de la maison paternelle. Il est vrai qu’il n’a pas actuellement l’Esprit de Dieu; il n’a pas non plus l’amour de Dieu actif en lui de manière à le garder du péché; mais il sent qu’il. est un misérable, et il en est malheureux. Il est aussi différent de l’hypocrite que possible. Quand il a abandonné l’amour de Dieu, il a pu être livré à Satan pour un temps, pour la destruction de la chair, afin que l’esprit pût être sauvé ; mais il ne peut plus jouir du péché comme autrefois; il ne trouve plus aucune jouissance dans les plaisirs du monde, comme c’était le cas avant sa conversion. Il ne pourra plus jamais « boire l’iniquité comme de l’eau. » Mais il souffrira aussi longtemps qu’il vivra en cet état. S’il y a, ici de telles gens ils savent tout cela.

    

7. Vous voyez pourquoi des pécheurs « convaincus », mais non encore vraiment repentants, sont effrayés à la pensée de s’engager à abandonner leurs péchés.

Ils disent qu’ils n’osent pas promettre cela, parce qu’ils craignent de ne pas tenir leur promesse. La raison en est qu’ils aiment le péché. L’ivrogne sait qu’il aime les boissons alcooliques et bien qu’il puisse être contraint de tenir sa promesse de s’en abstenir, sa passion en réclamera toujours. Ainsi en est-il du pécheur convaincu de péché. Il sent qu’il aime le péché, que le lien qui l’attache au péché n’a jamais été brisé, aussi n’ose-t-il pas faire de promesse.

 

8. Vous voyez pourquoi certains chrétiens de profession sont si opposés aux engagements à prendre.

C’est toujours par la même raison. Ils aiment tant leurs péchés, ils savent si bien que leurs coeurs plaideront en faveur de ces péchés, qu’ils sont effrayés à la pensée de promettre de les abandonner. Beaucoup de gens qui font profession d’être chrétiens refusent néanmoins de se joindre à l’église. La raison secrète en est qu’ils sentent leur coeur encore attaché au péché et qu’ils n’osent prendre les engagements que suppose l’entrée dans l’église; ils redoutent la discipline ecclésiastique pour le cas où ils viendraient à pécher. Ces gens-là savent qu’ils sont des hypocrites.

 

9. Ceux d’entre vous qui ne connaissent que la tristesse selon le monde peuvent maintenant voir où est l’obstacle à leur salut, et quelle est la raison pour laquelle ils ne sont pas convertis.

Il se peut que leur intelligence juge si bien du péché, que si leur coeur était en harmonie avec elle, ils seraient chrétiens. Et peut-être croient-ils que cet état de leur pensée constitue la vraie repentance. Mais si vraiment ils avaient la volonté d’abandonner tout péché, ils n’hésiteraient pas à en prendre l’engagement, et ils ne craindraient pas de le faire à la face du monde. S’il y a ici des personnes de cette catégorie, je les prie de s’approcher maintenant et de prendre ces sièges. Si vous avez la volonté d’abandonner le péché, vous aurez la volonté de le promettre et vous accepterez que l’on sache que vous l’avez fait. Mais si vous résistez à votre conviction, si votre coeur se décide à suivre vos péchés, bien que votre intelligence éclairée voie très bien ce que vous devez faire, tremblez alors dans l’attente des choses qui doivent fondre sur vous! Toutes vos convictions ne vous serviront de rien ; elles ne serviront qu’à vous précipiter plus profondément dans l’enfer, parce que vous leur aurez résisté.

Si vous avez la volonté d’abandonner vos péchés, vous pouvez le témoigner de la façon que j’ai indiquée. Mais si vous aimez encore vos péchés et si vous voulez continuer à les pratiquer, vous pouvez rester sur vos sièges. Et maintenant, après nous être levés pour la prière, dirons-nous à Dieu que ces pécheurs ne veulent pas abandonner leurs péchés, que tout en étant convaincus qu’ils ont tort, ils aiment leurs idoles et veulent aller après elles ? Que le Seigneur ait pitié de ces âmes, car leur cas est affreux.

 

 

 


 

X° DISCOURS

 

MALHONNETE DANS LES PETITES CHOSES, MALHONNETE EN TOUT.

 

« Celui qui est injuste dans les petites choses l'est aussi dans les grandes.» Luc XVI :10.

 

C'est le principe que pose Jésus-Christ, et que je me propose d'exposer en montrant successivement :

 

I. En quel sens il ne faut pas le prendre.

II. Ce qu'il signifie.

III. Je prouverai ce qu'il affirme, à savoir que celui qui est malhonnête dans les petites choses, n'est en réalité pas honnête du tout.

IV. Je montrerai par quel principe agissent ceux qui, malhonnêtes dans les petites choses, semblent être honnêtes et même religieux dans les 'grandes.

V.  Je mentionnerai plusieurs cas où l'on manque souvent de principes dans les petites choses.

 

I.

 

Le sens que je ne donne pas au principe.

 

Je ne veux pas dire que si une personne est malhonnête dans les petites choses et se fait indûment de petits profits en de petites affaires, il soit certain que dans les affaires de grande importance, cette personne ne se conformera pas aux règles généralement admises de la loyauté commerciale.

Je ne veux pas dire que si un homme commet de petits vols ou se rend coupable de légères déprédations, il deviendra infailliblement un voleur de grand chemin. Il pourra, en effet, avoir bien des raisons pour ne pas commettre des délits plus graves. Je ne veux pas dire que si l'on tolère en soi des pensées impures, on en arrivera certainement à commettre l'adultère.

Que si l'on nourrit dans son coeur des pensées de convoitise, on ne manquera pas d'en arriver à commettre le vol.

Que si l'on se livre à des sentiments malveillants envers quelqu'un, on sera fatalement conduit au meurtre. Ou que si l'on tient un de ses semblables dans l'esclavage et qu'on le prive d'instruction et de tous les droits de l'homme, on en arrivera certainement à commettre d'autres crimes d'une pareille énormité.

Ou encore que si quelqu'un fait tort au gouvernement en de petites choses, comme l'affranchissement des lettres, les droits de douane, etc., il pillera le trésor public.

 

II.

 

Quel est donc le sens du principe que pose ici Jésus-Christ, à savoir que si l'on est malhonnête dans les petites choses, l'on n'est réellement honnête en rien ?

 

J'entends ce principe en ce sens que si quelqu'un est malhonnête dans les petites choses, cela montre qu'en aucune chose il n'agit par principe. Il est donc certain que ce n'est pas la réelle honnêteté du cœur qui le conduit à agir correctement dans les grandes choses. Il obéit à des motifs d'un autre ordre lorsqu'il paraît agir honnêtement dans les grandes choses tandis qu'il agit malhonnêtement dans les petites.

 

III.

 

Preuve de la vérité du principe.

 

Je ne veux pas le tenir pour accordé, malgré la déclaration formelle du Seigneur Jésus-Christ. Je désire au contraire mentionner plusieurs considérations à l'appui. Elles ne seront pas superflues, car on se figure généralement qu'il est possible d'être honnête dans les grandes choses et de mériter la réputation d'honnête homme, tout en étant coupable de malhonnêteté dans les petites choses.

 

1. Si un homme était pénétré d'un profond respect pour l'autorité de Dieu, et si c'était là la disposition habituelle de son âme, cette disposition se manifesterait tout aussi bien dans les petites choses que dans les grandes.

J'ajoute même que dans les petites choses, il est plus sûr encore qu'un tel homme agira consciencieusement, parce qu'ici la tentation à s'écarter de la droite voie sera plus faible. Qu'est-ce que l'honnêteté? Si un homme n'a pas d'autres motifs pour agir honnêtement que l'égoïsme, le démon est aussi honnête que lui; car je ne doute pas que le démon ne soit honnête dans ses rapports avec les autres mauvais esprits autant que le demande son propre intérêt. Mais, est-ce là de l'honnêteté ? — Certainement non ! Si donc un homme n'a pas de motifs plus élevés pour agir honnêtement, il n'est pas honnête du tout.

 

2. Il est certain que si quelqu'un est malhonnête dans les petites choses, ce n'est pas l'amour de Dieu qui est le principe de ses actions.

Autrement, il sentirait que la malhonnêteté dans les petites choses est tout aussi incompatible avec cet amour que la malhonnêteté dans les grandes. Celle-là est une violation de la loi de Dieu aussi réelle que celle-ci, et celui qui aime véritablement. Dieu ne se permettra pas plus l'une que l'autre.

 

3. Il est certain que celui qui est malhonnête dans les petites choses n'est pas inspiré par un réel amour pour le prochain tel que le requiert la loi de Dieu.

S'il aimait son prochain comme lui-même, il ne voulait pas plus lui faire du tort dans les petites choses que dans les grandes. On s'expliquerait même mieux qu'il

dans quelque grande chose, sous l'empire d'une puissante tentation. Rappelez-vous l'histoire de Job. Ce patriarche aimait vraiment Dieu et vous savez quelle souffrance il endura sans jamais vouloir prononcer un mot qui pût donner tort à Dieu. Quand sa détresse devint intolérable et que son âme entièrement dans les ténèbres ne pouvait trouver aucune raison à tant de souffrances; quand sa femme elle-même osa l'inciter à maudire Dieu avant de mourir, il demeura ferme et dit :

« Tu parles comme une femme insensée. Quoi! nous recevons de Dieu les biens et nous n'en recevrions pas les maux! » Supposez-vous que Job aurait abandonné son intégrité en de petites choses ou dans de petites tentations? Jamais! Il aimait Dieu. Montrez-moi un homme qui aime aiment son prochain, vous ne le verrez pas lui faire du tort en cédant à de légères tentations.

 

IV.

 

J'examinerai quelques-uns des mobiles qui font agir celui qui, malhonnête dans les petites choses, semble néanmoins honnête dans les grandes.

 

Au premier abord, il semble que les faits contredisent notre texte. Jésus-Christ a dit : « Celui qui est injuste dans les petites choses, le sera aussi dans les grandes. » Or, il y a beaucoup de gens qui dans les petites choses manquent visiblement de principes et qui dans les grandes semblent honorables et même pieux. Comment expliquer cela? La contradiction disparaîtra dès que nous aurons montré qu'ici l'honnêteté apparente dans les grandes choses s'explique par des motifs qui n'ont rien de commun avec l'intégrité du coeur.

 

1. On peut agir honnêtement dans les grandes choses par crainte du déshonneur.

On sait que certaines petites choses peu avouables ne parviendront certainement pas à la connaissance du public, qu'on ne fera pas du bruit pour si peu, aussi se les permet-on; mais on se garde bien de se conduire d'une manière répréhensible en des choses plus importantes, parce qu'on sait que cela ferait du bruit. Ce qui revient à dire qu'une considération égoïste l'emporte sur une autre. Toujours égoïsme et non pas honnêteté !

Un commerçant voit qu'il se ferait grand tort s'il était malhonnête avec des hommes d'affaires, aussi traitera-t-il honnêtement avec eux pour d'importantes sommes ; mais en de petites choses, où il ne risque pas de compromettre sa réputation, il fera autant de profits illicites qu'il pourra. Il paiera une couturière un peu moins que cela n'est juste, tandis qu'il se gardera bien de tromper sur une balle de marchandise. Quand il a affaire à un homme qui n'a ni crédit, ni rang dans la société, il lui extorque quelques sous, vu qu'il n'y a pas là de scandale à craindre; mais aucune considération ne le déterminera à faire un acte qui l'exposerait au blâme et au mépris du public.

 

2. La crainte des lois humaines peut porter un homme à agir honnêtement en des choses que la loi prendrait en considération ; tandis qu'en de petites choses que la loi dédaigne, ce même homme se permettra d'agir frauduleusement.

 

3. L'amour de la louange porte beaucoup de gens à agir extérieurement d'une manière honnête, honorable, et même pieuse, en ce qui doit, selon toute apparence, arriver à la connaissance du public.

On retiendra injustement quelques sous à un pauvre ouvrier sur le prix de son travail, tandis que dans les grandes occasions, on fera montre d'une libéralité princière. Les mêmes hommes qui font preuve de la plus sordide avarice vis-à-vis de leurs domestiques, de leurs couturières, et autres pauvres gens qu'ils emploient, leur disputant jusqu'au dernier centime, enverront par un hiver rigoureux des charretées de combustibles pour les pauvres, ou donne ont de grosses sommes d'argent aux différents comités de bienfaisance. Il est visible qu'ils agissent par amour pour la louange, c'est-à-dire par amour pour eux-mêmes, et non par amour pour Dieu et pour les hommes.

 

4. La peur de Dieu. On sera effrayé à la pensée de la colère de Dieu, de sorte que l'on se gardera de commettre des actes malhonnêtes de quelque importance; mais l'on sera malhonnête en de petites choses parce que l'on suppose que Dieu ne prendra pas garde à ces bagatelles.

 

5. L'homme peut mettre un frein à ses convoitises pour obéir à un sentiment de propre justice.

Il agira honnêtement dans les grandes choses afin de conserver la bonne opinion qu'il a de lui-même; tandis que dans de petites choses il agira comme un coquin.

J'ai dit en commençant que si un homme se permet un gain déshonnête en de petites choses, il n'en faut pas conclure que cet homme n'agira jamais avec une apparente droiture.

 

6. On peut, en effet, agir correctement dans les grandes choses sous l'empire des motifs les plus divers.

Tel qui commet de petits larcins peut avoir beaucoup de raisons (où l'honnêteté n'a rien à voir) pour ne pas se livrer au brigandage sur les grands chemins et pour ne pas pratiquer l'enlèvement des porte-monnaie dans les foules. Il peut n'avoir pas assez de courage, ou d'adresse, ou d'énergie;  il peut avoir peur de la loi, peur du déshonneur, et bien d'autres motifs de la même espèce.

On peut tolérer habituellement en soi des pensées impures sans arriver à commettre l'adultère. On peut être retenu non par un principe moral, mais par la frayeur, par le manque d'occasion, par toutes sortes de raisons. Mais il est certain que celui qui tolère en son âme des pensées, impures, agira d'une manière impure chaque fois qu'il n'y aura pas quelque raison étrangère à l'amour de Dieu pour l'en détourner.

Un homme peut aimer l'argent et ne pas voler ; mais il est animé d'un esprit qui le conduirait au vol, s'il n'était retenu par des motifs tirés de son intérêt personnel et des circonstances ou il se trouve.

Un homme peut être colère et néanmoins ne jamais tuer quelqu'un dans sa colère. Mais sa haine le conduirait au meurtre s'il n'existait pas de motif intéressé qui s'y opposât.

Un homme peut opprimer son semblable, le tenir en esclavage, le priver d'instruction, le forcer à travailler pour lui, sans aucun salaire; et cependant ne pas commettre le meurtre proprement dit, ne pas aller non plus en Afrique faire la traite des esclaves, et cela parce qu'il ne veut pas mettre en péril sa réputation et sa vie. En effet, si pour satisfaire son orgueil et son avarice, il dépouille son semblable de tout ce qui rend la vie désirable, ce n'est certainement pas par principe, je veux dire par amour pour Dieu ou pour l'homme, qu'il s'abstient d'aller plus loin dans la voie du crime.

De même, un individu qui vole au trésor des Etats-Unis les dix-huit centimes requis pour le port d'une lettre, ne sera pas empêché par ses principes de mettre le trésor à sec, s'il peut le faire avec la même espérance d'impunité. Les mêmes raisons qui lui permettent de faire l'un, lui permettront de faire l'autre.

Encore un exemple. Un homme se rend coupable d'exagération en racontant ce qu'il a vu, ou bien il présente les faits sous un jour qui n'est pas le vrai; et cependant il n'oserait pas faire un grossier mensonge. Il est pourtant clair que s'il exagère, s'il colore et dénature les faits avec l'intention de les faire paraître autres qu'ils ne sont, il ment réellement; et il en viendra à faire de grossiers mensonges quand son intérêt le demandera et qu'il ne sera plus retenu par aucune autre raison que le respect dû à la vérité.

 

V.

 

Je mentionnerai quelques cas où bien des gens sont malhonnêtes dans les petites choses, tandis qu'ils semblent honnêtes et même pieux dans les grandes.

 

1. On rencontre souvent des gens qui font preuve d'un manque de principe presque absolu en ce qui concerne le paient de toutes sortes de petites dettes, tandis qu'ils mettent beaucoup de soin et d'exactitude à payer les traites des banquiers et à faire honneur à leurs affaires.

Voici par exemple un homme qui s'abonne à un journal; le prix en est minime, de sorte que l'éditeur ne pourrait pas envoyer un agent spécial pour recueillir le prix des abonnements; aussi notre homme attend-il des années avant de payer le sien, et peut-être ne le paie-t-il jamais. Ce même homme aurait remué ciel et terre plutôt que de ne pas payer à leur échéance les traites qui lui viennent du banquier. Et pourquoi? Parce que s'il ne les payait pas, elles seraient protestées et son crédit en souffrirait. Mais une petite dette de quatre ou cinq francs pour un journal n'occasionnera pas un protêt, il le sait bien, aussi ne s’en met-il point en peine ; tant pis pour l’éditeur qui sera dans l’embarras et qui devra faire des frais pour recouvrer son argent, ou s'en passer! Evidemment cet homme ne paie pas les traites du banquier par vraie honnêteté, mais uniquement par égard pour son propre crédit et pour ses propres intérêts.

 

2. Voici un industriel qui emploie des couturières et pour pouvoir vendre meilleur marché que ses concurrents, il paie leur travail au-dessous de sa valeur. Il est clair que cet homme n'est honnête en aucune chose; s'il semble l'être dans ses transactions publiques, ce n'est pas lui qu'il faut en remercier, car il ne faut pas en chercher la cause dans l'honnêteté de son coeur, mais bien dans son intérêt.

 

3. Chez d'autres, l'absence de principe se montre dans les petits vols qu'ils se permettent. S'ils sont pensionnaires dans une maison, ils voleront du combustible, par exemple. Ils ne veulent pas faire la dépense d'en acheter; il ne leur en faut qu'un peu pour faire de temps en temps du feu le matin ; aussi en prendront-ils une poignée dans la provision du voisin quand le besoin s'en fera sentir. Celui qui agit de la sorte montre que son coeur est entièrement perverti.

Un individu était assis dans une chambre où un monsieur avait laissé sur la table un grand verre de vin et une cruche d'eau. Le monsieur sortit de la chambre et laissa par mégarde la porte légèrement entre baillée; se retournant, il vit alors l'individu qui buvait une portion du vin, puis qui, pour cacher son méfait, achevait de remplir le verre avec l'eau de la cruche. Il est clair que cet individu prouvait par là qu'il aimait le vin, et que son honnêteté ne l'empêchait pas de voler; il montrait que ses principes devaient faire, de lui un ivrogne, s'il en avait les moyens, et un voleur s'il en avait l'occasion. En fait et en regardant au coeur, — c'est au coeur que Dieu regarde, — il était tout à la fois un ivrogne et un voleur.

 

4. Bien des gens agissent malhonnêtement à l'égard d'objets perdus par autrui, surtout quand il s'agit de quelque objet de peu de valeur. Ils ont trouvé un canif ou un porte-crayon peut-être, et ils ne font pas de recherches pour en trouver le propriétaire, même quand ils ont quelque raison de soupçonner quel il peut être. Il est clair qu'ils feraient de même pour un portefeuille plein de billets de banque, s'il y avait chance égale de n'être pas connu. Cependant les mêmes  gens, trouvant un portefeuille contenant vingt mille francs en billets de banque, publieront la chose dans les journaux et en feront grand tapage, faisant profession d'être des prodiges d'honnêteté. Le tout parce qu'ils savent bien que l'on ferait des recherches, que les billets sont numérotés, qu'ils seraient découverts, etc. Merveilleuse honnêteté que celle-là !

 

5. Beaucoup de gens se taisent sur de petites erreurs qui sont faites en leur faveur dans des règlements de compte, ou en changeant des valeurs, etc. Il est clair qu'il ne manque à ces gens-là que l'occasion, avec chance d'impunité, pour commettre des détournements beaucoup plus considérables.

 

6. On se permettra de la petite contrebande; cela est fréquent. Combien de gens qui, revenant d'Angleterre, s'arrangent pour passer en contrebande quantité de petits articles ; ils pensent, que ce qu'ils font là n'est pas grave, vu que la somme qu'ils économisent ainsi est petite. Mais plus elle est petite, et plus le soin qu'ils auraient mis à la payer aurait mis en évidence leur intégrité et leur respect pour la loi. Le fait que la tentation est petite et qu'elle est cependant plus forte en eux que le principe de l'honnêteté, montre combien est faible en eux ce principe. Ces mêmes gens pas seraient en contrebande un navire s'ils pouvaient le faire avec la même facilité et la même impunité. Si l'on peut consentir à vendre son intégrité pour une petite somme, on n'aura pas  d'objection à la vendre pour une grande.

 

7. On fraudera la poste en mainte petite chose (1)

(1) Suit, dans l'anglais, la mention d'un abus qui a disparu depuis l'invention des timbres-poste. Supprimée ici, en conséquence: en revanche, numéros 8 et 9, ajoutés. (Trad.)

 

8. Beaucoup de gens empruntent des livres, et ne se mettent pas en peine de les rendre. Ils n'y mettent ni soin, ni importance, ni conscience. Ils les oublient eux-mêmes; ou bien ils pensent que le prêteur les oublie; ou bien encore, ils pensent que s'ils ne les rendent pas, le prêteur attribuera le fait à un oubli de leur part. Dans tous les cas, pensent-ils, les conséquences n'en sont pas graves. Mais le principe? Votre conduite ne montre-t-elle pas qu'il n'a aucune puissance en vous? Et s'il n'a pas de puissance dans les petites choses, est-ce à lui que sera la puissance dans les grandes?

 

9. Falsifications de marchandises.

Vin, denrées alimentaires, lait, etc. etc. Encore ici, beaucoup de gens montrent une totale absence de principe. Un peu d'eau dans le lait, peu de chose, disent-ils. — Peu de chose? Cependant vous cherchez à en mettre le plus que l'on peut, en mettre sans s'attirer du désagrément. Vous en mettez donc autant que vous pouvez. Et pourquoi? Parce que votre propre intérêt, votre égoïsme le veut ainsi,

D'autre part, il est vrai, vous en mettez peu, peu en comparaison de ce que, matériellement, vous pourriez mettre encore. Mais si, à ce point de vue, vous en mettez peu, à quoi le devons-nous? Pas à vos principes assurément; mais à votre crainte de la police et de tous les ennuis que l'indignation de vos clients pourrait vous susciter, à votre crainte du déshonneur et de la ruine de votre industrie, c'est-à-dire encore une fois à votre propre intérêt, à votre égoïsme.

L'égoïsme est donc ici le seul principe. C'est lui qui vous fait mettre une si forte proportion d'eau et c'est encore lui qui s'oppose à ce que cette proportion soit plus forte. Si vous n'avez en ces petites choses d'autre principe que l'égoïsme, comment peut-on supposer que ce soit l'amour de Dieu et des hommes qui vous inspire en des choses plus considérables?

 

REMARQUES

 

1. L'état réel du coeur de l'homme se manifeste souvent avec plus d'évidence dans les petites choses que dans les grandes.

A cet égard, les hommes sont souvent dans une grande erreur; ils pensent que leur honnêteté dans les grandes choses prouve l'honnêteté de leur coeur, en dépit de la déloyauté dont ils font preuve dans les petites choses. C'est pourquoi ils ne manquent pas d'être sur leurs gardes dans les grandes choses, tandis qu'ils sont pleins d'insouciance dans les petites; c'est ainsi qu'ils manifestent le véritable état de leur coeur. Ils ne voient pas que leur honnêteté dans les grandes choses découle d'un principe mauvais; qu'elle procède du DÉSIR DE PARAÎTRE honnête et non pas de la DÉTERMINATION D'ÊTRE honnête. Ils ne font pas attention à leurs petites fraudes, parce que leur attention se porte sur celles des manifestations de leur caractère qui paraissent le plus en public, et qu'ils tiennent leur honnêteté pour bien établie, tandis que leur coeur est profondément corrompu. Celui qui s'écarte de la stricte intégrité dans de petites choses quand il n'est pas surveillé, ne se conduit pas par principe, ce n'est pas l'honnêteté du coeur qui le fait agir. Si vous voulez connaître votre vrai caractère, examinez votre coeur et observez comment la disposition qui y domine se manifeste dans les petites choses.

Vous êtes, par exemple, employé au service d'autrui et vous ne vous faites aucun scrupule de flâner de temps en temps, quand votre maître n'y est pas. Dans ces moments-là vous abandonnez le travail ou vous le faites mal, ce que vous ne feriez pas sous les yeux de votre maître. L'homme qui agit de la sorte est complètement (1) malhonnête et ne mérite aucune confiance; il prendrait de l'argent dans la bourse de son maître s'il n'était pas retenu par la crainte d'être découvert ou par tout autre motif également égoïste. On ne pourra se fier à lui que dans les circonstances où son intérêt exigera de lui une conduite honnête.

Ceux qui, le sachant et le voulant, rapportent inexactement dans leurs conversations les faits qu'ils connaissent, seront faux témoins devant les tribunaux quand ils y seront poussés par l'intérêt et que l'impunité leur sera assurée. Ils ne disent jamais la  vérité parce qu'elle est la vérité; ils ne la disent pas parce qu'ils l'aiment. N'ayez jamais confiance en eux.

Ceux qui sont impurs dans leurs paroles, le seront dans leur conduite, moyennant opportunité et impunité. Tenez à distance tout homme et toute femme qui se permettra des discours impurs, ne fût-ce qu'en conversant avec ceux de son sexe. Ceux qui sont chastes par principe n'auront pas moins d'éloignement pour les paroles impures que pour les actes impurs. Ils auront, en horreur « même la tunique souillée par la chair. »

(1) Complètement, dit Finney; peut-être n'en sera-t-il pas ainsi aux yeux des hommes, qui regardent aux apparences; mais il en sera ainsi aux yeux de Dieu qui regarde au coeur; il en sera ainsi en réalité. (Trad.)

 

2. Quiconque se livre volontairement à un péché quelconque montre par là qu'il ne s'abstient pas des autres péchés parce qu'ils sont des péchés.

S'il haïssait le péché comme tel, il ne se livrerait pas plus à un péché qu'à un autre. Si quelqu'un s'en va choisir parmi les péchés évitant l'un, pratiquant l'autre, il est évident qu'il ne s'abstient d'aucun péché par haine du péché ou par respect pour l'autorité de Dieu (1).

(1) Nous omettons ici, à propos de l'oeuvre de la tempérance, une remarque qui, à sa place en Amérique, ne le serait pas parmi nous. (Trad.)

 

3. Celui qui pour gagner de l'argent vend des liqueurs enivrantes et présente à sou prochain la coupe qui va ruiner son corps et son âme; consentirait à vendre son semblable comme esclave, s'il y trouvait son bénéfice et sa convenance, et s'il pouvait, le faire avec impunité.

Si l'égoïsme est si puissant en lui, qu'il puisse consentir à donner des liqueurs fortes à son prochain, afin d'en retirer de l'argent, l'égoïsme seul, sous quelque autre forme venant à prévaloir sur l'amour de l'argent, pourra l'empêcher d'assassiner son prochain ou de le vendre comme esclave. Il peut aimer assez sa réputation, craindre assez les pénalités de la loi humaine, ou redouter assez la destruction de sa propre âme pour renoncer à commettre un pareil crime; mais ce n'est certainement pas le principe de l'amour de Dieu et des hommes qui l'en préservera.

 

4. Celui qui tient dans l'esclavage quelques-uns de ses semblables, afin de parvenir à ses fins égoïstes, réduirait en esclavage beaucoup d'autres personnes et même tout le monde, si ses intérêts le demandaient et s'il avait pour cela les facilités qu'il a eues à l'égard des esclaves qu'il possède déjà.

Si un homme s'empare des droits d'un seul de ses semblables, il n'aura aucune répugnance à s'emparer des droits de tous les hommes, s'il peut le faire avec la même impunité. Celui qui dépouille un homme noir de sa liberté et en fait un esclave, ne se fera aucun scrupule de réduire en esclavage un homme blanc, s'il rencontre pour cela des circonstances également favorables. Celui qui soutient que le travailleur noir du sud doit être tenu en esclavage, soutiendrait une thèse semblable, s'il l'osait, afin de réduire en esclavage les travailleurs blancs du nord; il se servirait pour cela des mêmes arguments; il dirait que la paix et l'ordre l'exigent et que les travailleurs s'en trouvent beaucoup mieux quand ils ont un maître qui prend soin d'eux. Le fameux argument biblique, lui aussi, se trouverait aussi bon en faveur de l'esclavage des blancs qu'en faveur de l'esclavage des noirs; il faudrait seulement avoir assez de puissance pour le traduire par des faits. Il est clair que celui qui détient, son prochain comme sa propriété, pourra de même le prendre comme sa propriété, s'il peut le faire avec la même impunité. En principe, les deux choses sont parfaitement identiques. Ce ne sont donc point leurs principes qui empêchent les esclavagistes de faire, en Afrique, le métier de voleurs d'hommes ou de faire la guerre afin de réduire en esclavage les libres travailleurs du Nord.

 

5. Celui qui ne veut pas renoncer à lui-même dans les petites choses afin d'avancer le règne de Dieu, ne serait pas prêt à endurer la persécution pour la cause de Dieu.

Il est clair que ceux qui ne peuvent renoncer à leur confort ne voudraient ni  du fouet ni du bûcher. Peut-être cependant que si la persécution venait à sévir, quelques-uns l'endureraient à cause des louanges qui leur en reviendraient; ils se piqueraient d'honneur et tiendraient à montrer leur vaillance. Il y a naturellement chez l'homme un esprit de résistance qui est souvent réveillé par la lutte et qui est capable de lui faire accepter le bûcher plutôt que de céder en un seul point. Toujours est-il que ce n'est pas le vrai amour pour la cause de l'Evangile qui pousse un homme à endurer la persécution, alors qu'il ne veut pas renoncer à lui-même dans les petites choses pour le même motif.

 

6. Les petites circonstances manifestent souvent le véritable état du cœur.

Si nous voyons quelqu'un être malhonnête dans de petites choses, nous en conclurons naturellement qu'il le serait encore plus dans de grandes choses si les circonstances étaient également favorables.

Si vous trouvez une personne qui, par vanité, porte de petits ornements, vous pouvez être sûr que le coeur de cette personne-là est encore mauvais. Si une telle personne le pouvait, elle s'adonnerait tout entière à la vanité; elle le ferait certainement, si elle n'avait pas d'autres considérations pour la retenir que le respect pour l'autorité de Dieu et l'honneur de la religion. Vous avez tous les jours dans les rues l'occasion de faire de semblables réflexions. Vous y voyez des hommes portant leurs manteaux très soigneusement arrangés sur leurs épaules, de manière à en montrer le velours ; des femmes faisant balancer dans l'air les plumets de leurs chapeaux..... Il est étonnant de voir de combien de façons l'orgueil et la perversité du coeur se montrent dans les petites choses.

Vous dites que ce sont de petites choses; je le sais, et c'est précisément parce que ce sont de petites choses que je les mentionne. C'est parce qu'elles sont petites qu'elles montrent si clairement le vrai caractère des gens. Si l'orgueil n'était pas si profondément enraciné, il ne se montrerait pas en ces petites choses. Si un homme pouvait s'accorder la satisfaction d'habiter dans un palais et de vivre à l'avenant, on s'étonnerait moins qu'il succombât à une tentation si forte; mais quand sa vanité se montre dans les plus petites choses, il est évident qu'elle possède son. âme entière.

Qu'il est important de connaître tout cela et de rester dans la vigilance, l'oeil ouvert sur les petites choses,  de manière à savoir réellement ce que l'on est aux yeux de Dieu !

Qu'il est important de garder la plus stricte honnêteté de manière à ce qu'elle règle la conduite dans les plus petites choses aussi bien que dans les grandes ! C'est quelque chose de si beau que de voir un homme agissant dans les petites choses avec le même soin, la même conscience, la même droiture que dans les choses de la plus grande importance! Tant que ceux qui font profession de piété ne cultiveront pas cette honnêteté en toutes choses, ils seront un opprobre pour la religion.

Quel immense gain ne serait-ce pas pour la cause du Seigneur, si ceux qui font profession d'être chrétiens voulaient montrer une entière honnêteté, une entière pureté en toutes choses, vis-à-vis de tout le monde, de manière à rendre la religion recommandable aux yeux des incrédules! Qu'il est fréquent de voir ceux-ci fixer leur regard sur quelque petite infidélité du chrétien et s'étonner de rencontrer semblable chose dans la vie de celui qui prétend avoir la crainte de Dieu ! C'est un sujet constant de reproches adressés à la religion que toutes ces petites malhonnêtetés dont se rendent coupables beaucoup de ceux lui la professent. Le méchant ne manque pas de raisons pour croire que ces chrétiens de nom sont dénués de tout principe d'honnêteté, que la religion qu'ils professent n'est bonne à rien et qu'il ne vaut pas la peine de l'acquérir.

De quelle utilité peut-il être que cette dame parle de religion à sa servante inconvertie, quand celle-ci sait fort bien que sa maîtresse n'hésiterait pas à tromper et à tricher en quantité de petites choses? Ou à quoi servirait-il que ce marchand parlât à ses commis du salut de leurs âmes, tant qu'ils le voient peu consciencieux dans les petites choses, malgré tout le soin qu'il a de conserver les apparences de l'honnêteté dans des affaires plus considérables et mieux connues du public? Les exhortations de cet homme-là feraient plus de mal que de bien.

 


 

XI° DISCOURS

 

SE BIEN CONNAÎTRE                                                         

Chacun de nous est tenu de connaître le véritable état de son âme.

« Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. » 2 Cor XIII :5.

 

En parlant sur ce texte, je me propose de montrer :

 

I. ce qu'il demande,

II. la nécessité de faire ce qu'il demande,

III.  la possibilité de le faire,

IV. la manière de l'accomplir,

V. plusieurs points sur lesquels on est tenu de s'éprouver soi-même.

 

I

 

Ce que demande notre texte.

 

Il veut que nous connaissions notre propre coeur, que nous fassions ce qui est nécessaire pour nous éprouver nous mêmes et arriver à connaître le vrai état de notre âme devant Dieu. Il ne nous demande pas de mettre à l'épreuve notre force ou notre connaissance, mais notre caractère moral. Il veut que nous sachions ce que Dieu en pense, s'il nous tient pour des saints ou pour des pécheurs, et que nous ayons ainsi la certitude ou que nous sommes héritiers du ciel ou que nous le sommes de l'enfer.

 

II

 

La nécessité de cet examen.

 

1. Sans lui la paix n'est pas possible.

On peut être dans une apathie plus ou moins grande, mais l'apathie n'est pas la paix, loin de là. Il n'y a que bien peu de chrétiens de profession, bien peu d'auditeurs de l'Evangile qui puissent rester longtemps dans cette apathie et se garder de toute anxiété à la pensée de l'incertitude dans laquelle ils sont à l'égard de leur âme et de leur destinée éternelle. Je ne parle pas des hypocrites qui ont cautérisé leur conscience, ni des moqueurs qui peuvent avoir été abandonnés de Dieu. Mais, mettant à part ces deux classes de gens, je dis qu'un homme ne peut être en paix jusqu'à ce que la question indiquée par mon texte soit résolue pour lui.

 

2. Si ce point n'est pas réglé, l'entière loyauté chrétienne n'est pas possible non plus.

Un homme qui ne sait pas où il en est au point de vue spirituel, n'est pas parfaitement honnête dans sa religion. S'il fait profession d'être chrétien sans être sincèrement persuadé qu'il l'est, qui ne voit qu'il y a là un manque de loyauté? Un tel homme est au fond à demi hypocrite. Quand il prie, il est toujours dans le doute; il ne sait pas si ses prières sont agréables à Dieu, comme lui étant adressées par un de ses enfants.

 

3. Avoir cette vraie connaissance de soi-même est indispensable pour être utile.

Si quelqu'un en est réduit à agiter constamment en son esprit cette question : « Suis-je un chrétien ? » et à regarder sans cesse à l'état de son âme, se demandant avec angoisse quel il peut être; il est impossible qu'il n'y ait pas là un grand obstacle au bien qu'il pourrait faire. Si, quand il parle aux pécheurs, il n'est pas certain de n'en être pas un lui-même, il ne peut pas les exhorter avec cette assurance et cette simplicité qu'il aurait s'il sentait ses pieds sur le roc. C'est une idée chère à beaucoup de gens, qu'il est bon pour les saints d'être toujours dans l'obscurité, afin d'être gardés dans l'humilité. Comme si c'était un sujet d'orgueil pour un enfant de Dieu de se savoir enfant de Dieu ! Au contraire, une des plus puissantes considérations qu'il y ait au monde pour le garder de déshonorer Dieu est de savoir qu'il est son enfant. Aussi longtemps qu'un homme est dans l'incertitude à cet égard, il ne peut avoir qu'une faible foi et son utilité ne peut être grande.

 

III

 

Il nous est possible de connaître quel est le véritable état de notre âme.

 

C'est, l'idée favorite de beaucoup de gens, qu'en ce monde nous ne pouvons jamais savoir avec certitude quel est l'état de notre coeur devant Dieu. Des personnes dont le nombre est étonnamment grand semblent se faire une vertu de tous les doutes qu'elles ont sur leur état spirituel. Depuis des siècles on regarde assez généralement comme un indice fâcheux qu'un chrétien de profession ne soit pas rempli de doutes. On y voit, en effet, presque une preuve certaine qu'il ne connaît pas son propre coeur. Une des questions qui sont posées partout aux candidats à l'admission dans les églises, est celle-ci: « Avez-vous quelque doute quant à l'état de votre âme ? » Si le candidat répond : « Oh! oui, j'ai beaucoup de doutes, » on est satisfait, on y voit une preuve de spiritualité, de connaissance profonde de soi-même et surtout d'humilité. S'il n'a point de doutes, on est persuadé qu'il n'a qu'une connaissance très superficielle de son propre coeur et n'est probablement qu'un hypocrite. A l'encontre de tout cela, je maintiens que le devoir prescrit dans notre texte est un devoir praticable, et que les chrétiens peuvent se soumettre eux-mêmes à une épreuve telle qu'elle les amènera à la connaissance certaine de leur véritable état.

 

1. C'est ce qui ressort avec évidence du commandement donné dans notre texte : « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes. » Y a-t-il quelqu'un qui puisse croire que Dieu nous demanderait de nous examiner nous-mêmes et de reconnaître quel est notre vrai caractère, quand il saurait qu'il est impossible que nous y arrivions jamais?

 

2. Nous avons, pour nous éprouver nous-mêmes, le de tous les instruments, la conscience.

Votre conscience prononce avec la plus haute certitude possible sur toits les faits qui répondent à la grande question : « Quel est mon état devant Dieu? » Nous pouvons, nous devons avoir, quant à cette question, a même certitude qu'au sujet de notre existence. Car le témoignage de notre conscience existe; il est continuellement devant nous, indépendamment même de notre volonté. Il suffit que nous fassions attention pour arriver à être sûrs de notre état spirituel, comme nous sommes sûrs de notre existence personnelle.

 

3. Dieu nous donne des occasions si fréquentes de montrer par nos actes ce qui est dans notre coeur, que l'ignorance de notre état intérieur ne peut être attribuée qu'à la négligence.

Si nous vivions enfermés dans des cachots et que nous n'eussions aucune occasion d'agir, de mettre en oeuvre ce qui, est caché dans nos coeurs, nous ne serions pas autant à blâmer pour ne pas nous connaître nous -mêmes. Mais Dieu nous a placés exprès dans cette vie et dans telles et telles circonstances pour que nous puissions, comme il le  disait à Israël, nous éprouver nous-mêmes, connaître ce qui est dans notre propre coeur, et voir si nous voulons garder ses commandements.

Les circonstances si diverses où nous sommes placés ne peuvent manquer de faire impression sur notre esprit et de nous amener ù sentir et à agir d'une manière ou d'une autre. Ce sont là autant d'occasions de nous connaître nous-mêmes.

 

4. Nous avons de plus une règle parfaite qui nous permet de constater quel est notre véritable caractère.

La loi de Dieu nous donne la vraie pierre de touche qui nous permet d'apprécier l'état de notre coeur ; elle est la règle infaillible et invariable par laquelle nous devons lieus juger nous-mêmes. Nous pouvons apporter nos sentiments et nos actions à sa lumière, les comparer avec ses exigences, et connaître ainsi quelle est leur valeur aux yeux de Dieu, car Dieu nous jugera par cette même règle.

 

5. Nos circonstances sont telles que l'illusion quant à l'état de notre coeur ne peut s'expliquer que par un manqué de droiture.

Celui qui se fait illusion sur lui-même n'est pas seulement insouciant et négligent, il est décidément peu sincère. Il doit être possédé par l'orgueil, aveuglé par la volonté propre, autrement il saurait qu'il n'est pas ce qu'il fait profession d'être. Les circonstances qui l'appellent à se juger lui-même sont si nombreuses et si variées, que son illusion ne peut être qu'aveuglement volontaire. S'il n'avait jamais eu l'occasion d'agir, si jamais aucune circonstance n'avait éveillé de sentiments en lui, on comprendrait qu'il ne se connût pas lui-même. Une personne qui n'aurait jamais vu un mendiant, pourrait n'être pas capable de dire quels seraient ses sentiments à la vue d'un mendiant. Mais faites en sorte que cette personne rencontre des mendiants chaque jour, et si elle ne se rend pas compte des véritables dispositions de son coeur à l'égard des mendiants, alors qu'elle y est invitée, il y aura là mauvaise volonté de sa part.

 

IV.

 

Quelques remarques quant à la manière de s'examiner soi-même.

 

I. - CONSEILS NÉGATIFS. COMMENT IL N'Y FAUT PAS PROCÉDER.

 

1. Il n'y a pas à attendre que l'évidence se produise d'elle-même.

Beaucoup de gens semblent attendre dans une attitude passive que la lumière se fasse pour eux et leur montre, s'ils sont chrétiens ou non. Ils attendent que certains sentiments leur viennent. Peut-être prient-ils pour cela, et prient- ils même avec ferveur ; puis ils espèrent que tels ou tels sentiments viendront leur montrer avec une évidence entière qu'ils sont en état de grâce. Souvent ils refusent d'agir (dans le domaine religieux) jusqu'à ce que clarté leur soit accordée ; ils demeurent assis dans  une inaction absolue, attendant, attendant toujours qu'un jour ou l'autre l'Esprit de Dieu vienne les tirer du bourbier où ils restent stupidement plongés. Ils peuvent attendre ainsi jusqu'au jour du jugement : ils ne recevront jamais l'Esprit de cette façon-là.

 

2. Il  ne faut pas songer non plus à produire d'une manière directe et artificielle les sentiments qui apporteront la réponse désirée.

L'esprit de l'homme est ainsi constitué que ce n'est pas en s'efforçant d'avoir des sentiments qu'il réussira à en avoir. Nous aurions beau faire pour cela les plus grands efforts; ces efforts seraient contraires à toute bonne philosophie, ils seraient totalement absurdes. Il faut présenter à notre esprit l'objet capable d'éveiller en nous l'émotion ou le sentiment.  Tant que notre esprit est occupé de nos propres efforts, le sentiment ne peut pas se produire. Nous devons donc oublier nos sentiments et nos efforts et contempler l'objet propre à éveiller en nous les sentiments que nous devons avoir, et ces sentiments se produiront. Mais quant à vouloir produire directement en soi le sentiment, autant vaudrait s'efforcer de voir en fermant les yeux ou dans une chambre obscure. Comme il n'y a dans la chambre obscure aucun objet propre à éveiller en nous le sens de la vue, nous aurions beau faire tous nos efforts pour voir, nous ne verrions rien. Si le regard de l'âme se fixe sur elle-même et s'occupe à observer l'émotion intérieure, l'émotion aussitôt cesse d'exister, parce que l'attention est détournée de l'objet qui l'a produite.

 

3. Vous ne serez jamais éclairé sur votre situation, en perdant votre temps à vous lamenter sur l'état de votre cœur.

Beaucoup de gens perdent leur temps à gémir : « Hélas je ne sens rien, je ne puis rien sentir, mon coeur est si dur! » Et peut-être s'efforcent-ils de produire en eux des sentiments. C'est aussi philosophique que s'ils essayaient de voler dans les airs. Tant qu'ils sont là à ne rien faire, à se lamenter et à s'occuper de la dureté de leur coeur, ils sont la risée du démon. Représentez-vous un homme qui s'éloigne lui-même du feu et qui se lamente au sujet du froid qu'il ressent; les enfants mêmes riront de lui.

II - CONSEILS POSITIFS. COMMENT IL FAUT Y PROCÉDER.

1. Si vous désirez connaître les vraies dispositions de votre coeur à l'égard d'un objet, fixez votre attention sur cet objet.

Si vous voulez éprouver l'excellence de votre vue, vous vous appliquez à regarder un objet ; si vous voulez éprouver votre ouïe, vous vous appliquez à discerner des sons. Et si vous éloignez les objets capables d'agir sur les autres sens, de manière à ce que votre attention se porte aussi fortement que possible sur celui que vous voulez éprouver, l'épreuve que vous en ferez sera d'autant plus parfaite. La multiplicité dés objets distrait l'esprit. Quand nous portons notre attention sur quelque objet propre à éveiller nos sentiments, il est impossible que nos sentiments ne s'éveillent pas. Notre âme est ainsi faite que dans ces conditions elle ne peut pas ne pas sentir. Il n'est pas nécessaire pour cela, de s'arrêter et de se demander : « Est-ce que je sens? » Si vous mettez votre main près du feu, vous n'avez pas besoin de vous poser cette question : « Est-ce que j'éprouve la sensation de la chaleur ? » Vous savez d'une manière immédiate que vous avez cette sensation. Si vous passez votre main rapidement au-dessus de la lampe, la sensation de chaleur pourra être si légère que vous n'y ferez pas attention ; mais elle n'en sera pas moins réelle, et vous en aurez conscience si votre attention est assez éveillée. De même, les sentiments qui naissent dans notre coeur peuvent être si faibles ou passer si rapidement, qu'ils n'occupent pas notre pensée, en ce cas nous ne nous en rendons pas compte ; mais ils n'en sont pas moins réels. Mais tenez votre main sur la lampe pendant une minute, et la sensation que vous éprouverez vous forcera bien de vous en rendre compte, quelles que soient dit reste vos autres préoccupations.

Si donc notre attention est fixée sur un objet propre à éveiller nos sentiments, il est impossible que ces sentiments ne se produisent pas à quelque degré ; et si notre attention est intense, il est impossible que ces sentiments ne soient pas tels que nous ayons conscience de leur existence. Ces principes nous montrent comment nous pouvons faire l'épreuve de notre coeur et connaître l'état réel de nos sentiments à l'égard de quelque objet. Il s'agit seulement de fixer notre attention sur l'objet jusqu'à ce que nos émotions soient telles que nous ayons conscience de leur existence.

 

2. Soyez bien assuré que l'objet sur lequel vous portez votre attention, et à l'égard duquel vous voulez éprouver les dispositions de votre cœur, est une réalité.

Il y a dans le monde une très grande quantité de religion imaginaire ; et ceux qui ont cette religion-là se figurent qu'elle est réelle. Ils but de beaux sentiments, leur âme est parfois très émue, et leurs sentiments correspondent à l'objet qu'ils contemplent. Mais voici la cause de l'illusion : l'objet qu'ils contemplent est imaginaire.

Ce n'est pas que le sentiment soit faux ou imaginaire il est réel. Ce n'est pas non plus qu'il ne corresponde pas à l'objet contemplé ; il lui correspond parfaitement. Mais, je le répète, cet objet est une fiction.

L'on s'est formé de Dieu, de Jésus-Christ et du salut des notions tout à fait fausses ; et les sentiments que l'on éprouve pour ces objets imaginaires sont analogues à ceux que l'on devra éprouver pour les objets réels. C'est ainsi que l'on se trouve adorer un faux dieu, un dieu que l'on s'est fait soi-même. C'est là une cause de beaucoup d'espérances trompeuses et de beaucoup de professions mensongères il n'y a pas à en douter.

 

V.

 

Je dois mentionner maintenant quelques objets au sujet desquels nous sommes tenus de mettre à l'épreuve les dispositions de notre coeur.

 

1. Le péché, non pas nos péchés particuliers, mais LE péché, le péché considéré comme outrage à Dieu.

Si vous trouvez en vous un vif sentiment de réprobation pour le péché, ne vous hâtez pas de conclure que votre coeur soit dans un état satisfaisant. Ce sentiment de réprobation pour le péché est inhérent à la nature de tout être intelligent. Tous les êtres intelligents l'éprouvent quand ils considèrent le péché d'une manière abstraite, sans qu'il ait aucun rapport avec leur satisfaction égoïste. Il n'y a pas de doute que le démon ne l'éprouve. En effet, tant que le péché est considéré en lui-même, d'une manière abstraite, nous pouvons être assurés que  Satan ne l'approuve pas plus que ne fait l'ange Gabriel. Il blâme les pécheurs et condamne leur conduite partout où il n'a aucune raison égoïste pour prendre plaisir à ce qu'ils font. Sur cette terre, vous trouverez souvent chez le méchant une grande horreur pour le péché ainsi considéré. Et même, vous n'y trouverez pas un seul méchant qui ne condamne le péché et qui ne l'ait en aversion, quand il l'envisage abstraitement. L'homme est ainsi constitué que le péché est contraire à sa raison et à sa conscience ; toutes les puissances de son âme se révoltent à la vue du péché ; il ne prend plaisir en ceux qui commettent l'iniquité que tans le cas où il a quelque raison égoïste de s'applaudir du péché qu'ils commettent. Cette répulsion abstraite pour le péché est, chez l'homme, naturelle, universelle et nécessaire.

Mais quelle différence entre la répulsion pour le péché considéré abstraitement et cette aversion du cœur pour le mal qui est fondée sur l'amour de Dieu ! Si un jeune homme souffre d'une mauvaise action comme d'un outrage fait à son père, c'est tout autre chose pour lui que de sentir qu'une action est mauvaise en soi. Il n'éprouve pas seulement un sentiment d'indignation à l'égard d'un acte mauvais, il éprouve encore cette douleur toute particulière qui provient de l'amour qu'il porte à son père. Il en est de même pour celui qui aime Dieu : il ne désapprouve pas seulement le péché comme mauvais en soi, il ressent encore à son égard un sentiment de douleur mêlée d'indignation, parce qu'il voit en lui un outrage à Dieu.

Si donc vous voulez savoir quels sont vos sentiments à l'égard du péché, demandez-vous ce que vous ressentez quand vous êtes parmi les pécheurs et que vous les voyez

violer la loi de Dieu. Que ressentez-vous quand vous les entendez prendre le nom de Dieu en vain, quand vous les voyez violer le jour du Seigneur, s'enivrer, mentir, ou médire ? Eprouvez-vous les sentiments qu'avait le Psalmiste lorsqu'il écrivait: « J'ai considéré les transgresseurs et mon coeur a été rempli de douleur parce qu'ils n'observent pas ta parole. » « Des ruisseaux d'eau coulent de mes yeux parce qu'ils ne gardent pas tes commandements. » « J'ai été saisi d'horreur parce que le méchant oublie ta loi ? »

 

2. Vous devez mettre à l'épreuve les dispositions de votre coeur à l'égard de vos propres péchés.

Considérez vos péchés passés, rappelez-vous votre conduite d'autrefois et sachez si vous la condamnez de tout votre coeur, sachez si cette vie loin de Dieu vous remplit d'horreur et de dégoût. Vos sentiments sont-ils ceux d'un fils affectionné qui se rappellerait ses désobéissances envers un père bien-aimé ? C'est une chose que d'avoir la ferme conviction que votre conduite précédente était mauvaise ; et c'est une autre chose que d'avoir en outre une douleur profonde parce que cette Conduite offensait Dieu. Il y a peu de chrétiens probablement qui n'aient pas jeté un regard en arrière, avec une profonde émotion, sur leur conduite envers leurs parents, et qui n'aient pas repassé en leur esprit nombre de désobéissances et de torts de toute espèce dont ils se sont rendus coupables à leur égard. Ceux qui l'ont lait n'ont pas seulement désapprouvé fortement leur conduite passée, ils ont encore ressenti une douleur profonde, de sorte qu'ils ont eu peine à retenir leurs larmes et que peut-être même ils n'ont pu s'empêcher d'éclater en sanglots. Voilà la vraie repentance à l'égard d'un père. La repentance envers Dieu est de même nature et son degré d'intensité correspond à celui de l'attention qui s'est portée sur les péchés passés.

 

3. Vous devez vous rendre compte de ce que sont vos sentiments à l'égard des pécheurs inconvertis.

Pour cela, rendez-vous au milieu d'eux, entretenez-vous avec eux au sujet de leurs âmes, avertissez-les, écoutez ce qu'ils disent, examinez quels sont leurs sentiments, apprenez à connaître l'état réel de leur coeur, et vous saurez aussi quels sont vos sentiments à l'égard des inconvertis. N'allez pas vous enfermer dans votre cabinet et vous efforcer d'imaginer un pécheur impénitent. Votre imagination pourrait, en effet, se faire une représentation qui éveillerait vos sympathies et vous ferait pleurer et prier; mais cela ne prouverait rien. Allez plutôt auprès des pécheurs, apportez-leur votre coeur, mettez-le en contact avec le leur, raisonnez avec eux, exhortez-les, mettez au jour la vanité de leurs objections, leur obstination, leur manque de sincérité, et priez avec eux si vous le pouvez. Vous ne pourrez pas faire cela sans éveiller en vous des émotions ; si vous êtes un chrétien, ces expériences éveilleront en vous un mélange de douleur, de compassion et d'indignation, comme nous le voyons en Jésus-Christ, et elles ne vous laisseront aucun doute sur les dispositions de votre. coeur envers les pécheurs.

 

4. Vous devez sonder les dispositions de votre esprit l'égard de Dieu.

Fixez fortement vos pensées sur Dieu. Ne vous mettez pas à imaginer un Dieu selon la folie de votre cœur ; ne cherchez à vous représenter quelque apparence ou quelque figure ; mais prenez la Bible et apprenez d'elle ce qu'est Dieu ; fixez votre attention sur ce qu'elle vous dit des sentiments, des actes et des paroles de Dieu ; et vous ne pourrez faire autrement que de sentir. C'est alors que vous découvrirez l'état réel de votre coeur.

 

5. A l'égard de Jésus-Christ.

Vous êtes tenus de savoir si vous aimez le Seigneur Jésus-Christ ou non. Passez en revue les circonstances de sa vie et voyez si elles vous apparaissent comme des réalités ; considérez ses miracles, ses souffrances, sa perfection morale, sa mort, sa résurrection, son ascension, son intercession actuelle à la droite du trône de Dieu. Et voyez si vous croyez à toutes ces choses. Sont-elles des réalités pour vous ? Quels sentiments éprouvez-vous quand vous les considérez? Quand vous pensez à Jésus, à sa mort expiatoire, à son pouvoir et à sa volonté de sauver, si ces choses sont des réalités pour vous, vous éprouverez des sentiments dont vous aurez conscience et au sujet desquels il ne vous sera pas possible de vous méprendre.

 

6. A l'égard des chrétiens.

Si vous désirez savoir si vraiment vous aimez les chrétiens, ne laissez pas courir vos pensées jusqu'aux extrémités de la terre ; mais fixez votre attention sur les chrétiens qui vivent auprès de vous et voyez si vous les aimez, si vous désirez leur sanctification, si vraiment vous avez un grand désir de les voir croître dans la vie spirituelle, si votre coeur les porte avec foi au trône de la grâce, demandant -à Dieu de les combler de bénédictions.

 

7. A l'égard des réveils.

Si vous désirez connaître les vraies dispositions de votre coeur à l'égard des réveils, lisez ce qui se rapporte aux réveils et fixez votre attention sur ce sujet; il ne se peut pas que vous n'éprouviez des sentiments qui dénoteront le véritable état de votre coeur.

Vous pourrez faire de même à l'égard des païens, des esclaves, des ivrognes; de même encore à l'égard de la Bible et de tout objet en rapport avec la piété. Il n'y a pas

d'autre voie pour connaître l'état de votre coeur que de fixer votre esprit sur ces réalités, jusqu'à ce que les sentiments qui s'élèveront en vous deviennent assez forts pour qu'il ne vous soit pas possible de vous méprendre sur leur nature.

Si vous trouvez de la difficulté à fixer suffisamment votre attention sur ces objets pour que le sentiment se produise, cela vient d'une ou de deux raisons: ou votre esprit est absorbé par d'autres objets religieux ; ou, distrait et léger, il erre d'un bout du monde à l'autre. J'ai connu quelques chrétiens qui étaient dans le premier cas; ils étaient en grande détresse parce qu'ils ne pouvaient pas, sur quelques points particuliers, sentir autant qu'ils le jugeaient nécessaire. Il s'agissait surtout de leurs péchés. Or, j'ai constaté à ce sujet, que l'on peut être en un tel travail pour les pécheurs, que l'on peut être tellement absorbé par la prière en leur faveur, tellement occupé du ministère à poursuivre auprès d'eux, qu'il faut un effort pour penser à sa propre âme de manière à sentir profondément en ce qui la concerne. Celui qui, en cet état, se mettra à genoux afin de prier au sujet de ses propres péchés, verra aussitôt l'image de tel pécheur au salut duquel il travaille se présenter si fortement à son esprit qu'il lui sera difficile de prier pour lui-même. Mais ce ne sera point un mauvais signe quant à son état spirituel. Si, par contre, vos pensées errent d'un bout du monde à l'autre, se portant sur mille sujets divers, de sorte que vous ne puissiez pas arriver à des sentiments assez profonds pour pouvoir discerner leur vrai caractère; si par exemple vous ne pouvez attacher votre attention sur quelque sujet biblique propre à éveiller vos sentiments; faites-vous alors violence, fixez vos pensées avec une énergie désespérée sur l'objet qu'il vous importe de consirer, et persévérez jusqu'à ce que vos sentiments s'éveillent. Vous pouvez commander à vos pensées ; Dieu vous a donné pouvoir sur votre propre esprit ; et par ce moyen vous avez pouvoir sur vos sentiments. Apportez-y une absolue ;résolution et vous arriverez au but.

 

REMARQUES

 

1. Etre actif dans la piété est une condition indispensable pour arriver à se connaître soi-même.

Jamais personne n'arrivera à connaître le vrai état de son coeur à moins qu'il ne soit actif, travaillant à accomplir les devoirs de la religion. Un homme qui vivrait enfermé dans son cabinet, ne connaîtrait pas l'état réel de ses sentiments à l'égard de ceux qui sont au dehors. De même, vous ne saurez jamais quelle est votre véritable disposition à l'égard des pécheurs, avant d'être allé vers eux et de vous

être mis à l'oeuvre pour les sauver.

On s'enferme chez soi, puis l'imagination excite tels ou tels sentiments ; mais ces sentiments sont trompeurs : ils ne sont pas produits par des réalités.

 

2. A moins que l'on n'éprouve son coeur en le mettant en contact avec des réalités, on vit constamment dans l'illusion.

Représentez-vous un individu qui s'enferme dans un cloître, qui se sépare absolument du monde de la réalité, pour vivre dans le monde de l'imagination. Cet homme-là deviendra un être tout d'imagination. De même en est-il chez tous ceux qui ne mettent pas leur esprit en contact avec la réalité. De tels gens s'imaginent aimer l'humanité et cependant ils ne font pas de bien; ils s'imaginent avoir en horreur le péché et cependant ils ne font rien pour le détruire. Combien de gens qui se trompent eux-mêmes en excitant leur imagination au sujet des missions, par exemple? rien de plus commun on se fait une grosse provision de sentiments, puis l'on tient des réunions de prières pour les missions, quand en réalité on ne fait rien pour sauver les âmes. Des femmes dépenseront une,journée tout entière en réunions de prières pour la conversion du monde, tandis que  dans leur cuisine se trouve une servante inconvertie à laquelle elles ne diront pas un mot de toute une journée, de tout un mois peut-être, afin de l'amener au salut ! On préparera une assemblée publique  pour discourir sur les sentiments qui doivent nous animer envers les païens, tandis qu'on ne fait aucun effort direct pour sauver les pécheurs qui nous entourent. Fiction, imagination que tout cela! Il n'y a aucune réalité dans une religion de cette espèce. Si l'on avait un réel amour pour Dieu et pour les âmes, une réelle piété, on ne serait pas beaucoup plus ému par la peinture que l'imagination se fait des païens que par la vue des misères morales dont ou est entouré.

Et s'il en est ainsi chez beaucoup de chrétiens, ce n'est pas que leur attention ne soit pas tournée du côté des pécheurs qui. les entourent. Au contraire, ils entendent leurs imprécations profanes ; ils voient leur violation du jour du Seigneur et leurs autres vices ; ils ont la réalité toute nue chaque jour devant les yeux. Si ce spectacle n'éveille en eux aucun sentiment, c'est en vain qu'ils prétendent avoir pour les païens les sentiments que Dieu demande. Prenez ce même individu si plein de généreuses sympathies pour les païens, et placez-le aux Iles des Amis ou ailleurs, loin des fictions de son imagination, en face de la nue et froide réalité du paganisme, et tous ses beaux sentiments auront disparu. Il pourra écrire à ses compatriotes des lettres décrivant les abominations que commettent ces païens, mais tous les sentiments qu'il avait au sujet de leur salut se seront évanouis.

Il y a des gens qui discourent sur le salut des païens et qui n'ont jamais converti une âme dans leur propre pays ; soyez-en sûrs, tout ce qu'ils disent est pure imagination. S'ils ne travaillent pas à propager les réveils dans leur propre pays où ils comprennent la langue de tous et ont un accès direct et facile auprès de leur prochain, beaucoup. moins encore travailleraient-ils à réveiller les âmes en pays

païen.

Il faut que les églises comprennent cela et qu'elles s'en souviennent lorsqu'elles choisissent tels ou tels hommes pour porter le message du salut aux païens. Elles doivent savoir que si la réalité toute nue n'excite pas, dans notre  pays, un homme à l'évangélisation, cet homme serait un type de missionnaire dont le diable ne ferait que rire, y en eût-il un million d'exemplaires.

Beaucoup de gens se font la même illusion au sujet des réveils. Voici, par  exemple, M. N. qui est un grand ami des réveils. Mais remarquez-le, il s'agit toujours des réveils d'autrefois, ou des réveils en principe, ou des réveils qui ont lieu à l'étranger, ou encore des réveils à venir. Mais quant au réveil présent, celui au milieu duquel il se trouve, il doute toujours de son existence. Il lira l'histoire des réveils du temps du président Edwards, celle des réveils d'Ecosse ou du pays de Galles et il en sera tout, enthousiasmé ; il s'en délectera. Vous l'entendrez prier. « O Seigneur ravive ton oeuvre! ô Seigneur donne-nous de pareils réveils ! donne-nous un temps de Pentecôte où nous puissions voir des milliers d'âmes se  convertir en un jour !

Mais transportez-le dans la réalité des choses, et vous verrez qu'il n'y aura jamais aucun réveil auquel il puisse prendre quelque intérêt. Il est amateur des fictions et  des rêves de son imagination ; il crée tout un état de choses qui excite ses émotions ; mais la simple réalité des choses ne l'amène jamais à donner sa coopération à l'oeuvre des réveils.

Aux jours de notre Sauveur, les Juifs disaient, et croyaient sans doute, qu'ils avaient en horreur la conduite de ceux qui avaient persécuté les prophètes. « Si nous avions vécu au temps de nos pères, disaient-ils, nous n'aurions pas participé au meurtre des prophètes. » Ils s'étonnaient, sans doute, que l'on eût été assez méchant pour commettre de semblables crimes. Mais ils n'avaient jamais vu de prophètes ; tout cela n'existait pour eux qu'en imagination. Dès que le Seigneur Jésus-Christ apparut, lui le plus grand des prophètes, lui vers qui toutes les prophéties convergeaient, ils le rejetèrent aussitôt et le mirent à mort avec autant de froide cruauté que leurs pères avaient jamais pu en avoir.

« Comblez la mesure de vos pères, disait Jésus-Christ, afin -que vienne sur vous tout le sang juste qui a été versé sur la terre. »

Constamment, et dans tous les âges, l'humanité s'est éprise des fictions qu'enfante son imagination, et ces fictions l'ont toujours précipitée vers sa ruine. Voyez les universalistes. Ils imaginent un Dieu qui sauvera tout le monde, à n'importe quelles conditions, et un ciel on il y aura place pour tous; puis ils aiment le Dieu et le ciel qu'ils ont imaginés et peut-être qu'en y pensant ils pleureront d'attendrissement. Leurs sentiments, en effet, sont souvent profonds, mais ils sont trompeurs, parce qu'ils sont produits non par la vérité mais par une fiction.

 

3. Plus vous sortirez de vous-mêmes, de manière à ce que vos oeuvres soient désintéressées et vous fassent oublier votre personne, plus vous aurez de piété et plus aussi sera nette la conscience que vous en aurez.

La religion consiste dans l'amour, elle consiste à sentir bien et à faire bien ; elle consiste à faire le bien. Si donc quelqu'un veut avoir beaucoup de piété, qu'il se garde de la cultiver d'une façon qui n'a jamais pu la faire croître, je veux dire en se retirant dans un cloître et en évitant le contact de ses semblables. Si notre Seigneur avait jugé cet isolement favorable à la piété, il nous aurait poussés à le rechercher. Mais il connaissait quelque chose de mieux. Il a disposé nos circonstances de manière à ce que nous eussions mille occasions d'exercer notre charité, mille moyens de faire du bien. Si donc vous sortez de vous-mêmes et tournez vos coeurs vers ces occasions d'exercer votre bonne volonté, vous ne pourrez manquer de croître dans la piété et d'en avoir conscience.

 

4. Il n'y a dans l'examen de soi-même, qu'un point qui puisse exiger une entière solitude; c'est lorsque nous passons en revue les jours écoulés et que nous avons besoin d'examiner avec soin quels ont été les motifs de notre conduite passée. Il flint, en ce cas, bannir toute autre pensée, éloigner tout ce qui pourrait distraire ; aussi est-il souvent nécessaire de recourir à la retraite, au jeûne et à la prière.

Parfois il est impossible d'arriver à un souvenir assez net des choses que l'on désire examiner. La loi de l'association des idées peut alors être d'un grand secours. Si vous pouvez, en effet, vous rappeler quelque idée ou quelque circonstance associée aux choses dont le souvenir vous échappe, cette idée ou cette circonstance pourra ramener devant votre esprit tout le passé oublié. Je suppose que je sois appelé devant le tribunal comme témoin d'un événement dont j'aurais oublié les détails ; il se peut qu'en retournant au lieu on la chose s'est passée, tout ce que j'ai publié me revienne en mémoire avec une grande netteté. De même il peut arriver, que cherchant à nous rappeler quelque partie de notre passé, ni retraite, ni méditation, ni jeûne, ni prière ne nous fassent réussir, jusqu'à ce que nous nous soyons replacés dans des circonstances qui, par l'association des idées, nous rappellent tout ce passé oublié.

Supposez qu'un pasteur veuille se rendre compte des sentiments qu'il avait et de l'esprit dans lequel il prêchait il y a plusieurs années, dans quelque église autre que celle où il se trouve maintenant. Il désire savoir combien il y avait alors de réelle piété dans les travaux de son ministère. Il  y réussira en grande partie dans la prière du cabinet, par l'assistance de l'Esprit de Dieu. Mais il y réussira

encore mieux s'il peut retourner travailler dans son ancien champ de travail. Les dispositions qu'il avait autrefois pourront alors lui apparaître de nouveau avec une grande force.

 

5. En vous examinant vous-même, n'oubliez pas que vous ne devez pas vous attendre à trouver en vous toutes les grâces à la fois.

Elles ne peuvent être toutes à la fois présentes d'une manière sensible dans votre esprit ; la nature humaine n'est pas constituée de manière à ce que cela soit possible. Vous avez lieu d'être satisfait si vous trouvez en vous de bonnes dispositions à l'égard du seul objet qui occupe présentement votre esprit ; si vous n'y trouvez pas, en même temps, d'autres émotions excellentes, n'en tirez aucune conclusion fâcheuse. Notre esprit est ainsi fait qu'il ne peut éprouver à la fois plus d'un seul genre d'émotions.

 

6. Vous pouvez voir maintenant pourquoi il y a tant d'insensibilité à l'égard des vérités que proclame la parole de Dieu.

On a bien des sentiments, mais ces sentiments ne sont pas ce qu'ils devraient être, parce qu'on ne porte pas suffisamment son attention sur les objets qui devraient les produire.

 

7. Vous voyez maintenant pourquoi il y a une si grande, diversité de sentiments parmi les vrais chrétiens.

Il y a des chrétiens dont les sentiments, quand ils en éprouvent, sont habituellement joyeux.

D'autres sont habituellement pleins de tristesse et d'angoisse; ils sont presque constamment comme en agonie au sujet des pécheurs. La raison de cette diversité de senti  monts se trouve dans le fait que les pensées de ces différents chrétiens sont dirigées sur des objets différents. Les uns pensent toujours à ce qui est fait pour les rendre heureux ; les autres pensent à l'état de l'église ou à l'état des pécheurs, et sont accablés sous ce fardeau, comme si une montagne pesait sur leurs épaules. Les uns et les autres peuvent être également religieux, leurs sentiments peuvent, être également justes, en tant que se rapportant à des objets différents. L'apôtre Paul « éprouvait une grande tristesse et un chagrin continuel » par rapport à ses frères ; et il n'y a pas de doute qu'il ne fût dans l'ordre. La pensée de ses frères qui avaient rejeté le Sauveur, la colère de Dieu qu'ils avaient amassée sur leurs têtes, le jugement terrible qui les attendait, tout cela était si constamment présent à son esprit, qu'il était impossible qu'il ne fût pas triste.

 

8. Remarquez la valeur respective de ces deux classes de sentiments au point de vue de l'utilité de l'individu.

Considérez ceux des chrétiens qui sont très joyeux et très heureux, et vous verrez que généralement ils ne sont pas des chrétiens très utiles. La plupart du temps ils sont tellement occupés à savourer les joies de la religion qu'ils sont médiocrement actifs. Il y a toute une classe de ministres qui prêchent beaucoup sur ces sujets réjouissants et qui rendent très heureux leurs pieux auditeurs, mais il est rare que ces ministres soient les instruments de beaucoup de conversions, quelque utiles qu'ils soient pour l'édification des chrétiens. D'autre part, ceux qui sont ordinairement remplis d'une angoisse profonde au sujet des pécheurs seront les instruments de beaucoup de conversions. La raison en est simple les uns et les autres prêchent l'Evangile, mais ils le prêchent à des points de vue différents, et les sentiments qu'ils éveillent correspondent au point de vue auquel ils se sont placés. Les uns réjouissent les saints, les autres convertissent les pécheurs. Vous retrouverez partout cette différence parmi ceux qui font profession de piété. Il en est dont la société est aimable et pleine de charmes, mais qui sont rarement occupés à arracher les pécheurs du feu; d'autres, comme le Fils de Dieu quand il était sur la terre, « soupirent en leur esprit » et passent des nuits entières en prières.*

 

9. Le véritable esprit de réveil est un esprit de prière et lutte ardente et, douloureuse pour le salut des pécheurs.

 

10. Vous voyez comment vous pouvez vous rendre compte de vos sentiments à différentes époques de votre vie.

Beaucoup de gens s'étonnent d'avoir les sentiments qu'ils ont. L'explication est bien simple. Vous sentez de telle façon parce que vous pensez de telle façon. Vous dirigez votre attention sur des objets qui sont faits pour produire les sentiments que vous avez.

 

11. Vous comprenez aussi pourquoi les sentiments de plusieurs sont si variables. Il y a en effet des gens dont les sentiments sont toujours variables et inconstants.

La raison en est que leur pensée change. S'ils voulaient fixer leur pensée, ils fixeraient par là leurs sentiments.

 

12. Vous voyez maintenant la voie à suivre pour produire on vous les sentiments désirables ; et comment vous pourrez les produire chez les autres.

Dirigez les pensées sur l'objet qui est de nature à produire ces sentiments et, tenez-les attachées sur cet objet-là; les sentiments ne manqueront pas de se produire.

 

13. Il y a une multitude de gens pieux qui déshonorent la religion par leurs doutes.

Ils parlent continuellement de leurs doutes et se persuadent trop vite qu'ils n'ont pas de religion. Si, au lieu de s'arrêter à leurs doutes, ils veulent fixer leur attention sur d'autres sujets, sur Jésus-Christ, par exemple, ou s'ils veulent s'en aller chercher les pécheurs, et s'efforcer de les amener à la repentance, soyez sûrs d'une chose, c'est qu'ils auront des sentiments et que ces sentiments seront tels qu'ils doivent être et dissiperont leurs doutes. Rappelez vous bien ceci: vous ne devez pas attendre pour agir de cette manière d'avoir les sentiments que vous souhaitez.

Comprenez-moi bien : j'ai dit que vous ne pouviez rien faire pour Dieu à moins d'avoir les sentiments convenables ; n'en concluez pas que vous deviez vous tenir tranquilles et ne rien faire jusqu'à ce que vous soyez convaincus que vous avez les sentiments convenables.

Placez-vous, au contraire, dans les conditions où vous aurez les sentiments convenables et mettez-vous à l'oeuvre. D'une part, il ne faut pas se jeter précipitamment dans l'oeuvre sans avoir aucun sentiment; d'antre part, il ne faut pas s'enfermer dans son cabinet pour attendre que le sentiment vienne. Ayez soin d'être toujours actifs; vous n'aurez jamais les sentiments convenables dans d'autres conditions. Et gardez votre esprit constamment sous l'influence des objets faits pour créer et conserver en vous, pleins de vie, les sentiments qui caractérisent le chrétien.

 


 

XII° DISCOURS

 

LA VRAIE ET LA FAUSSE CONVERSION

 

« Voici, vous tous qui allumez un feu, Et qui vous armez de flambeaux, Marchez à la  lumière de votre feu et des flambeaux que vous avez allumés. « C'est par ma main que ces choses vous arriveront; «Vous vous coucherez dans la douleur. » ESAIE L : 11.

 

Le contexte montre clairement que le prophète adressait tes paroles à des gens qui faisaient profession d'être religieux et qui se flattaient d'être dans la voie du salut; gens dont l'espérance était « un feu allumé par eux-mêmes. »

Avant d'examiner avec vous la vraie et la fausse conversion, laissez-moi vous dire que tout ce que nous en dirons ne vous sera d'aucune utilité à moins que vous ne soyez déterminés à vous en faire à vous-mêmes l'application avec une droiture entière. Il faut que vous procédiez ici avec autant de sincérité que vous le feriez si vous saviez devoir comparaître aujourd'hui même devant le tribunal de Dieu, pour y entendre la sentence qui fixera votre sort éternel. Si vous voulez agir ainsi, je vous conduirai, je l'espère, à reconnaître votre véritable état d'âme ; si telle n'est pas votre volonté, j'aurai prêché en vain et vous aurez écouté en vain.

 

Je désire donc vous montrer la différence qu'il y a entre la vraie et la fausse conversion, et pour cela :

 

I. Je montrerai que l'état naturel de l'homme est le pur égoïsme; Que ce qui caractérise celui qui est converti c'est la bienveillance ;

II. Que la nouvelle naissance consiste à passer de l'égoïsme à la bienveillance ;

III. J'indiquerai plusieurs choses dans lesquelles saints et pécheurs, vrais et faux convertis, peuvent se ressembler;  et d'autres dans lesquelles ils diffèrent.

IV. Je répondrai à quelques objections et je conclurai par quelques remarques.

 

I.

 

Je dois montrer que l'état naturel de l'homme, c'est-à-dire celui dans lequel il se trouve avant la conversion, est l'égoïsme.

 

Par où j'entends qu'il n'a pas la bonté telle que la comprend l'Evangile.

L'égoïste prend son propre bonheur comme but suprême et cherche son propre bien par la seule raison qu'il est le sien propre. Il place son propre bonheur au-dessus d'intérêts d'une plus grande importance, au-dessus de la gloire de Dieu et du bien de l'Univers. Avant la conversion, il en est ainsi de tout homme; c'est ce qu'un grand nombre de faits démontrent avec évidence.

Du reste, que l'homme soit égoïste, chacun le sait et règle sa conduite en conséquence. Celui qui ne tiendrait pas compte de ce fait notoire et agirait comme si tout le monde était désintéressé, passerait pour avoir l'esprit dérangé.

 

II.

 

La bienveillance caractérise celui qui est converti.

 

Celui qui est converti est bienfaisant et bon et non pas égoïste. La bienveillance consiste à aimer et à vouloir le bonheur des autres. Bienveillance est un mot composé qui signifie bonne volonté, volonté qui veut le bien des autres. (1), qui le choisit comme son but suprême. Tel est le caractère de Dieu. Il nous est dit que Dieu est amour ; cela signifie qu'il est bienveillant La, bienveillance est tout son caractère ; tous ses attributs moraux ne sont que des manifestations de sa bienveillance. Celui qui est converti est à cet égard semblable à Dieu. Je ne veux pas dire que personne ne soit converti à moins d'être d'une bienveillance parfaite, comme Dieu; je dis que la bienveillance est le caractère dominant du chrétien et le principal motif de ses actions. L'homme converti recherche sincèrement le bien des autres, par amour pour ce bien lui-même, par amour pour les autres et non dans des vues intéressées. Je suis loin de prétendre que l'homme désintéressé ne jouisse pas du bonheur qu'il procure à d'autres ; je dis qu'il recherche le bonheur d'autrui en vue de ce bonheur même, et non en vue de l'avantage et du plaisir qu'il en pourra personnellement retirer. Dieu est bienveillance pure, désintéressée. S'il rend ses créatures heureuses, c'est parce que leur bonheur lui est cher en lui-même, ce n'est pas en vue d'augmenter le sien propre. Assurément le bonheur de ses créatures est pour lui un sujet de satisfaction, mais ce n'est pas sa propre satisfaction qu'il cherche. Tels sont aussi les sentiments de l'homme vraiment désintéressé.

(1) Les autres, c'est-à-dire, dans la pensée de Finney, les autres hommes et Dieu lui-même. Le choix dont il est question ensuite consiste à mettre le bonheur de tous (Créateur et créatures) au-dessus du bonheur d'un seul. (Trad.)

Faire le bien, sans aimer à le faire et sans en jouir, ne serait pas une vertu.

La bienveillance est la sainteté. Elle est ce que la loi de Dieu demande : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout, ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, et ton prochain comme toi-même. » S'il est certain que le converti obéit à la loi de Dieu, il est certain par cela même qu'il est semblable à Dieu, qu'il est bienveillant. Le trait fondamental de son caractère, c'est qu'a recherche, comme son but suprême, non son propre bonheur, mais le bonheur des autres.

 

III.

 

Se convertir véritablement, c'est passer de l'égoïsme à la bienveillance.

 

La conversion véritable est un changement de but et non pas seulement un changement de moyens. Il n'est pas vrai que celui qui est converti et celui qui ne l'est pas ne diffèrent que par les moyens qu'ils emploient, leur but étant le même. Il n'est pas vrai que l'ange Gabriel et Satan poursuivent le même but, chacun d'eux ayant en vue son propre bonheur, et qu'ils ne diffèrent que par le fait qu'ils ne suivent pas la même voie pour atteindre ce même but. Gabriel n'obéit  pas à Dieu en vue d'augmenter son propre bonheur.

Un homme peut changer de moyens et cependant avoir toujours le même but, son propre bonheur. Il peut faire le bien en vue des avantages temporels qu'il  en retirera. Il peut ne pas croire à la religion, ni à l'éternité et cependant se rendre compte que faire le bien tournera à son avantage en ce monde. Supposons qu'alors ses yeux s'ouvrent, qu'il voie la réalité de l'éternité, il pourra arriver qu'il adopte la religion comme un moyen d'être heureux dans l'éternité. Mais il est visible que ce changement n'aura aucune valeur morale. C'est le but qui détermine le caractère moral de la conduite. Or, c'est quant au but que le vrai et le faux converti diffèrent. Le vrai converti choisit comme but de toute sa vie la gloire de Dieu et le bien de son royaume. Il choisit ce but pour l'amour de ce but lui-même, parce qu'il lui apparaît commue le plus grand bien, comme un bien plus grand par conséquent que son propre bonheur. Non qu'il soit indifférent à son propre bonheur, mais il lui préfère la gloire de Dieu parce qu'elle est un bien plus grand. Il fait la part du bonheur de chaque individu pour autant qu'il peut l'apprécier ; mais il ne peut choisir comme but suprême que le plus grand de tous les biens.

 

IV.

 

J'indiquerai maintenant plusieurs points sur lesquels le vrai et le faux chrétien peuvent se ressembler et plusieurs points sur lesquels ils diffèrent.

 

1. Ils peuvent se ressembler en menant l'un et l'autre une vie strictement morale.

La différence est dans leurs motifs. Le vrai chrétien mène une vie strictement morale par amour pour la sainteté; le faux chrétien, par amour pour lui-même. Celui-ci prend la moralité comme un moyen pour parvenir à son but, je veux dire à son bonheur personnel ; le vrai chrétien l'aime et recherche pour elle-même.

 

2. Ils peuvent vaquer également à la prière, du moins extérieurement.

La différence est toujours dans les motifs. Le vrai saint aime à prier; l'autre prie parce qu'il espère en retirer quelque avantage. Le vrai saint s'attend bien à retirer de l'avantage, mais ce n'est pas là son motif dominant. L'autre. ne prie que par ce motif-là.

 

3. Ils peuvent être également zélés dans leur religion.

L'un peut avoir un grand zèle parce qu'il a de grandes lumières et qu'il désire et aime sincèrement l'avancement du règne de Dieu, pour l'amour de Dieu lui-même. L'autre peut avoir un zèle égal, mais en vue d'assurer son propre salut; d'échapper à l'enfer, ou de rassurer sa conscience. Ce n'est pas la religion elle-même qu'il aime.

 

4. Ils peuvent paraître également consciencieux dans l'accomplissement du devoir.

Le vrai converti l'accomplit parce qu'il l'aime; l'autre, parce qu'il n'ose le négliger.

 

5. L'un et l'autre peuvent être également attentifs à faire ce qui est juste.

Le vrai converti parce qu'il aime la justice; l'autre, parce qu'il sait qu'il ne peut être sauvé sans faire ce qui est juste. Celui-ci est honnête dans les affaires, parce que c'est le seul moyen de sauvegarder ses intérêts. En vérité, il a sa récompense. Il acquiert auprès des hommes la réputation d'être honnête, mais s'il n'a pas un motif plus élevé que celui-là, il n'aura pas de récompense de la part de Dieu.

 

6. Ils peuvent s'accorder dans leurs désirs à beaucop d'égards.

L'un comme l'autre peut désirer de servir Dieu; l'un, parce qu'il aime le service de Dieu; l'autre, parce qu'il désire la récompense.  

L'un comme l'autre peut désirer d'être utile ; le vrai converti désirant l'utilité pour elle-même, parce qu'elle est à la gloire de Dieu ; l'autre la désirant comme un moyen d'obtenir la faveur de Dieu. Et plus le faux chrétien aura l'oeil ouvert sur l'importance qu'il y a pour lui à obtenir la faveur de Dieu, plus il désirera d'être utile.

Ils peuvent s'accorder à désirer la conversion des âmes; le vrai chrétien la désirera parce qu'elle glorifie Dieu; le faux chrétien cherchera à l'obtenir afin de gagner la faveur de Dieu. C'est un motif de même ordre qui le portera à donner de l'argent pour de bonnes oeuvres. Qui ne sait qu'un homme peut fort bien donner de l'argent à la Société biblique ou à la Société des missions, en vue de son bonheur personnel, de sa réputation, ou de la faveur divine qu'il veut s'assurer? On peut de même désirer la conversion des âmes et y travailler par des motifs purement égoïstes.

Ils peuvent tous deux chercher à glorifier Dieu. Le vrai chrétien, parce qu'il aime voir Dieu glorifié; le faux chrétien parce qu'il sait que c'est le moyen d'être sauvé. Le vrai converti a la gloire de Dieu à coeur, c'est là son but suprême;

l'autre désire glorifier Dieu comme un moyen de parvenir à son but à lui, à savoir son propre avantage.

L'un et l'autre se repentent. Le vrai saint abhorre le péché à cause de sa nature abominable, il le hait parce qu'il déshonore Dieu, aussi désire-t-il se repentir de tout péché. L'autre désire se repentir parce qu'il sait que sans cela il sera condamné. (1)

(1) Ne blâmons point l'insistance de Finney. Il est absolument nécessaire de savoir distinguer la vraie de la fausse repentance, la vraie de la fausse conversion. N'est-il pas dit 1° que Judas se repentit, 2° qu'il reporta les trente pièces d'argent, 3° qu'il confessa son péché devant les principaux sacrificateurs et les anciens en disant : J'ai péché, en livrant le sang innocent? Extérieurement, il ne manque rien à cette repentance; mais Dieu regarde aux motifs, au coeur. Apprenons à discerner nos motifs. (Trad.)

 

L'un et l'autre croient en Jésus-Christ. Le vrai saint croit parce que la foi est à la gloire de Dieu et parce qu'il aime la vérité pour elle-même. L'autre désire croire afin d'avoir une plus ferme espérance d'aller au ciel.

L'un s'accorde avec l'autre pour obéir à Dieu. Mais le vrai saint obéit afin de croître en sainteté; le faux chrétien obéit (extérieurement) parce qu'il désire obtenir une récompense.

 

7. Ils peuvent se ressembler non seulement dans leurs désirs mais encore dans leurs résolutions.

L'un comme l'autre peut prendre la résolution « d'abandonner le péché, d'obéir à Dieu et de se consacrer à l'avancement de son règne ; » et l'un comme l'autre peut s'y déterminer avec beaucoup de décision ; mais par des motifs différents.

 

8. Ils peuvent avoir les mères desseins.

L'un comme l'autre peut avoir l'intention de glorifier Dieu, d'avancer son règne, de sauver des âmes. Mais le vrai saint fera tout cela par amour pour la sainteté et pour Dieu ; l'autre le fera pour assurer son propre bonheur. Le premier en fait son but suprême; le second n'en fait qu'un moyen pour arriver à ses fins égoïstes.

L'un comme l'autre peut se proposer de devenir saint ; le vrai converti parce qu'il aime la sainteté; l'autre, parce qu'il sait qu'il ne peut être heureux sans cela.

 

9. Ils peuvent s'accorder non seulement dans leurs désirs, dans leurs résolutions et dans leurs desseins, mais aussi dans leurs affections pour beaucoup d'objets.

a) L'un comme l'autre peut aimer la Bible. Le vrai saint l'aime parce qu'elle est la vérité de Dieu ; et il en fait ses délices; le festin de son âme; l'autre l'aime parce qu'il pense qu'elle est en sa faveur et qu'elle est la charte de ses espérances personnelles.

 

b) Ils peuvent tous cieux aimer la doctrine de la grâce; le vrai saint, parce qu'elle est si glorieuse pour Dieu; l'autre, parce qu'il la regarde comme une garantie de son propre salut.

 

c) Ils peuvent tous deux aimer les préceptes de la loi de Dieu; le vrai saint, parce qu'ils sont si excellents, si saints, si justes, si bons; l'autre, parce qu'il pense qu'il sera heureux en les aimant.

 

d) L'un comme l'autre peut aimer Dieu; l'un, surtout, parce qu'il voit que le caractère de Dieu est souverainement excellent, souverainement aimable considéré en lui-même; l'autre, surtout parce qu'il pense que Dieu est son ami particulier, et que pour lui l'idée de Dieu est liée à celle de son intérêt personnel.

 

e) L'un comme l'autre peut aimer Christ. Le vrai converti aime son caractère ; le faux chrétien pense qu'il le sauvera de l'enfer et qu'il lui donnera la vie éternelle; et pourquoi ne l'aimerait-il pas?

 

f) L'un comme l'autre peut aimer les chrétiens; le vrai converti, parce qu'il voit en eux l'image de Christ; le faux chrétien, parce qu'ils appartiennent à la même dénomination que lui, ou qu'ils sont de son parti, ou qu'ils ont les mêmes intérêts et les mêmes espérances que lui.

 

g) L'un et l'autre peuvent aimer les réunions religieuses; le vrai saint les aime parce que les actes du culte, la prière, les louanges de Dieu, l'audition de sa Parole, la communion de Dieu et des saints font ses délices; l'autre les aime parce qu'il les juge propres à affermir ses espérances de vie éternelle. Ce dernier peut avoir cent raisons de les aimer sans cependant aimer le culte et le service de Dieu en eux-mêmes.

 

h) L'un et l'autre peuvent aimer la société des chrétiens; le vrai converti l'aime parce qu'il jouit de la communion des saints, l'autre l'aime parce qu'il espère  en retirer quelque avantage. Le premier en jouit parce qu'il aime Dieu et ses frères et que « de l'abondance du cœur la bouche parle; » le second en jouit parce qu'il aime à parler des grands avantages qu'il trouve dans la religion, de l'espérance qu'il a d'aller au ciel, etc.  

i) L'un comme l'autre peut trouver du plaisir dans la pratique du culte privé. Le vrai chrétien aime la solitude avec. Dieu parce qu'elle le rapproche de Dieu. Quand aucun obstacle ne l'empêche plus d'aller droit à Dieu et de converser avec lui, il fait ses délices de la communion de Dieu. Le chrétien de nom peut trouver aussi de la satisfaction à rendre un culte à Dieu dans le secret, parce qu'il sait que c'est un devoir ; il y trouve la satisfaction de sa propre justice. Il peut y avoir plus encore; le faux chrétien peut trouver dans ce culte solitaire une certaine jouissance, une certaine excitation d’esprit qu'il prend pour de la communion avec Dieu.

 

10. Ils peuvent s'accorder aussi à haïr les mêmes choses.

L'un comme l'autre peut haïr l'incrédulité et s'y opposer fortement; le  vrai chrétien parce qu'elle est opposée à Dieu  et à la sainteté; le chrétien imaginaire, parce qu'elle porte atteinte à ses plus chers intérêts et que, si elle avait raison, elle détruirait toutes ses espérances pour l'éternité. L'un hait l'erreur parce qu'elle est détestable en elle-même et contraire à Dieu ; l'autre, parce qu'elle est contraire à ses vues et à ses opinions personnelles.

Je me rappelle avoir lu dans les journaux, il n'y a pas longtemps, une vive polémique contre un ministre qui avait publié certaines opinions. « Ces idées-là, disait l'auteur de l'article, détruiraient toutes MES ESPÉRANCES pour l'éternité. » Une belle raison vraiment! raison assez bonne cependant pour un égoïste.

L'un comme l'autre peut haïr le péché; le vrai converti, parce qu'il est haïssable aux yeux de Dieu ; et le chrétien de nom, parce qu'il lui fait du tort à lui-même. On voit des gens haïr leurs propres péchés et cependant ne pas les abandonner.

Souvent, l'ivrogne se rappelant ce qu'il était autrefois et comparant sa dégradation présente à ce qu'il aurait pu être, se prend à haïr sa passion, mais il ne la hait pas parce qu'elle est contraire à la loi de Dieu, il la hait seulement parce qu'elle a été la cause de sa ruine. Aussi continue-t-il à aimer la boisson et à boire, bien qu'il frémisse d'indignation quand il songe aux effets de sa conduite.

L'un comme l'autre peut être opposé aux pécheurs. Mais l'opposition du vrai saint est une opposition bienveillante, ayant trait au caractère et aux actes du pécheur, qu'il abhorre parce qu'ils sont de nature à détruire le royaume de Dieu; tandis que l'opposition du chrétien de nom provient de ce que les pécheurs sont opposés à SA religion et qu'ils ne sont pas de son parti.

 

11. L'un et l'autre peuvent se lamenter sur le triste état de l'église.

Le vrai converti, parce que cet état de l'église déshonore. Dieu; le chrétien de nom, parce qu'il en résulte que sa propre âme n'est pas heureuse, ou que la religion est vue et qu'il en souffre du dommage.

 

12. Ils peuvent se réjouir des mêmes choses.

L'un et l’autre peuvent se réjouir de la prospérité de l'Eglise et de la conversion des âmes; le vrai converti, parce que son coeur est à ces choses et qu'il les aime pour elles-mêmes comme étant, le plus grand bien ; le faux chrétien parce qu'il considère ses intérêts comme liés à ceux de l'Eglise.

 

13. Ils peuvent admettre tous deux les pénalités de la loi. Mais le vrai saint leur donne son plein assentiment en ce qui concerne sa personne, parce qu'il reconnaît qu'il serait juste en soi que Dieu l'envoyât en enfer. Le chrétien de nom les admet parce qu'il croit être personnellement l'abri. Il a du respect pour les jugements de Dieu parce qu'il sait qu'ils sont justes; et sa conscience les approuve; mais il ne leur a jamais donné son assentiment quant à ce qui concerne son propre cas.

 

14. Ils peuvent donner avec une égale libéralité aux sociétés de bienfaisance. Aucun de vous ne doute que deux hommes ne puissent donner des sommes égales, mais par des motifs entièrement différents. L'un donne dans le but le faire du bien; et agirait exactement de même alors que  personne d'autre que lui ne voudrait donner. L'autre donne à cause de la réputation qui lui en revient, ou pour calmer sa conscience, ou pour acheter la faveur de Dieu.

 

15. Ils peuvent également renoncer eux-mêmes en bien des choses. Le renoncement se remarque ailleurs que chez les vrais chrétiens. Voyez le renoncement du Mahométan faisant son pèlerinage à La Mecque; voyez celui des païens qui se jettent sous les roues du char de Jaggernaut; voyez encore celui du pauvre papiste qui, dans son ignorance, marche sur ses genoux jusqu'à ce que le sang en ruisselle. Une église protestante ne saurait attribuer à des actes pareils un caractère vraiment religieux. Mais n'y a-t-il aucun renoncement? Le vrai saint renonce à lui-même afin de faire plus de bien aux autres. Il fait plus de cas de ce lien qu'il cherche à faire aux autres que de son propre intérêt ou de son propre bien-être. L'autre peut aller aussi loin que lui, — extérieurement, — mais par des motifs purement égoïstes.

 

16. L'un comme l'autre peut être prêt à souffrir le martyre. Lisez les vies des martyrs et vous ne douterez pas que plusieurs n'aient donné leur vie par une finisse idée des récompenses promises au martyre. Quelques-uns couraient à la mort parce qu'ils étaient persuadés que c'était le moyen infaillible d'arriver à la vie éternelle.

Dans tous ces cas, les motifs de l'un sont directement opposés aux motifs de l'autre. La différence est dans le but. Comme but suprême, l'un choisit son propre intérêt, l'autre choisit l'intérêt de Dieu. Prétendre que l'un et l'autre ont le même but, c'est prétendre qu'un pécheur impénitent est juste aussi bienveillant qu'un vrai chrétien ; ou que le chrétien n'est pas bienveillant comme Dieu ; qu'il n'a en vue que son propre bonheur et qu'il diffère du mondain par le seul fait qu'il recherche ce bonheur dans la religion et non dans le monde.

C'est ici le lieu de répondre à une question qu'on fait souvent. « Si ces deux classes de personnes se ressemblent en tant de points, comment pouvons-nous savoir à coup sûr à laquelle des deux nous appartenons? Le coeur est rusé et désespérément malin par dessus toutes choses; comment pourrons-nous discerner si nous aimons Dieu pour lui-même  et la sainteté pour elle-même, ou si le désir de nous concilier la faveur de Dieu, l'espoir d'aller au ciel, l'intérêt personnel enfin, sont nos véritables motifs? » — Je réponds :

 

1° La disposition de notre cœur se manifestera dans notre conduite de chaque jour, notamment dans la façon dont nous traitons les affaires commerciales ou autres. Si, dans ce domaine, c'est l'égoïsme qui nous conduit, aussi vrai que l'Eternel règne, nous ne sommes que des égoïstes. Si nous sommes égoïstes dans nos relations avec les hommes, nous le sommes aussi dans nos relations avec Dieu. « Car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit, point? » La religion n'est pas seulement amour pour Dieu, elle est aussi amour pour l'homme.  Si vos transactions de chaque jour montrent, que vous êtes égoïstes, vous êtes inconvertis; autrement la bienveillance ne serait pas essentielle à la religion et l'on pourrait être chrétien sans aimer son prochain comme soi-même.

 

2° Si vous êtes désintéressé (1) dans votre religion, l'accomplissement de vos devoirs religieux ne sera pas pour vous une tâche pénible. Vous n'irez pas à vos devoirs religieux comme le laboureur (2) à son labourage, uniquement afin d'avoir de quoi vivre. Le laboureur prend plaisir à son travail, mais ce n'est pas pour l'amour de son travail lui-même ; s'il pouvait, il ne labourerait pas; considéré en lui-même, son labourage n'est pour lui qu'une fatigue, et s'il  prend plaisir, ce n'est qu'en vue des résultats, de l'entretien de sa famille, de son bien-être ou de l'accroissement de ses richesses.

Il en est exactement de même pour beaucoup de gens à l'égard de la religion. Ils recourent à elle comme le malade à sa médecine, parce qu'ils en désirent les effets, et parce qu'ils savent qu'ils doivent la prendre ou périr. Elle est pour eux une tâche qu'ils n'accompliraient jamais pour elle-même. Supposez que l'homme aime à travailler comme l'enfant à jouer. Il travaillera toujours et n'en sera jamais dégoûté ; il le fera sans autre motif que le plaisir qu'il prouvera à travailler. Il en est ainsi de la religion quand elle est aimée pour elle-même; on ne trouve aucune fatigue la pratiquer.

(1) Il ne faut pas prendre cette expression au sens absolu ; elle désigne ici le caractère de l'homme qui met la gloire de Dieu et le bien de ses semblables au-dessus de son intérêt propre. Ni la repentance, ni l'amour du chrétien ne sont absolument désintéressés. Finney le reconnaît pleinement quand il dit plus loin que « c'est un devoir pour l'homme de rechercher son propre bonheur » et que celui qui ne le fait pas pèche. » Mais il ne veut pas que cette recherche ait la prédominance dans notre vie. (Trad.).

(2) Anglais : travailleur. (Trad.)

 

3° Si l'égoïsme est le trait dominant de votre religion, celle-ci prendra tantôt une forme, tantôt une autre.

Supposons, par exemple, un temps de froideur générale dans l'église. Les vrais chrétiens n'en goûteront pas moins les joies secrètes de la communion avec Dieu, quoique pour le moment leur piété ne se manifeste pas beaucoup au dehors. En un tel temps, le faux converti, au contraire, ne pensera guère qu'au monde et à ses biens. Mais que tout à coup les chrétiens se lèvent pleins de résolution, qu'ils se mettent à l'oeuvre, qu'ils fassent éclater leur joie, en sorte qu'on recommence à parler de la religion; et vous verrez peut-être les faux chrétiens recommencer à se donner du mouvement jusqu'à paraître plus zélés que les vrais chrétiens. Ils y sont poussés par leurs convictions, non par leurs affections.

Quand la religion n'éveille pas l'intérêt du public, le chrétien de nom reste dans l'indifférence; mais que l'église réveille, et le voilà convaincu de péché et forcé de se mettre en branle pour conserver la paix de sa conscience.
Au fond, ce n'est qu'une forme d'égoïsme succédant à une autre.

 

4° Si vous êtes égoïste, la jouissance que vous trouverez dans votre religion dépendra surtout de la vivacité de votre espérance d'aller au ciel, elle ne procèdera pas de l'exercice de vos affections. Votre bonheur ne consistera pas à avoir une religion active, comme c'est le cas chez le vrai saint ; Il consistera dans l'attente des biens du ciel. On entend souvent des chrétiens dire que leur joie disparaît quand ils perdent leurs espérances. La raison en est bien simple. S'ils aimaient la religion pour elle-même, leurs jouissances ne dépendraient pas de leurs espérances. Si vous aimiez la charge que vous avez dans le service de Jésus-Christ, vous seriez heureux même en enfer, pourvu que Dieu vous permît d'y accomplir les devoirs de cette charge; car, en ce cas, vous feriez ce qui vous plairait le plus.

Si votre joie n'est pas puisée dans le service de Dieu, mai uniquement dans vos espérances personnelles, votre religion n'est pas religion, mais égoïsme.

Je ne dis pas que les vrais chrétiens ne jouissent pas de leur espérance; je dis que cette espérance n'est pas pour eux l'essentiel. J'ajoute même qu'ils n'y pensent pas beaucoup. Leurs pensées sont occupées ailleurs.

 

5° Si vous êtes égoïste dans votre piété, vous jouirez surtout par anticipation. Le vrai saint jouit déjà de la paix de Dieu, le ciel a déjà commencé dans son âme ; il n'en a pas seulement la perspective ; la vie éternelle est actuellement  en lui. Il a cette foi qui est « une substance des choses qu'on espère. » Ses sentiments sont véritablement ceux du ciel ; sa joie n'est pas portée au même degré que celle des bienheureux, mais elle est de même nature ; et elle est proportionnée à sa sainteté, non à son espérance.

 

6° A ceci encore on reconnaîtra si l'on n'a qu'une religion égoïste. Celui dont la conversion est illusoire a seulement l'intention d'obéir à Dieu, tandis que le vrai chrétien PRÉFÈRE l'obéissance à la désobéissance. Cette distinction est importante et je crains qu'il n'y ait que peu de personnes qui la fassent. Ils sont innombrables, en effet, ceux qui ont l'intention d'obéir, sans avoir une préférence véritable pour l'obéissance. Cette préférence est LE choix actuel, elle est l'obéissance du coeur. Vous entendez souvent des gens dire qu'ils ont eu l'intention de faire tel acte d'obéissance ; puisqu'ils ne l'ont pas fait. Et ils vous diront combien il est difficile d'exécuter ses résolutions. Le vrai saint, par contre, préfère réellement l'obéissance et il la choisit dans son coeur, aussi trouve-t-il facile d'obéir. L'un a une intention d'obéir comme celle que Paul avait avant qu'il fût converti, et dont nous parle au chapitre VII de l'épître aux Romains. Il avait une forte intention d'obéir, mais il n'obéissait pas, parce que son coeur n'y était pas. Le vrai converti préfère obéissance pour elle-même, il la choisit et la pratique; l’autre se la propose parce qu'il sait qu'elle est le seul elle, I in pour parvenir au bonheur.

 

7° Le vrai converti et le converti imaginaire diffèrent encore dans leur foi. Le premier a dans le caractère de lieu une confiance qui le conduit à une soumission sans réserve à Dieu. On parle beaucoup des différentes espèces de foi, mais ce qu'on en dit n'a pas toujours beaucoup de sens. La confiance dans les promesses spéciales

Seigneur dépend de la confiance dans le caractère de Dieu. Il n'y a que deux principes d'obéissance à un gouvernement quelconque, humain ou divin, à savoir : la crainte et la confiance. Ou l'obéissance procède de l'espérance de a récompense et de la crainte du châtiment, ou elle procède de Cette confiance qui produit l'amour. Un enfant bien né obéit à ses parents parce qu'il a confiance en eux; il a, à leur égard, la foi qui agit par l'amour. Celui qui est poussé par l'espérance et la crainte n'a qu'une obéissance extérieure, il n'a pas l'obéissance du coeur, il n'a pas l'amour. Le vrai converti obéit parce qu'il aime Dieu; il cette confiance qui consiste à se remettre soi-même tout entier entre les mains de Dieu, dans la plus absolue soumission, pour faire tout ce que Dieu voudra.

L'autre n'a qu'une foi partielle et une soumission partielle. Le démon aussi a une foi partielle. Il croit et il tremble. Nous pouvons croire que Jésus-Christ est venu pour sauver les pécheurs, et en conséquence nous soumettre  à lui pour être sauvé, sans cependant nous soumettre entièrement à lui pour qu'il nous gouverne et qu'il dispose de nous comme bon lui semblera ; cette soumission n'est que conditionnelle, et la condition, c'est que nous allions au ciel. C'est ici la religion égoïste. La religion du vrai saint est tout autre, c'est celle de l'amour.

 

8° Encore une différence. Si votre religion est égoïste, vous vous réjouirez particulièrement de la conversion des pécheurs quand elle aura eu lieu par votre moyen, parce que vous penserez en avoir une grande récompense; mais cette conversion ne vous donnera qu'une bien mince satisfaction quand elle aura été obtenue par d'autres que vous, vous en serez même envieux.

Le vrai saint se réjouit sincèrement de voir les autres utiles; il se réjouit quand les pécheurs sont convertis par d'autres, comme s'ils l'étaient par son propre moyen.

Il y a des personnes qui prennent grand intérêt à un réveil tant que ce réveil les touche de près ; mais qui semblent préférer que les pécheurs restent inconvertis, plutôt que de les voir arriver au salut par un évangéliste ou un pasteur d’une église autre que la leur.

Le vrai esprit de l'enfant de Dieu consiste à dire : « Seigneur, envoie qui tu veux envoyer, que seulement les âmes soient sauvées et ton nom glorifié! »

 

V.

 

Je vais maintenant répondre à quelques objections.

 

Objection. — Ne dois-je tenir aucun compte de mon propre bonheur?

 

Réponse. — Il est juste que vous teniez compte de votre propre bonheur, en lui attribuant la part d'importance qu'il a réellement. Mettez-le dans un des plateaux de la balance, mettez dans l'autre a gloire de Dieu et le bien de l'univers; et n'attribuez plus à votre bonheur que a valeur relative qui est la sienne. C'est ce que Dieu fait, et c'est aussi ce qu'il vous demande de faire quand il vous commande d'aimer votre prochain comme vous-même.

 

Réponse. — En fait, vous travaillerez à votre propre bonheur précisément dans la mesure où vous l'oublierez.
Votre bonheur sera en proportion de votre désintéressement.
Il peut y avoir du plaisir dans la satisfaction des désirs égoïstes mais ce n'est pas un bonheur réel. Le vrai bonheur se trouve surtout dans la satisfaction des désirs vertueux. Or, pour être vertueux le désir doit être désintéressé. J'aperçois un mendiant dans la rue, assis sur le bord du trottoir.
Touché de compassion, j'entre dans la boulangerie voisine  et je lui achète un pain. La physionomie du malheureux s'illumine et exprime une profonde gratitude. Ma satisfaction, à moi, sera proportionnée à la pureté de mes motifs. Si j'ai agi par pure bienveillance, le plaisir d'avoir fait du bien me  suffira ; si le désir de paraître bon est entré pour quelque chose dans mon action, je ne serai pas tout à fait content à moins qu'elle ne soit connue.

Vous rencontrez un pécheur entièrement corrompu. Votre compassion est excitée ; vous parlez à ce pécheur et vous l'amenez au Sauveur. Si vous avez eu pour motif d'en acquérir de l'honneur auprès des hommes et de vous assurer la faveur de Dieu, vous ne serez pas complètement heureux tant que votre action ne sera pas colportée de bouche en bouche ; peut-être même ne le serez vous pas à moins qu'elle ne soit publiée dans les journaux. Mais si vous n'avez eu d'autre désir que celui de sauver une âme de la mort, dès que Vous verrez ce désir accompli, votre satisfaction sera complète et votre joie sans mélange. De même en est-il pour tous les devoirs religieux : le bonheur est exactement proportionné au désintéressement.

Si vous vous appliquez à faire le bien, en vue du bien lui-même, vous serez heureux en proportion du bien que vous ferez. Mais si vous vous proposez comme but votre propre bonheur et que vous fassiez le bien seulement en vue d'être. heureux, vous manquerez votre but. Vous serez semblable à un enfant qui poursuit sa propre ombre; il ne peut jamais l’atteindre; elle reste toujours à la même distance de lui. Supposons que vous soyez dans le cas que j'ai cité plus haut et que vous n'ayez aucun désir de secourir le mendiant, mais que vous ayez en vue d'obtenir l'approbation de telle ou telle personne ; vous n'éprouverez alors aucun plaisir du bien fait au mendiant; seule l'approbation que vous aurez recherchée pourra vous satisfaire. De même, si travaillant à la conversion des pécheurs, ce n'est pas par amour pour les pécheurs que vous agissez, cette conversion ne peut vous rendre heureux, elle n'a rien qui puisse satisfaire le désir qui vous aura fait agir.

– La vérité est que Dieu a fait le coeur de l'homme tel que pour être heureux, il doit se proposer comme luit le bonheur des autres. Les gens du monde manquent leur but parce qu'au lieu de rechercher le bonheur des autres, ils recherchent leur propre bonheur. C'est la recherche même du bonheur qui rend le bonheur impossible. Si l'homme voulait abandonner cette recherche et se vouer au bien, il serait heureux.

 

Objection. Jésus-Christ n'a-t-il pas eu en vue la joie qui lui était proposée? Moïse n'a-t-il pas eu égard à la rémunération? Et n'est-il pas écrit que nous aimons Dieu parce qu'il nous a aimés le premier?

 

Réponse. Il est vrai que Jésus-Christ a méprisé l'ignominie et souffert la croix en vue de la joie qui était devant lui. Mais quelle était cette joie? Ce n'était pas son propre salut, ni son propre bonheur, mais le bien immense qu'il voulait faire au monde en le sauvant. Il était parfaitement heureux en lui-même. Le bonheur des autres était son but. C'est ce bonheur qui était la joie mise devant lui, joie qu'il a obtenue.

 

Réponse. Quelle était la rémunération que Moïse avait en vue? (Heb 11 :24-26) Etait-ce son propre bonheur? Loin de là! C'était le salut du peuple d'Israël. Quand Dieu lui proposa de détruire le peuple et de faire de lui une grande nation, s'il avait été égoïste, il aurait répondu: « C'est bien, Seigneur, qu'il soit fait à ton serviteur selon ce que tu as dit. » Mais son cœur était tellement au salut de son peuple et à la gloire de Dieu, qu'il ne songea  pas un instant à ce qui le concernait  et qu'il répondit à Dieu : « Pardonne leurs péchés! sinon efface-moi de ton livre, » Plus tard, Dieu lui renouvela son offre. « Je détruirai le peuple, lui dit-il, mais je ferai de toi une nation plus grande et plus puissante que lui. » Mais Moïse se montra toujours uniquement préoccupé de la gloire de Dieu. « Les Egyptiens l'entendront dire, répondit-il, et toutes les nations diront : « C'est parce que l'Eternel n'avait pas le pouvoir de mener ce peuple dans le pays qu'il avait juré de lui donner. » Il ne peut supporter la pensée d'être favorisé aux dépens de la gloire de Dieu. Que Dieu Mt glorifié et Israël sauvé, c'était en réalité une plus grande récompense pour lui qu'un avantage personnel quelconque.

 

Réponse. Quand il est dit : « Nous l'aimons parce qu'il nous aima le premier, » ce langage ne comporte que deux interprétations; il signifie ou bien que cet amour de Dieu nous a engagés à retourner à lui et nous a portés à l'aimer, bien que nous aimons Dieu seulement à cause des faveurs qu'il nous accorde. Or, ce second sens est évidemment inadmissible. Jésus-Christ l'a expressément réprouvé dans son sermon sur la montagne : « Si vous aimez ceux qui vous aiment; quelle récompense en aurez-vous? Les publicains n'en font-ils pas autant ? » dit-il. Si nous n'aimons pas Dieu à cause de son caractère souverainement aimable, et que nous ne l'aimions qu'en raison des faveurs qu'il nous accorde, Jésus-Christ l'a déclaré : nous sommes semblables aux païens (1).

(1) Le lecteur comprend que Jésus-Christ ne nous défend pas d'aimer ceux qui nous aiment; que la reconnaissance est au contraire un devoir; et l'ingratitude, le comble de l'égoïsme. Il  comprend de même que nous devons aimer Dieu aussi à cause des Saveurs qu'il nous accorde. (Trad.)

 

Objection. — La Bible ne présente-t-elle pas le bonheur comme récompense de la vertu?

 

Réponse. — La Bible parle du bonheur comme résultat de la vertu, mais elle ne déclare nulle part que la vertu consiste poursuivre le bonheur. Elle est partout opposée à une semblable pensée; elle fait consister la vertu à faire du bien aux autres. Une saine psychologie montre qu'il doit en être ainsi. Si quelqu'un désire le bien des autres, il sera heureux dans la proportion oit il pourra satisfaire ce désir.

 

Objection. — Dieu se propose pour but notre bonheur, devons-nous être plus bienveillants que Dieu ? Ne devons-nous pas être semblables à lui? Ne devons-nous pas avoir le même but que lui?

 

Réponse. — Cette objection est spécieuse, mais futile, sans valeur aucune. Dieu est bienveillant pour « les autres ». Il se propose le bonheur «des autres,» il se propose notre bonheur. Etre semblable à lui, c'est se proposer le bonheur des autres ; c'est faire nos délices tout d'abord du bonheur et de la gloire de Dieu, puis du bonheur et de la gloire de l'univers.

 

Objection. — Pourquoi la Bible fait-elle continuellement appel à nos espérances et à nos craintes, si a considération de notre propre bonheur n'est pas un motif légitime d'action ?

 

Réponse. — La Bible fait appel aux instincts constitutifs de notre être, mais non pas à notre égoïsme. L'homme craint le malheur et ce n'est pas mal à lui de l'éviter et de rechercher son propre bonheur, pourvu que cette recherche soit subordonnée à la gloire de Dieu.

 

Réponse. — L'humanité a été tellement abrutie par  le péché, qu'à moins de faire appel à ses espérances et à ses craintes, il n'est pas possible d’attirer son attention sur la beauté du caractère de Dieu et sur les raisons qu'elle a de l'aimer. Mais quand l'homme est rendu attentif et que sa conscience est éveillée, Dieu lui présente l'Evangile. Quand un ministre a prêché les terreurs de Dieu, de sorte qu'il a alarmé, réveillé ses auditeurs et conquis leur attention, il ne doit pas continuer à prêcher dans le même sens, mais exposer dès lors à ses auditeurs tout le caractère de Dieu, de manière à ce qu'ils l'aiment à cause de sa propre excellence.

 

Objection. — Les écrivains inspirés ne disent-ils pas: « Repentez-vous, croyez à l'Evangile et vous serez sauvés? »